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La Belle et la Bête • ft. Zenjuro

Myōshin Junko
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Myōshin Junko

Lasse de la violence et des tensions liées à son métier, en proie à une mélancolie soudaine et imprévisible, Junko avait pris quelques jours de repos pour s’éloigner du monde. Mais ces derniers mois avaient été d’une telle intensité qu’en se retrouvant, du jour au lendemain, seule et désœuvrée, elle se sentit perdue. Elle entreprit de faire de l’ordre dans sa vie et dut se rendre à l’évidence qu’il n’y avait rien à ordonner. Son appartement était terriblement vide et froid. Elle songea sortir, aller se promener, profiter de la vie, mais cette idée la rebutait. A l’évidence, elle ne savait même pas ce que signifiait « profiter de la vie » et elle employait cette expression comme un fourretout, pour évoquer tout ce qui, de son point de vue, s’apparentait à de la débauche ou de la fainéantise – et qui, finalement, regroupait beaucoup des plaisirs des gens normaux. D’autre part, elle craignait de croiser des visages familiers qu’elle n’avait aucune envie de voir. Ce n’était pas contre eux – il y avait, parmi tous ces gens, des enfants auxquels elle s’était malgré tout attachée – mais la proximité et la familiarité n’étaient pas son fort. Elle était, somme toute, quelqu’un d’assez casanier et appréciait la tranquillité et la sécurité que procuraient les quatre murs d’une pièce. Elle pouvait prendre un livre, s’abandonner dans un univers qui n’était pas le sien, sans que rien ne lui arrive dans son monde à elle.

Cependant, ce jour-là, se furent ces mêmes quatre murs – blancs et lisses, de surcroit – qui finirent par avoir raison de sa santé mentale. Elle était comme un lion en cage, à l’appétit insatiable, tournant sans jamais trouver de quoi l’occuper. Finalement, comme elle n’avait rien à faire chez elle et que sa seule lecture ne concernait que son métier – ce même métier dont elle voulait prendre des vacances –, elle se résolut à sortir… Pour s’engouffrer, quelques minutes plus tard, dans la première bibliothèque sur son chemin.
Les habitudes avaient la vie dure. Elle s’était rendue là par défaut, sans vraiment savoir ce qu’elle cherchait. Elle avait cependant la certitude qu’elle y trouverait quelque chose, comme toujours. Les bibliothèques et les librairies d’Uzu étaient autant d’extensions de son propre foyer, à ses yeux. Lorsqu’elle évoluait parmi les rayonnages, elle se sentait chez elle, en confiance. Qui plus est, l’endroit était bien plus convivial que sa propre maison ; les gens allaient et venaient, s’asseyaient et repartaient, toujours dans le respect de l’intimité des autres. Ils étaient comme une grande famille qui partageait une table, sans jamais s’adresser la parole.

Mais alors qu’elle se faisait ces réflexions, au détour d’une étagère poussiéreuse, Junko sentit que quelque chose clochait. Elle suspendit son geste, tendant l’oreille, humant légèrement l’air. Il y avait, définitivement, quelque chose qui n’était pas à sa place dans sa grande maison. Quelque chose qui n’aurait jamais dû se trouver là ; un parasite, un rat, un fléau… Elle fit le tour de l’étagère, découvrant un large espace où plusieurs tables de lecture étaient disposées. Il était là : un géant en armes qui, par son attitude rustre, dérangeait le lieu saint. Elle fronça les sourcils, jugeant terriblement cet homme. Pourquoi était-il là, sinon pour bafouer l’élévation spirituelle des lecteurs ?
Elle chercha prestement du regard les bibliothécaires – que faisaient-elles, au lieu de lui intimer le silence à coup de « chuuuut » intempestifs ? Elle découvrit que l’une d’elle regardait l’inconnu sans oser s’en approcher. Elle lui lança un regard noir, histoire de lui signifier qu’il fallait dégager le sauvage, mais celle-ci déclina d’un signe de tête, l’air effrayé. Alors quoi, il faisait si peur que ça ? Elle eut un soupir agacé ; il fallait tout faire soi-même.

