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Les malentendus - pv Takane Toji

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Les malentendus | Feat. Takane Toji
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Est-ce qu’on aurait pu dire que la situation du jour était fortuite ?…

À la base, la journée promettait d’être ennuyeuse, comme la majorité du temps quand on était, comme moi; une kunoichi de Suna plus cantonnée aux patrouilles de routine, que  confronté aux vraies fonctions de shinobis. En cause, on aurait pu pointer mon sens des priorités, qui était plutôt tourné vers les festivités que le travail. Ou bien l’influence paternelle qui avait peur sûrement qu’une vraie tâche pour le village me briserait un ongle. Ce serait un drame, après tout, les grains de sucre avaient la même taille que ceux de sable, cela pouvait porter à confusion. Le cynisme mit de côté, ni lui, ni moi, ni qui que ce soit, n’aurait pu parer ce coup en traître du destin.

Le coup du pas de chance.

...

« Alors comment tu expliques qu’il soit mort ?  Le ton du juunin était dur, accusateur.
— Je te le redis, je ne lui ai porté qu’un simple coup pour le neutraliser, il n’aurait pas dû....
— Donc tu reconnais l’avoir frappé, ce qui a conduit à sa mort.
—  Arrêtez ! Au mieux, sije lui aurais cassé une dent ça relèverait de l’exploit, j’ai la force d’une crevette !
— C’est le moment de faire de l’humour tu trouves ?  »


La dernière question venait de mon père, lui qui avait joué de ses influences claniques pour assister à l’interrogatoire, on ne pouvait pas appeler ça autrement à mon sens.Ma tête menaçait d’exploser à force que l’on me fasse répéter mes explications en boucle jusqu’à la rupture fallait-il croire, aussi ma main venait frotter mes tempes, sans que je ne daigne plus vouloir rien ajouter. De toute façon, ils étaient déjà convaincus de ma culpabilité.

« Tu es suspendue jusqu’à la fin de son enquête, tu ne quittes plus la maison jusque-là, je vais m’occuper de ça.
— Père, je vous assure…
Ma phrase se faisait interrompre…
— Je ne veux rien entendre, tu en as assez fait  ! »

Le retour s'effectuait donc sous un silence pesant, l’atmosphère de la maison familiale était lourde au retour du cadet de la famille. Yoki devant notre père n’osait pas afficher un quelconque soutien, silencieux il vaquait à ses occupations, attendant patiemment que le patriarche le convoque pour l’envoyer vers quelques magouilles qui sauveraient ma peau. Évidemment qu’il était déjà informé, mon petit frère savait toujours tout avant tout le monde, une vraie fouine et c’était amère que je jouais le rôle de cette pathétique scène en rejoignant mes appartements. Mes propos n'avaient jamais eu aucun poids ici de toute façon. J’avais beau tourner ça dans tous les sens, j’étais certaine de moi, le moment était remémoré en boucle, mon coéquipier qui me signalait l’individu…

Ce dernier semblait se débattre avec un ennemi imaginaire de là où j’étais, alors je me rapprochais pour voir ce qui l’agitait. Son regard livide, puis la façon dont il avait déferlé sur moi sans raison apparente, comme sous l’emprise de la folie. Une esquive, puis une seule tape, un coup de coude dans sa mâchoire. Il y avait bien eu un giclé de sang, mais cela n’avait rien d’inquiétant. Tant bien que mal j’avais fini par l’immobiliser pour le ramener vers le village, le traînant presque avec moi sur le sable chaud, il hurlait, se débattait comme un diable jusqu’à ce que l’épuisement le rattrape et le calme un peu. Puis, plus rien, pourtant il semblait de plus en plus facile à transporter, comme plus léger. Arrivé  au but, un constat, il était visiblement mort, son visage s’était figé dans une expression terrible.

C’était incompréhensible.

Est-ce que j’avais pu passer à côté de tout et trop concentrée à le maîtriser… La pensée me hantait tous les instants, consignée à domicile. Ceci dit, se morfondre n'était pas utile, tard le troisième jour, Yoki se présentait dans ma prison dorée une mine perturbée  sur son fascié.

« Tu as dit qu’il se débattait avant de devenir fou, c’est bien ça ?
— Oui. Pourquoi, tu as du nouveau ?

Il se montrait hésitant un instant.
— J’ai eu vent d’une histoire similaire à la taverne, un marchand qui durant une pause pressante dirions-nous, serait revenu tout agité avant de s’en prendre à ses partenaires de convoi. Du moins, c’est ce qu’ils ont plaidé pour justifier leur légitime défense... Mais il n’y a pas de rapport officiel sur cette histoire, donc racontars ou réalité… »

Sa tête se secouait doucement, avant qu’il ne me suggère d’essayer de dormir un peu, partant lui-même refaire ses réserves d’énergie. Deux points cruciaux avaient défini la suite de l’histoire à cet instant-là, tout d’abord la lueur du fait que mon cas n’étant pas isolé, puis s’étant produit dans les mêmes environs, la mort de ce pauvre homme pouvait être une cause extérieure. Oui, je voulais vraiment croire à cette version-là, quoi de plus normal. Ensuite, Yoki épuisé n’était pas capable de remplir son rôle de surveillant, j’allais pouvoir mettre les voiles. Alors oui, c’était irresponsable, non seulement cela pouvait aggraver mon cas, mais en plus causer du tort à ma famille s’étant portée garante, à mon frère qui allait subir la fureur parentale… Mais il le fallait.