Junko attrapa Le livre tibétain de la vie et de la mort qui traînait sur la rangée. Il s’agissait d’une œuvre sur le respect, la médiation, le silence et le karma – un livre qui, en réalité, aidait les vivants à préparer leur mort et qui, par conséquent, était parfait pour l’usage qu’elle allait en faire. Alors, grimpant à l’une de ces échelles qui permettent d’accéder aux ouvrages les plus en hauteur, elle asséna un coup violent sur le sommet du crâne de l’homme en kimono – il lui fallait au moins ça pour atteindre la tête de l’individu et pour attirer son attention. « Il s’agirait de lire en silence. » dit-elle d’un ton sec et ferme. Elle descendit de son perchoir, l’air grave. Maintenant qu’elle voyait le visage de l’homme, elle se rendait compte qu’il devait avoir son âge. « Vous n’êtes jamais venu dans une bibliothèque de votre vie, ou quoi ? » ajouta-t-elle, incrédule. Elle avait du mal à croire qu’à son âge il ignorât les règles de base de cet endroit. Son regard se porta sur l’ouvrage qu’il semblait lire. Bon sang, mais qu’est-ce qu’il fabriquait ?!

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Zenjuro
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Zenjuro
Cela faisait trois jours que Zenjuro était, si l’on pouvait décrire la situation ainsi en période de chômage technique. Les missions que le Kage lui confiaient à chaque occasion et ce qui lui donnait l’occasion de se faire un repas sans même avoir besoin de traquer l’animal qui venait de lui-même à l’abattoir, n’étaient pas d’actualité aujourd’hui non plus. Par-delà ses activités en tant que Shinobi d’Uzushio, c’est dans les activités qui étaient les plus simples que le borgne excellait le plus, on pouvait y compter la pêche, la cueillette de plantes ou de fruits et légumes, ainsi que la chasse et bien évidemment, comme tout vaillant guerrier revenu de son dur labeur, le Bar du Coin qui se situait au Port et qui était l’abri incontournable où venait squatter l’Uzujin pour avoir sa dose de Rhum et était sûrement l’un des clients les plus fidèles.

Cependant, vint dans ce calme harmonieux avec le cadre de vie simple et sans pression du Vagabond un événement, moins impactant que ce qu’il avait pu connaître de pire lors de sa vie déjà très bien remplie, mais quelque chose justement de simple mais qu’il n’avait jamais prit le temps de considérer car cela lui semblait parfaitement inutile. Dans les denses forêts d’Uzushio, l’ancien Pirate s’adonnait avec plaisir à la découverte de nouvelles plantes qui poussaient dans les recoins les plus incongrus et les plus difficiles à atteindre pour un botaniste ordinaire, ce qui laissait à la bête le monopole de ces endroits là qui en devenait ses favoris. Lors de l’une de ses escapades en pleine forêt, Zenjuro fit la rencontre d’un de ces fameux herboristes. Classique, lui aussi venait récupérer des plantes médicinales ou autre pour son propre compte mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était chétif, lent, mais très droit dans ses bottes, il aurait suffi au survivant des marécages de « Nume » de le pousser pour qu’il se casse quelque chose.

Les deux randonneurs semblaient chercher les mêmes types de plantes et le Jonin avait plus de trente ans d’expérience dans la botanique, tout avait été acquis sur les nombreuses forêts toutes aussi denses qu’il avait pu explorer de son vivant.  Il fallut environ une heure à Zenjuro pour récolter ce qu’avait récolté l’herboriste en une vingtaine de minutes à tout casser. Le voyageur ne comprenait absolument pas ce qui se passait, ils étaient dans la même zone et ce blanc-bec était bien plus jeune et maladroit que l’Uzujin, alors pourquoi ? Pourquoi était-il capable d’en faire autant, en moins de temps ? L’attention du sauvage se porta sur le livre que le binoclard semblait potasser à mesure qu’il progressait dans la forêt et force était de constater qu’il y était inscrit des annotations accompagnées d’images qui attirèrent Zenjuro vers le petit explorateur d’herbe.

« Hep toi ! C’quoi ton bouquin ? »

Gen de son prénom se retourna et d’une mine joviale montra le livre à l’Epéiste qui arqua un sourcil en l’écoutant.

« Ca ? C’est les notes de mon Maître, il m’a envoyé dans les forêts pour ramasser les plantes que vous ramassez aussi Monsieur. Tenez, si vous voulez y jeter un coup d’œil ça me dérange pas vous savez »

« M’ci »

Zenjuro se saisit du livre et put y voir de nombreuses représentations des plantes qui se situaient dans les environs, il le savait car d’expérience il avait l’habitude d’en croiser dans les environs. Son œil balaya rapidement les illustrations jusqu’à tomber sur quelques paragraphes retraçant notamment l’appartenance de telle ou telle plante, les caractéristiques de celles-ci et leurs endroit de développement favori, tout un attirail du combattant pour quiconque se lançait dans la botanique… sauf pour Zenjuro qui lui avait buggé environ quarante fois pour les cinquante mots qui composait le premier paragraphe. Le petit Homme qui lui avait prêté son livre ne tardait pas à comprendre quel était l’endroit où semblait bloqué la bête qui sans s’en rendre compte s’était mit à haute voix à essayer de lire les mots qu’il ne comprenait pas.

« Monsieur… Vous ne savez pas lire ? »

Pertinent, là était le mal du Vagabond qui de toute façon n’aurait jamais pu se servir efficacement de quelque ouvrage que ce soit puisqu’il ne savait absolument pas lire tout ce qui était compliqué, et pour lui, le terme compliqué commençait à partir d’un niveau dérisoire, dès que l’on quittait les mots passe partout et les salutations, ce qui, plus d’une fois, lui avait fait comprendre de travers ses missions et par conséquent, plus d’une fois, l’avait mit à rude épreuve dans des conditions qu’il ne pouvait pas comprendre non plus. Rendant avec une migraine terrible le livre au gosse, la bête haussa les épaules avant de reprendre sa route lorsque l’herboriste le fit s’arrêter par une réflexion, bête mais tout aussi logique.

« Pourquoi vous n’iriez pas à la Bibliothèque du Village Monsieur ? Vous avez beaucoup de livres et aussi des livres pour ceux qui veulent apprendre ! »

L’idée intrigua le survivant de « Nume » qui se redressa de toute sa hauteur avant de tourner les talons, et sa destination était claire, il rentrait de suite au Village.

« Pô con, j’vais aller voir, merci gamin, fais attention à toi, c’rôde de bêtes pas loin ! »

Les chemins en forêt étaient relativement périlleux par moments et surtout lorsqu’on ne savait guère où poser les pieds. Depuis sa maitrise du chakra, les passages qu’il aurait pu trouver difficiles ne causaient plus aucun problème au Vagabond à qui il suffisait de concentrer du chakra dans la plante des pieds pour marcher à l’horizontale littéral sur un mur, avoir de bien meilleurs appuis et par ce biais, devenir un explorateur bien plus compétent. Mais restait à ce jour ce problème de taille, ayant grandi dans les marécages de « Nume » jusqu’à ses vingt ans, puis n’ayant que combattu et cultivé des légumes et des fruits au cours de sa vie, plus récemment devenir un Shinobi, et c’est surement grâce à cela qu’il pouvait lire de manière extrêmement sommaire… Zenjuro ne savait pas lire comme il le devrait pour un Homme, un Shinobi, et encore plus pour un Jonin des Tourbillons.

Son chemin qui le faisait arpenter l’artère principale d’Uzushio où se trouvait la majorité des Commerces du coin que visitait bien rarement l’Uzujin se solda à la vue de la fameuse Bibliothèque dont il avait déjà oublié le nom en rentrant à l’intérieur. Les bonnes manières n’étaient pas dans le bagage du Vagabond qui entra en faisant sonner le portique de sécurité à cause de son Nodachi qui n’avait rien à faire dans un endroit si paisible mais à peine la Dame en charge de l’accueil et de l’enregistrement des Documents empruntés posait son regard sur le borgne que son œil se posa sur elle en réponse en dégageant malgré lui une aura bestiale qui enleva de suite l’idée d’aller sermonner le sauvage qui venait de pénétrer cet espace clos, un sanctuaire de Littérature et de connaissance, faisant se tourner vers, puis retourner vers leurs livres, meurtris de peur les gens que Zenjuro essayait d’aborder pour demander conseil aussi maladroitement mais aussi bien que possible pour lui, qu’il pouvait le faire.