À pas de chat, mon objectif était très clair dans ma tête, comme ma destination : le bureau de la morgue où le corps avait forcément transité puisqu’il y avait eu une enquête et donc une implication des services shinobis. Il n’y avait pas trois cent légistes à Suna et je comptais bien travailler tout en furtivité pour aller mettre mon nez dans ses dossiers. Cela aurait été compliqué de simplement m’y présenter et les lui demander gentiment, tout ça dans l’hypothèse qu’il avait bien eu ce corps, peut-être même l’autre en question. La décision prise, c'était quelques heures plus tard que l’endroit n’avait rien d’attrayant, surtout avec les ténèbres de la nuit pour partenaires d'infiltration, une odeur nauséabonde inondait  les locaux, couverte par celle du formol, reconnaissable facilement, puisque je l’utilisais moi-même pour conserver mes prises vénéneuses. Il ne semblait pas y avoir de surveillance poussée plus que la moyenne mise en place, ni même âme qui vive à première vue. N’ayant même pas le nom de ma soi-disant victime, la recherche allait être longue, puisqu’il faudra se référer à la date et la description du corps. Aussi, en voyant une étiquette dépassée d’un drap, la solution la plus sage me paraissait de vérifier si les casiers mortuaires ne le contiendraient pas… avec un numéro dossier associé. La perceptive cependant ne m’enchantait point, mais mon regard basculait encore les lignes de colonnes, celles contenant le papier, dix fois plus garnies au moins que celles contenant les cadavres.

Soufflant bruyamment du nez, j’avais pris ma décision, autant en finir vite, alors d’un geste sec je soulevais le drap déjà, histoire de se mettre dans le bain, même si après réflexion, par logique, il était évident que cela serait le corps le plus récent. La première expérience me demandait de retenir un flux gastrique remontant, l’odeur ou la vue difficile à dire qui était en cause et encore il faisait assez sombre pour m’épargner les détails. La suite demandait donc plus de conviction, d’abord tirer le tiroir métallique, puis soulever le tissu, chercher un élément dans ma mémoire pour m’aider à le retrouver… Et c’était en plein exercice que j’étais surprise par la lumière apparue dans la pièce d’à côté et le bruit de présence associé… Une seule sortie ici et l’élément perturbateur se rapprochant, je ne voyais qu’une solution au pied du mur comme ça. Tout pour me plaire, un emplacement vide trouvé à la va-vite aller devoir faire l’affaire en espérant avoir rapidement la voie libre… Qui pouvait venir si tard… ou si tôt selon le point de vue….


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Les malentendus



Il faisait froid dans les locaux de la morgue, tant et si froid que chaque respiration brûlait les poumons. La température était si basse qu’elle paraissait vous mordre dans le creux du cou avec ses crocs de givre et aspirer votre énergie dans une voracité morbide.

À passer plus d’une heure dans ces lieux de mort, la fatigue vous guettait, elle s’emparait de vous, et vous promettait une chaleur bienveillante en échange d’un sommeil dangereux, et peut-être éternel. Pourtant, Toji n’était pas dupe, c’était un deal qu’il n’avait jamais accepté. Il avait l’habitude d’entendre ces sirènes lui chanter les louanges de l’au-delà, mais cette fraîcheur mortuaire était une compagnie qu’il préférait à celle des songes d’un autre été.

Il avait pris goût à ce malaise pénétrant qui serrait vos pores et attaquait votre gorge, au point de ne plus respecter les mesures de sécurité qui ordonnait une décompression de température toutes les heures et demie. Passer une journée entière dans les chambres froides avait à la fois forgé son physique et détruit son esprit… Peut-être l’inverse.

Et dans ces caves, le froid n’était pas le seul et unique facteur d’aliénation. Il y avait également le silence des morts, qui, aussi effrayant que cela pouvait le sembler, éclatait sourdement et manière cadencée. À ne rien entendre, pendant des heures interminables, on se surprenait parfois à percevoir des bruits fous, à leur prêter l’oreille, à leur accorder du sens et même, parfois, une certaine sagesse.

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Les envolées lyriques du légiste étaient, sans aucun doute, une réponse à ces questionnements profonds et sempiternels que l’insonorité lui posait. Pour être seul, réellement seul, il fallait l’être sans bruits, et si le froid était devenu un allié de circonstance, le silence, quant à lui, était un souhait réel de Toji. Il aimait écouter le vide de ses quartiers, mais surtout, il détestait la rumeur du dehors, car elle empêchait de penser loin, car elle empêchait d’incarner ses réflexions et de leur donner réellement forme.

Cependant, un dernier élément faisait de cet endroit glauque et malaisant, un temple sacré dont ce grand légiste était à la fois le maître et le dévot. Il avait pris pour usage d’interroger ses sens dans des méditations contemplatives : son toucher, ankylosé par la glace ; son ouïe, manipulée par les manigances du néant ; son odorat et son goût, trompés par les effluves nauséabondes du tabac froid, du formol et des cadavres… mais tout cela n’aurait pas d’incidence si sa vue était occupée à une quelconque distraction.

Il devait à la noirceur, cette obscurité vorace et assassine, toute l’étendue de sa spiritualité, un ésotérisme passionné croisant des considérations absolues et des divagations lointaines.

Même si, à choisir entre un silence éclairé et un sombre brouhaha, il préférait évidemment l’absence de toute sonorité importune, il ne faisait absolument aucun doute que les ténèbres étaient une présence qui comptait beaucoup pour Toji. Sans elles, sa quiétude était perturbée et il détestait cela.

C’est d’ailleurs une chose dont il vint à se rappeler brusquement lorsqu’il fut sorti de sa léthargie par les pas métalliques et les discussions déjà entamées des quelques jōnin qui pénétrèrent dans l’institut médico-légal. Comme si leur venue n’avait pas été déjà assez remarquable, une fois arrivés au plus près de son bureau, ils toquèrent bruyamment pour avertir de leur présence.

⸺ Entrez, s’exclama Toji d’un ton caverneux, encore plongé dans ses pensées.

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⸺ On vous apporte un corps, Takane. La porte s’ouvrit dans un grincement criard que le légiste exécrait. Ils étaient trois sunajins, assez robustes pour la plupart. L’un d’eux resta dehors, cachant un visage osseux et un regard qui luisait dans l’ombre de ses orbites, tandis que les deux autres, qui se rapprochaient de la table d’un air insistant, semblaient être beaucoup plus enclins à la discussion. Aussitôt, Toji eut plus de sympathie pour celui qui s’était tenu à distance de lui. Mifune Sensoo. On ne sait pas trop comment ça s’est déroulé, on compte sur vous pour nous apporter des éléments de réponses. Le ninja qui s’exprimait, s’arrêta subitement dans son déroulé explicatif, comme surpris par une révélation importante. Oh… et dis donc, c’est sombre ici, vous ne voulez pas allumer pour qu’on puisse amener le cadavre sans se cogner quelque part ?