Aucune indication, aucune aide pour le guider dans cette périlleuse entreprise, Zenjuro balançait sur une table quelques ouvrages dont il n’arrivait pas même à comprendre le simple Titre. Se servant une choppe de Rhum qu’il déposa dans ce qui pour lui était un environnement saint mais qui donnerait à tout amateur de lecture l’envie d’aller lire au milieu d’un champ de bataille qui sera au moins plus silencieux, le Jonin des Tourbillons se saisit d’un dernier ouvrage avant d’être attaqué par derrière par ce qui semblait être une femme perchée sur une échelle et qui de fait atteignait pile poil sa hauteur. La frappe était appuyée, mais pas assez pour vraiment atteindre le borgne qui s’en était rendu compte et se dressa face à elle, tournant les talons pour se retrouver face à face tandis que son œil de haut en bas scruta l’une des rares personnes qui ne connaissait pas le Vagabond et qui avaient l’audace de s’approcher comme ça. La femme aux allures soignées fit la leçon à un sauvage qui sortait tout juste de son bois pour s’instruire de lui-même, et se gratta l’arrière de la tête.

« J’veux apprendr’ à lire mais y person’ qui veut m’répondre, comprends’pas… »

Observant son interlocutrice de plus près, son regard qui transperçait le borgne comme une aiguille et ce tempérament entre le feu pour l’ardeur qui s’en dégageait et la glace de par sa gestuelle si calme, cette femme intriguait Zenjuro qui ne savait pas quoi en penser, c’était sûrement la première fois qu’il avait affaire à quelqu’un comme elle. Posant son œil sur le livre qu’il tenait alors, un ouvrage fort instructeur dans le domaine de la reproduction des êtres humains, le Vagabond montra ses intentions transparentes en affichant sous les yeux de la Dame son livre, se mettant alors à rire un instant avant de retrouver son calme.

« Yep, Biblioquette hein... ? J’pas grandi avec tout’ces choses là et j’comprends presq’rien à c’que je lis mais j’veux apprendr’, t’pourrais ptet m’aider s’te plaît. »

Faisant preuve de sa meilleure formulation de politesse, le sourire qu’adressa le borgne à l’Uzujin était simple, niais, traduisant une innocence qui était à ce niveau drastiquement rare pour quelqu’un de son âge.
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Myōshin Junko

Junko allait de surprise en surprise. Elle le regardait, mi atterrée, mi impressionnée, ne sachant trop si elle devait le prendre en pitié ou le craindre. Le plus intriguant était certainement sa façon très ingénue, presque simple – et terriblement familière – de s’adresser à elle. Soudainement, il ressemblait à un enfant dans un corps d’adulte. Elle le dévisagea ouvertement ; il semblait avoir vécu, pourtant – son visage balafré témoignait de ce que la vie ne l’avait pas épargné. Comment avait-il pu traverser les âges sans jamais être inquiété de son manque flagrant d’éducation ? Enfin, quand bien même il aurait vécu toute sa vie dans un lieu reculé… Le Myōshin-ji était perdu au cœur de l’Hommachi et pourtant les moines écrivaient et lisaient. C’était, à ses yeux, presque vital. C’était la seule manière de passer à la postérité, de transmettre ses connaissances sur le long terme et de façon fiable, de permettre aux générations du monde entier de s’élever de leur condition et de comprendre ce qui les entourait. Les transmissions orales avaient fait leur temps, les écrits avaient définitivement révolutionné le monde.
Elle prit une inspiration, ouvrant légèrement la bouche comme pour parler, mais aucun son n’en sortit. Comment expliquer tout ça à quelqu’un qui était tout à fait étranger au principe-même de lecture ? Elle eut un sourire désolé ; à l’évidence, cela ne servait à rien de s’énerver sur lui. Il pourrait au moins se féliciter de lui avoir coupé le sifflet, elle qui avait toujours une opinion très arrêtée sur tout et qui donnait des leçons à tire larigot.