Malgré la force des ombres, les yeux noirs du légiste se posèrent sur la goutte de sueur qui perlait le long de la tempe du shinobi auquel il faisait face. Était-il mal à l’aise ?

⸺ Seule l’obscurité a le pouvoir de sonder ce qui n’a pas de fond, marmonna Toji en se dirigeant vers une lampe qu’il commença à allumer à l’aide d’une allumette. La phrase n’était pas destinée au ninja, il n’espérait pas être compris, mais il était important pour lui de se rappeler les raisons de telles conditions de travail.

⸺ Merci. Les gars, amenez le sac.

La flammèche qui vivotait sur le bout de son allumette fit ressentir à Toji une irrépressible envie de nicotine. Sans se faire prier, il porta le bout d’une cigarette aux faibles vacillations de sa flamme et tira dessus avec insistance. Puis, après l’avoir secoué d’un geste sec, il jeta le bout de bois carbonisé dans l’une de ses corbeilles et fit un geste de la main, sommant aux autres ninjas de le suivre jusque dans les caves de conservation.

Les hommes s’exécutèrent et s’empressèrent de coller le maître des lieux, de peur de se retrouver seuls, éperdus, dans l’antre des morts. Ils se suivaient à la file indienne et les deux derniers du cortège portaient chacun une extrémité de la civière.

Alors qu’il descendait les escaliers, le regard songeur du légiste considéra le foyer coruscant de sa tige, en repensant au calme si précieux qu’il espérait retrouver une fois ces contrevenants partis.

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Ils arrivèrent dans un long couloir noir que Toji éclaira à l’aide de sa lampe. Un frisson puissant agrippa la nuque des autres shinobis à la vue d’un endroit aussi lugubre, les stoppant un court instant, alors que le légiste se dirigeait vers le fond du corridor d’un pas las. Très vite piégés entre les mains de l’obscurité, ils se mirent à courir légèrement pour rattraper Toji et ne pas se laisser dévorer par les ténèbres.

Le légiste ouvrit une porte sur la gauche et attendit la troupe, en affichant une mine impatiente.

⸺ Disposez le cadavre dans le tiroir B-13, ordonna sèchement Toji, en s’adressant aux deux brancardiers et en pointant du doigt un coin de la pièce ; son visage se tourna alors vers le troisième qui se sentit alors prisonnier d’une sensation qu’il ne parvenait pas à définir. Je vais vous poser une ou deux questions d’ordre préliminaire, essayez d’être le plus exact possible.

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⸺ O… Oui ! Bien ! bégaya le sujet, passant de jōnin instructeur d’une enquête à simple second, soumis à un questionnaire impérieux.

⸺ L’identité du cadavre est notoire, m’avez-vous dit… exprima Toji, avec désintérêt, cigarette pendant au coin des lèvres, en se saisissant d’un papier et d’une plume sur l’un des bureaux de la pièce. Mifune Sensoo. Quel grade ?

⸺ Chuunin, monsieur.

⸺ L’heure à laquelle le cadavre a été découvert ?

⸺ Euh… Comment dire…

⸺ Vous ne savez pas ? soupira Toji, prêt à raturer la case qu’il venait de dessiner.

⸺ Si, si ! Mais c’est compliqué…

⸺ Succinctement.

⸺ Il a été ramené par une Chuunin du clan Serika, une dénommée Kōya, vers 13h00 cette après-midi. Il était déjà mort. Nous sommes actuellement en pourparlers avec sa famille au sujet de son inculpation.

⸺ D’accord, posa Toji en venant attraper son menton d’une étreinte interrogative. Et, a-t-elle fourni des informations pertinentes sur les conditions du décès, notamment des données discursives permettant de faciliter la datation du cadavre ?

⸺ HEIN ?! s’exclama le jōnin pour exprimer son incompréhension.

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⸺ Est-ce que la Serika a donné des informations sur la mort du ninja ?

⸺ Ah, euh… pas directement. C’est son père qui a fourni les éléments par procuration. Il a expliqué que le ninja s’est comporté de manière étrange, comme possédé par la folie, avant de s’attaquer à elle. Et qu’il est mort pendant qu’elle le transportait après l’avoir neutralisé.

⸺ Comment l’a-t-elle neutralisé ?

⸺ Coup de coude dans la mâchoire.

⸺ Non léthal donc… soupira Toji en supposant que la version donnée par son vis-à-vis était avérée. Très bien, je vais procéder à l’autopsie. Vous pouvez disposer.

Les circonstances de la mort étaient floues, bien évidemment, néanmoins il avait bien une petite idée. La semaine dernière, il avait eu affaire à un cas similaire, une personne prise de démence, attaquant ses collègues et succombant des suites de ses blessures pourtant bénignes.

Quand une coïncidence arrive deux fois de suite, sa nature aléatoire est alors remise en question. Aussi, force était de constater que les similarités entre les deux décès nécessitaient une enquête approfondie.

Il attendit patiemment que les trois soldats sunajins s’extirpent de son domaine pour se poser et raisonner avant de commencer l’autopsie. Obsédé par la braise de sa cigarette et la vitesse à laquelle elle consumait le tabac, la pupille de l'héritier Takane reflétait un point d’or dans un noir de plus en plus saisissant.

Entendant, au loin, le claquement de la porte principale menant à ses quartiers, il s’affaira à ses premières élucubrations thanatologiques.

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***
Quatre heures plus tard.



Toji avait rejoint la salle d’autopsie, muni de ses équipements de travail : gants, scalpels, scie, burin, extracteur, pince, costotome… et bien entendu, un bon lot d’hypothèses. C’était la nuit que ses sens étaient les plus aguerris. Plus que tout, il aimait ses évocations, il aimait ses conseils et ses avertissements.

Il disposa ses ustensiles en ligne le long du support de corps et les fixa pendant un long moment. La table d’autopsie en acier brillait de mille feux sous le soleil des projecteurs, et à vrai dire, il n’y avait bien que dans ces moments là où la lumière, aussi synthétique était-elle, était une chose qu’il ne haïssait pas.

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Elle lui fit d’ailleurs une confidence lorsqu’il se déplaça dans la pièce voisine pour y prendre le corps à opérer… Dans le noir, il n’aurait pas repéré le désordre inhabituel de ses documents d’identification. Mais sous la lueur des ampoules, cela était pourtant évident.

En tout homme de méthode qu’il était, quand bien même il demeurait un rêveur des grands jours, jamais, au grand jamais, il ne laissait ses feuillets se balader de la sorte. Pourtant, ils ne semblaient pas avoir été fouillés.

Il regarda plus attentivement le bazar et se retourna vers les casiers mortuaires. Un sourire carnassier déforma la courbe habituellement figée de ses lèvres. Il se mit même à rigoler.

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Quelqu’un était venu ici, dans ce lieu maudit où personne n’osait mettre les pieds. Et perdu dans ses longues réflexions, Toji ne l’avait pas remarqué avant. Quel manque de professionnalisme…

Cependant, le sien n’était rien à côté de celui qui s’était infiltré ici.

Il fallait être aveugle pour ne pas remarquer le délit d’intrusion : plusieurs casiers étaient encore entrecouverts ; or une règle d’or en médecine légale était d’hermétiser les cases de dissimulation afin que des infections nosocomiales ne viennent pas corrompre les cadavres et fausser les résultats d’analyse.

Etant donné que Toji était bien le seul légiste du village, cela ne pouvait pas être l’erreur d’un stagiaire. Non, les choses étaient claires : il y avait un intrus. Restait à savoir si ce dernier était encore présent, que ce soit dans cette pièce ou bien même dans l’établissement.

De toute manière, le légiste était un homme patient, il avait tout son temps et il n’était pas un chasseur, mais un charognard, attendant son heure avec un sang-froid reptilien.



Convaincu de la présence d’un indésirable dans ses locaux, et de l’inconfort dans lequel il devait être à présent, il se décida pourtant à sortir le cadavre de Mifune Sensoo de son casier. Il constata avec joie que son étiquette identificatoire s’était perdue dans les méandres mécaniques de l’armoire et que cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : on l’avait manipulé, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

⸺ Si tu cherches des réponses, n’aie pas peur de les demander… lâcha Toji, qui n’avait pas honte de parler dans le vide. C’était un exercice qu’il pratiquait régulièrement.

À comptabiliser les différentes possibilités qui lui venaient à l’esprit, plusieurs idées sur l’identité de l’intrus lui apparurent. Une chose était néanmoins sûre et univoque : il cherchait les mêmes réponses que Toji… connaître les causes de la mort de cet individu.

Les pas du légiste, accompagnés des grincements sourds du chariot de présentation sur lequel trônait le corps en question, se dirigèrent vers la salle d’opération. L’invitation qu’il avait proféré à voix haute, laissait présager qu’il n’y avait rien à craindre ; cependant, rien ne disait que Toji était de bonne foi.

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Après tout, rien, ni personne, n’était capable de cerner un tel personnage.
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Les malentendus | Feat. Takane Toji
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Le métal froid agressait ma peau au travers de mes vêtements ne parvenant point à m’en préserver. J’avais en horreur cette sensation, bien plus mal à l’aise de cette dernière que l’oppression du casier qui m’avait accueilli en urgence. Encore que, l’air était étouffant, c’était probablement dû à l'espace réduit. Derrière ma tête, de légers filets de lumière émanant  de la pièce s’invitaient alors, étant du mauvais sens, il serait difficile de jouer la morte si mon casier venait s’ouvrir, bien que l’idée était ridicule, cela n’aurait eu aucune chance de marcher. Les pas se rapprochaient, le petit rire avait quelque chose d’inquiétant, le maître des lieux prenait son temps pour déambuler dans ses quartiers mortuaires et cela serait mentir, que d’affirmer que les pulsations cardiaques ne s’étaient pas accélérés quand  sa présence se fit toute proche et qu’il tirait lentement sur un tiroir, émettant alors un bruit métallique significatif. Point le mien, fort heureusement, bien que mes mains étaient jointes, l’envie n’était pas au rendez-vous d'aggraver mon cas en agressant le légiste, d’autant plus que s’il m’avait donné plus de temps, j’aurais certainement touché au but. Un qui s’éloignait avec lui d’ailleurs, après que ses mots aient sonné comme une sorte de tirade venant me narguer. Quel shinobi de pacotilles je faisais, même infiltré mon propre camp n’était pas dans mes cordes...

Depuis combien de temps m’avait-il repéré ?

Et en admettant qu’il savait ma présence ici, m’avait-il réellement localisé ? Ou le bluff était lancé pour me débusquer sans effort ? Quoi qu’il en soit, j’étais de nouveau seule au milieu des cadavres silencieux qui seraient tous bien incapables de répondre à mes questions, ou bien même me porter assistance. Les minutes défilaient alors, mon ouïe aux aguets, je tentais bien de repérer ce qui se passait autour en vain. Bientôt en bougeant mes doigts, je me rendais compte que la température si basse les avait endoloris et ils n’étaient pas les seuls en proie au ravage de ce climat si particulier régnant dans l'antichambre de la décomposition. Résignée par la force des choses, c’était ceci dit avec prudence et gestes bien ordonnés que je m’extirpais de ma cachette progressivement. Personne en vue dans la pièce. Cet homme était-il réellement parti faire son oeuvre comme-ci de rien n’était ? Beaucoup à sa place, ce serait contenté de donner l’alerte faute de vouloir s’occuper du problème. Ce qui me confortait au fond, un peu quant à la bonne foi de son invitation farfelue.

De toute façon, rien ne faisait de sens dans cette histoire depuis le début et manipulant le casier qu’il avait ouvert pour récupérer le cadavre, je m’emparais le plus discrètement possible de l’étiquette qui y avait été laissée - intentionnellement peut-être; j’étais certaine d’avoir reconnu ma victime sous ce drap, c’était donc sur son matricule que je portais mon attention. Le bout de carton en main, toujours sur mes gardes, je vérifiais à travers la vitre de la porte la localisation du légiste, dont seule l’ombre semblait donner signe de sa présence en vacillant d’une lumière au plafond anormalement puissante.  Ainsi, était-il vraiment en train de s'affairer à ses affaires ? Mon sourcil s’arquait, désignant à quel point je ne savais pas vraiment quoi penser et puisqu’il fallait faire un choix et vite, je me dirigeais vers le bureau ou plus précisément, les armoires de dossiers.

Particulièrement bien ordonné, il ne serait pas difficile, je m’imaginais, de retrouver le dossier du patient avec son matricule en main. Pour la première fois d’ailleurs, j’y découvrais son nom, mais aussi et surtout, des pages vierges. Quelle poisse, il n’avait pas encore eu le temps de s’en occuper, d’où le fait qu’il l’avait emporté. Il semblerait que mon impatience avait joué contre moi, le rapport en cours entre les mains, je n’étais pas plus avancé et en plus le préjudice allait alourdir l’idée de ma culpabilité.  Alors que faire ?



Le temps avait alors défilé, l’attente paraissant infinissable, le dossier de ma victime était resté sur le bureau et moi j’étais venue me poser sur un des buffets de rangement du matériel de la pièce. Quand le grincement des roues du chariot se rapprochait, je levais la tête vers l’entrée, relâchant mon attention jusque là acquise par une fiole d’eau se réchauffant sur une lampe à alcool. D’ordinaire, ces ustensiles étaient voués à la science, ce soir, ils préparaient une boisson chaude réconfortante. Laissant alors infuser la sélection de plantes, j’oubliais à quel point j’avais pris mes aises ici pour saluer l’inconnu qui faisait enfin face à son intruse.

« J’ai effectivement quelques questions où vous semblez plus apte désormais à répondre. Le sourire aurait pu paraître malicieux, mais il se voulait simplement amical, autant qu’il était possible dans cette curieuse situation. Tout d’abord… Qu’est-ce qui a trahi ma présence ici ? »


Ce n’était pas vraiment le moment pour ça ? Que neni, mieux valait connaître ses erreurs le plus tôt possible pour avoir le temps d’y méditer et les éviter à l’avenir. N’étant pas pour autant très confortable de cette situation malgré les apparences, je devais avouer être reconnaissante déjà, qu’il ne m’avait pas dénoncée… Mais était-ce réellement une bonne chose ?  Vu le temps où je l’avais attendu dans son antre, j’avais largement eu le loisir de comprendre à quel point il était facile pour lui de faire disparaître un indésirable sans laisser de trace ou éveiller de soupçon. Alors oui, l’inquiétude aurait su être le mot maître dans ce scénario désavantageux, mais il n’était plus question de jouer les prudentes, sinon je n’aurais eu qu’à rester sagement dans ma chambre. Je ne comptais pas laisser les Serika achetaient la paix en me laissant pour coupable, croyez-moi, ils en avaient les moyens…

« Mais où ont filé mes bonnes manières. Vous devez vous demander qui je suis et ce que je fais là. Cela serait logique. En quelque sorte, je suis venue chercher votre aide indirectement… Je suis certaine de ne pas avoir tué cet homme. De plus, plus j’y repense, plus c’est troublant, l’état cadavérique ne rendrait-il pas un corps plus lourd au transport ? Hors là, c’était l’inverse, il s’est allégé au fil des mètres… »


Mains sur le menton, je me remémorais plus pour moi-même que pour lui ce détail qui m’était soudainement revenue en mémoire. Voilà autre chose qui ne faisait pas de sens. Réalisant à nouveau ma position ici, je reprenais à nouveau la parole -quel moulin !

« Mon intention n’était pas de piller vos locaux, en tant qu’accusé, on ne me laisserait pas accéder à ses informations, ni même l’approcher. Ne dit-on pas que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ? »


Et maintenant ? Je n’étais pas fille de grands discours, ni le genre de personne qui savait convaincre à tout prix, je ne pouvais donc me remettre qu’à sa bonne volonté de me croire et accepter de m’aider ou pas. Peut-être même qu’il m’avait déjà dénoncé et que la déchéance était en route. Poussant une coupelle sur la flamme de la lampe d’alcool, j’arrêtais ainsi l'ébullition naissante du breuvage en préparation. La fumée de ce dernier danserait pendant quelques minutes encore avant qu’il soit consommable, mais son parfum avait déjà embaumé la pièce. J’ignorais jusque-là que le jasmin avait des vertus médicinales, mais pour quelle autre utilisation que celle-là, des contenants les contiendraient ici ? Tout cela en mettant de côté l’hypothèse que ses fleurs bien que ressemblantes n’en étaient pas et que dans ce cas, qu’étais-je en train de boire ?...  Espérons aussi que le propriétaire ne s’en offusquera pas, il faisait si froid par ici et feuilleter quelques  livres de sa collection n’avaient rien  eu de revigorant.

« J’ai eu vent de cas similaires, mais le lien ne semble pas officiellement avoir été fait par l’enquêteur, êtes-vous au courant ? Ou même d’accord pour partager vos informations ? Et comme ce monde n’était pas fait d’altruistes d’expérience, autant passer directement par la case des négociations. Un service en vaut un autre bien évidemment, pourrons-nous nous entendre ?   »


Je savais déjà que tout prenait son origine dans le désert, plus localement même, vers l’oasis proche des failles souterraines et que c’était assez récent, plus exactement même si on alignait les faits, depuis que les grottes étaient exploitées. Un groupe de sunajins les creusait en étant persuadé d’y découvrir quelques pierres précieuses vu que leur apparition était dû survenu à la suite d’un tremblement les ayant révélé dans murs rocheux. D’après Yoki, ma source et la meilleure des taupes du village à mon sens, il semblerait aussi que l’on avait plus de nouvelles des aventuriers depuis quelques jours, mais il était trop tôt pour s’en inquiéter. Il avait promis d’y faire un tour à l’occasion dans la journée de demain… Est-ce que la piste valait réellement quelque chose et si oui, était-ce finalement une bonne idée de l’avoir envoyé là-bas ?

Un problème  à la fois, déjà il fallait composer avec le grand brun ici présent...



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Les malentendus


Citation :
Scène d'autopsie avec images explicites. Personnes sensibles s'abstenir.


Une lueur blanche éclairait la scène en contrebas. Toji, les yeux couverts derrière sa chevelure de jais, fixait le cadavre dévêtu avec intrigue. Le corps était devenu jaunâtre, ses traits s’étaient effacés avec une lenteur immobile, sa silhouette s’était clairement émaciée, mais étrangement, son visage, pourtant sans vie, paraissait encore troublé.

Malgré la puissance de lampe et les réverbérations que les reflets de l’acier projetaient à travers la pièce, aucune luisance ne parvenait jusqu’au regard du légiste qui, plongé dans sa préparation, commençait déjà à imaginer l’opération. Selon lui, les habitudes de travail prévalaient car plus qu’un usage, elles étaient une méthode. Elles permettaient, à force d’expérimentation, d’aller plus vite et de ratisser plus large sans dépenser trop d’énergie. Elles s’ancraient tant et si bien dans les pratiques, qu’elles finissaient par ne plus être discutables et par devenir des réflexes de premier instinct.

Les dispositions habituelles d’une autopsie priorisaient de vider le corps des viscères pour les peser puis les analyser. En effet, en les examinant avec précision dès le départ, on pouvait déterminer d’emblée la présence d’agents exogènes anormaux dans l’organisme et partant de cela, orienter davantage les recherches sur des éléments en particulier, comme une maladie ou un empoisonnement par exemple...

Si la part théorique n’était pas des plus minces dans une telle expertise, le pragmatisme était bel et bien le maître mot du médecin-légiste. Ici, en l’occurrence, il s’agissait de ne pas perdre de temps et de ne surtout pas s’attarder sur des initiatives incertaines. Alors, Toji s’attela au prélèvement dans une gestuelle machinale.

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Il s’approcha de la table d’opération en s’armant d’un scalpel pour lui découper le ventre, puis s’arrêta une fois en place. S’abaissant pour préciser son geste, Toji planta la lame dans la peau avec une finesse chirurgicale et constata, dans une grimace de dépit, que le cadavre était déjà solidement rigidifié. Donc, il s’évertua à enfoncer le bistouri dans l'épiderme en gardant une force maîtrisée.

Après tout, cela allait bientôt faire une journée que cet homme avait succombé et plusieurs heures déjà qu’il patientait dans les cases mornes de son placard. Il ne fallait pas espérer mieux pour un tel cas, d’autant plus que les autorités de Suna avaient réagi relativement rapidement pour lui fournir le mort. Exiger davantage, au regard de ces conditions, fut une ingratitude que Toji s'interdît aussitôt.

De toute manière, l’enquête pataugeait et ça, c’était une certitude car les examens médico-légaux n’intervenaient que dans un genre très particulier de situations : celui où l'on n'avançait pas. Lorsque des réponses avaient besoin d’être données à des interrogations trop puissantes, son intervention devenait inévitable. Il incarnait le rôle de la dernière carte à abattre. Personne, aucun homme, aucune femme, aucun enfant, n’avait cette responsabilité à part lui. C’était en prenant compte de cela que sa démarche, et le niveau d’exigence qu’elle impliquait nécessairement, devenait une toute autre affaire.

À observer une telle aura s’échapper de lui en pleine action, on finissait par consentir à son incroyable don pour la chose.

Les mains gantées de Toji vinrent ouvrir le ventre jusqu’à l’abdomen avec une délicatesse étonnante, dépeçant méthodiquement son épiderme exsangue et le repliant sur l’extérieur. S’offrit alors une vue prenante sur un monde éteint. Des tripes blanches, roses et rouges s’enchevêtraient langoureusement dans une immobilité qui paraissait presque feinte. Le tout était maintenant d’aller les cueillir.

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Cependant, il ne s’y affaira pas. Les mouvements du médecin s’étaient brusquement stoppés, alors qu’il tenait dans ses mains un scalpel sanguinolent et un extracteur d’organe encore intact. Son regard serré s’était ouvert, comme illuminé par une révélation. Il posa ses ustensiles aussitôt et se déplaça autour de la table pour arriver jusqu’à visage du mort. Le teint blafard de Toji concourrait avec la lividité de l’autopsié. Ils se confrontaient dans un silence qui ne communiquait rien, mais révélait tout.

Il se rapprocha encore plus près par mesure de vérification. Après quelques secondes d’inspection supplémentaire, un rictus de satisfaction se mit alors à poindre sur sa figure.

⸺ Vérité, c’était donc au détour de cette ruse que tu me trompais... souffla-t-il, en relâchant un long râle.

Il se redressa, fier, ôta ses gants d’opération et alla chercher une cigarette dans la poche de sa blouse pour se féliciter d’avoir trouvé une piste solide. S’enivrant des volutes enchanteresses qui s’échappèrent de sa tige allumée, il s’appuya contre le rebord d’un établi qui longeait le mur et fit à nouveau défiler un tas d’images en lui.

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***
Une demie heure plus tard.

Toji regagna l’entrepôt, accompagné de l’enveloppe de Mifune Sensoo. Le poids de son corps, anormalement léger, l'était devenu encore plus une fois vidé de tout organe. Pourtant, le chariot qui le portait, semblait crier au secours d’un grincement perçant que les échos du couloir n’hésitaient pas à relayer. L’ambiance lugubre qui régnait dans les lieux, aimait se vêtir de bruits comme ceux-ci ; ils avaient le mérite de s’accorder parfaitement.


En arrivant près de la cave mortuaire, il s’aperçût, d’ailleurs, que la vie qui s’y était logée, n’avait pas pris la fuite et que, au contraire, celle-ci semblait avoir pris ses aises. Des mouvements d’ombre légers, des bruits de réchaud, et des petits tintements de verres se faisaient remarquer. Si Toji n’avait pas l’habitude de s’interroger sur les individus qui venaient visiter son temple de la mort, une telle situation suscitait toutefois de multiples questionnements en lui. Qui était cette personne ? Que voulait-elle ? Que faisait-elle, surtout ?

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De toute façon, cet individu était piégé, la salle dans laquelle il se tenait à présent n’avait qu’une porte et qu’une clé, et le seul concierge de cet immense institut n’était autre que le légiste lui-même. S’il voulait jouer au jeu du chat et de la souris, il tombait mal car il avait affaire à un cruel charognard qui n'aimait pas particulièrement la chasse. Toji n’allait pas se prêter à un tel enfantillage et allait plutôt attendre que ce dernier meure de froid, de faim ou de soif en scellant la porte pendant une semaine.  

Vivre sous les profondeurs du désert, avait transformé cet homme en un animal à sang-froid, et ces lieux, dans lesquels il avait opéré une telle métamorphose, étaient devenus son terrier. En venant ici, le contrevenant s’était jeté dans un piège sans le savoir. Cependant, malgré son indifférence maladive, et en dépit de son exécration pour les courses-poursuites, Toji était joueur. Et on l’avait défié sur son propre terrain, il fallait, au moins, saluer une telle audace.

Alors il accepta la défiance et alla au contact de l'intrus sans chercher à le tuer d'avance. Il était important de savoir ce qu'il voulait, après tout.

Arrivé, aux abords de la pièce, à peine arrivé à son seuil, la personne qui y siégeait illégalement, s’exprima directement, sans laisser le temps à Toji de l’identifier de visu. Parler d’audace dans ce cas-là était finalement un doux euphémisme… Il s’agissait plutôt d’intrépidité, voire même de naîveté.

⸺ J’ai effectivement quelques questions où vous semblez plus apte désormais à répondre. Tout d’abord… Qu’est-ce qui a trahi ma présence ici ? déclara ainsi la jeune femme qui se révélait au grand jour, en affichant un sourire qu'une telle situation déconseillait objectivement.


⸺ Je ne sais pas. Votre manque de discrétion, sans doute, répondit Toji, qu’une telle situation ne décontenança pourtant pas le moins du monde. Il pointa du doigt le réchaud qui servait habituellement aux analyses médico-légales. L’odeur qui s’échappait des contenants, rappelait celle du jasmin… Était-elle, vraiment, en train de se faire une infusion dans un tel moment ? En utilisant ceci, par exemple. À un tel niveau, en vérité, cela relevait plutôt de l’art que de la naïveté. Loin d’être étonné par l’absurdité de la scène pour autant, le légiste, imperturbable, continua à pousser le chariot jusqu’à sa place, en laissant le corps inerte jouir de ses dernières fraîcheurs. Une fois au bon endroit, il se retourna vers son interlocutrice.

Elle était assise sur l’un des meubles en acier inoxydable, dans une position décontracte. Ses cheveux blonds, à peine éclairés par les flammes du réchaud, pendaient comme des fils d’or, et son visage mutin trahissait une peau presque aussi pâle que celle du légiste. À en juger à son attitude, elle ne semblait pas être sur la défensive… Au contraire, même.

⸺ Mais où ont filé mes bonnes manières ? Vous devez vous demander qui je suis et ce que je fais là, reprit-elle, enchaînant dans un débit rapide. En quelque sorte, je suis venue chercher votre aide indirectement… Je suis certaine de ne pas avoir tué cet homme. Serika Kōya… Il s'agissait donc d'elle. Parmi toutes les pistes sur lesquelles Toji s’était penché pour déterminer l’identité de l’intrus, elle était la plus probante. Il n’osa pas l’exprimer de vive voix, mais il se félicita d’avoir su miser sur le bon numéro. À la lumière de cette révélation, il ne faisait plus aucun doute qu’elle ne représentait absolument aucun danger. Les résultats qu’il venait de trouver grâce à son autopsie, le prouvaient amplement. De plus, plus j’y repense, plus c’est troublant, l’état cadavérique ne rendrait-il pas un corps plus lourd au transport ? Or là, c’était l’inverse, il s’est allégé au fil des mètres… demanda-t-elle finalement, en faisant appel à l’expertise de l’héritier du grand Genji Takane.

Un temps d’arrêt dans la discussion fut imposé par Toji, qui profita de l’étrangeté du climat et de la torpeur installée, pour s’allumer une énième cigarette. C'était un vice tenace, solide, qui s’agrippait à lui comme une viscosité invincible. Alors qu'un brasillement scintilla vivement entre ses mains, la lueur du foyer alla s’endormir dans le tamis général une fois l'étreinte écartée. La fumée se propagea immédiatement dans la pièce, elle était un millier de fantôme qui venaient écouter sa réponse.

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⸺ Un corps n’est pas naturellement plus lourd à la mort. Sa masse n'augmente pas, ni son poids d'ailleurs. Simplement, lorsque les muscles se relâchent et qu’ils ne se contractent plus pour retenir la lourdeur du corps, la manœuvre est beaucoup plus complexe. Il existe certains cas, comme l’insuffisance rénale liée à certains empoisonnements très spécifiques, qui alourdissent objectivement les cadavres de plusieurs kilos pendant quelques heures... Toutefois, ce n’est pas quelque chose de fréquent. Que le corps s’allège en l’occurrence, ça, par contre... lâcha Toji, étonnamment loquace. Même s'il ne le faisait forcément pas avec la bonne personne, il remplissait son devoir d'information après tout. Et puis, il ne divulguait rien de l'enquête en cours. C'est encore une autre affaire. Beaucoup plus inhabituelle.

⸺ Mon intention n’était pas de piller vos locaux, en tant qu’accusé, on ne me laisserait pas accéder à ses informations, ni même l’approcher. Ne dit-on pas que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ? reprit la jeune kunoïchi, qui, après s'être interrogé un instant, chercha à excuser sa présence et à justifier son acte. Toji la toisa du regard dès les premiers mots. Ce qu'elle signalait, à ses yeux, n'avait même pas besoin d'être dit : compte tenu de son implication dans les faits, sa simple présence en ces lieux ne pouvait pas signifier autre chose... et puis, lui prêter une autre intentionnalité, aurait été un excès de zèle inapproprié.

Face à cela, il était partagé entre plusieurs positions : l'hostilité, le désintérêt ou... l'amusement. Elle attendait vraisemblablement une approbation à son speech, mais le légiste n'en fit rien. Il la considéra un instant, en fumant sa tige, absorbé par la scène qui se déroulait face à lui. Cette Serika était en train de lui demander des renseignements, tout en se faisant une infusion de jasmin... Genji, son père, l’ancien maître des lieux, l’aurait tué sur place pour un tel affront, mais réagir au vol impliquait une notion d’attachement aux choses que Toji, son fils, l’actuel maître des lieux, n’avait pas. Certes, ces feuilles, lorsqu’infusées, aidaient bel et bien à la concentration et la clarté mentale, et en cela, elles lui étaient utiles. Pour autant, les voir dérobées, aux mains d’une étrangère, ne le dérangeait pas. Et si son éducation voulait peut-être qu’il s’offusque de ses manières, de sa désinvolture, cela faisait maintenant longtemps qu’il n’était plus un fils.

Alors, aussi absurde que cela pouvait paraître, il continua de mégoter sans broncher, tout en croisant ses bras. Plus les bouffées dévoraient la tige, et plus cela devenait évident : il n’y avait bien qu’un seul objet capable de moduler son humeur et c’était les cigarettes. Les locaux, imprégnés de l’odeur du tabac froid plus que de celle du formol et de la mort, pouvaient clairement en témoigner.  

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Mille et unes fragrances s’acharnaient au combat : celle de la fumée tabagique, celle du jasmin, celle des différents produits utilisés par Toji pendant ses autopsies et ses examens, et celle des cadavres ayant entamé leur décomposition. Ce mélange embauma la pièce tout entière et finit par fleurer un parfum âcre qui prenait à la gorge.

⸺ J’ai eu vent de cas similaires, mais le lien ne semble pas officiellement avoir été fait par l’enquêteur, êtes-vous au courant ? questionna-t-elle de plus belle. Sans savoir qu’il l’était déjà depuis longtemps, étant donné qu’il avait reçu le corps du marchand dans ses locaux et qu’il avait eu à archiver son cas sans autopsie. Ou même d’accord pour partager vos informations ? Un service en vaut un autre bien évidemment, pourrons-nous nous entendre ?

⸺ Un échange de bon procédé ne m'apportera rien. Pour l'instant, c'est vous qui êtes dans une position de demande, et moi, d'offre, argua Toji du tac-o-tac. Il n’avait même pas laissé l’ombre d’un doute planer. Il avait pourtant toutes les réponses en main, et les moyens de tout lui révéler, seulement… cela en valait-il vraiment la peine ? Qu’avait-il à y gagner ? S’affranchir des lois du village n’était pas un problème pour lui, il n’avait jamais vraiment eu de respect pour les règles établies et créer une interférence dans une enquête en instruction n’était pas quelque chose qui le faisait particulièrement frémir. Finalement, le problème était autre part : certaines pièces de son caveau n’étaient pas sécurisées et si une jeune ninja avait été capable de se préparer une décoction dans le plus grand des calmes, après s’être infiltré sur les lieux, cela donnait une mesure à la gravité d’une telle défaillance. Premièrement, il fallait s’enquérir des circonstances qui avaient permis une telle folie. Ensuite, il aviserait. Bon, juste pour savoir : par quels moyens avez-vous pu pénétrer dans l’enceinte de cet institut ? Parlez-moi un peu de votre infiltration, et peut-être que je vous expliquerai les résultats de mon analyse.


Ses mains, apposées sur ses avant-bras, se décroisèrent et allèrent attraper un cendrier en verre dans lequel il écrasa son mégot. Un bruissement doux signa la fin de l’embrasement.

La sunajin à qui il faisait face, n’allait pas être inculpée de toute manière, qu’importe les résultats de l’autopsie. En effet, elle appartenait à une famille bien trop influente pour subir les foudres d’une justice martiale à deux vitesses. Pour leur immunité aristocratique, et plusieurs autres raisons plus complexes, Toji n’était pas un grand amateur de la dynastie Serika. Le Kazekage en personne, Senshi, ce vieil homme abusé par le pouvoir, en était une franche incarnation, et dans les traits de cette fille, se lisait une ressemblance, quoiqu’infime, avec lui. Même si elle prétendait ouvertement le contraire, ils avaient en commun l’impunité et l’impénitence. Et un village gouverné par des inchâtiés, de fait, se ramollissait économiquement, politiquement et militairement.

Autant se le dire, cette petite scénette, tirant au polar humoristique, était un jour sur la situation actuelle de Suna.

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Alors, après une courte réflexion, qui passa dans son esprit comme une étoile filante aurait traversé un ciel rose, il accepta la présence de Kōya dans son établissement. Elle avait peut-être plus à lui offrir qu’il n’y paraissait. Sa famille, notamment, l’intéressait, et son positionnement par rapport à elle, n’avait fait qu’aviver la curiosité du légiste.

Pour la longue entreprise qu’il menait en secret, un témoignage de plus n’était pas de refus. Néanmoins, chaque chose en son temps. Tout d’abord, primaient les questions sur son intrusion. Et puis…

⸺ Au fait... si je vous dis que ces fioles servent habituellement à faire bouillir les excréments que le relâchement des intestins n’a pas suffi à faire sortir des corps, continuerez-vous à boire de ce breuvage ? concéda le légiste. Ne pas l'avertir d'une telle chose aurait été mesquin, même pour un homme comme lui.

Les infusions de jasmin ne se faisaient pas dans des fioles comme celles-ci. Les ustensiles de filtrage qui y étaient réellement dédiés, se situaient en haut, au rez-de-chaussée, dans son bureau. Alors que la chuunin réceptionnait l'information, Toji sembla sourire très légèrement. Une facétie de plus à ajouter à la longue liste de cette rencontre pensa-t-il, en se demandant toutefois quand allait-il pouvoir profiter la tranquillité à nouveau.

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