Lentement, elle s’assit sur un siège à côté. Elle ne parvenait pas à détacher son regard de lui, comme cherchant des réponses au milliard de questions qui l’assaillaient. Elle aurait aimé comprendre par quelle magie un tel être pouvait exister. Mais quelque chose la retenait, un sentiment pudique, un élan d’empathie et de d’humanité. D’aucuns s’imaginaient que Junko n’était pas capable de tels sentiments et pourtant, ce jour-là, elle ressentait une certaine peine – sans pour autant tomber dans la commisération, car elle avait un respect curieux pour cet individu qui avait été capable de survivre avec un handicap notable. Cela pouvait sembler de la prétention – comme cette manie qu’avaient les lettrés de croire qu’ils étaient supérieurs au reste du monde, du fait de leur culture littéraire – mais elle savait que son sentiment était pur, dénué de toute vanité. Car elle songeait à sa propre éducation : si elle n’avait pas eu les livres, que serait-elle devenue ? Certainement qu’elle serait restée une servante un peu sotte mais bien brave ; peut-être aurait-elle réussi à s’élever au rang de dame de compagnie. Lire lui avait ouvert des portes : celle de la croyance, celle du libre arbitre, celle de l’art de la guerre.

Elle prit le livre que tentait de lire l’inconnu. Elle essayait de garder un air très sérieux, mais rougissait légèrement, malgré elle. « Très bien. Faisons cela… Je vais vous aider. » dit-elle doucement. Puis se raclant la gorge : « Mais pas avec… Ce genre de livre. » Elle se releva alors un peu prestement et s’éloigna en direction d’un rayonnage. Puis, tandis qu’elle se trouvait seule un instant, elle soupira. Comme si elle réalisait finalement ce dans quoi elle s’était embarquée, elle ferma les yeux et se pinça l’arête du nez. Elle avait déjà suffisamment de mal à enseigner l’art du combat aux gamins de l’Académie, alors apprendre à lire à un adulte ? Cela dépassait complètement son domaine de compétences. Mais elle le ferait, elle essaierait. Il l’avait bien eue : elle ne revenait pas sur une promesse.
Quelques instants plus tard, elle revenait vers lui avec entre ses mains un ouvrage à destination des plus jeunes. Elle n’avait pas choisi le bouquin le plus simple – elle espérait qu’il connaisse le syllabaire élémentaire – mais il restait abordable et d’une difficulté graduelle. Elle lui tendit, s’asseyant à ses côtés. « Commençons par évaluer votre niveau. » Puis se rendant compte qu’elle avait pris ce ton sec et sévère qu’elle avait l’habitude d’utiliser avec ses élèves – qui étaient de toute évidence plus jeunes qu’elle –, elle ajouta un « D’accord ? » en s’efforçant de prendre un ton plus aimable. A vrai dire, elle ne savait pas trop comment se comporter avec lui. Elle se référait le plus souvent à l’âge et la hiérarchie pour adapter son comportement, mais son monde semblait complètement bouleversé à présent. Elle ne pouvait résolument pas le considérer comme un égal, mais le traiter comme un enfant paraissait déplacé. Elle lui demanda alors, poliment : « Je peux vous tutoyer ? Je crois que ce serait plus simple pour moi. Vous pouvez m’appeler Junko. »

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Le borgne se sentait observé par celle qui venait de lui écraser un livre gros comme un Dictionnaire sur le sommet du crâne, mais cette femme était différente des autres puisqu’elle avait eu non seulement la force de caractère que n’avaient pas les autres lecteurs de cet endroit pour aborder l’Uzujin, ne serait-ce que pour lui parler, mais en plus de cela, la manière calme dont elle s’y était prit intriguait Zenjuro qui semblait perdu tandis qu’il arquait un sourcil en la regardant le regarder. D’une certaine manière, même si elle était différence rien que visuellement, son regard lui rappelait grandement celui de sa femme, calme comme le flot limpide et fluide et la rivière, mais aussi perçant que la meilleure des rapières. Le cadre était différent, aujourd’hui, le Jonin était ouvert à la discussion et il cherchait désespérément à s’instruire. Par curiosité ? Par envie de comprendre les livres qui pouvaient l’aider dans sa compréhension des choses comme pour les écrits du maître du jeune herboriste qui malgré son âge, grâce à ces connaissances était aussi performant que Zenjuro.

Sa réflexion aussi limitée soit-elle fut interrompue par toutes les manières que faisaient l’interlocutrice qui n’avait pas hésité à se montrer si franche avec lui plus tôt, et même si ce contraste pouvait paraître étrange, autant sur le coup il provoqua le rire du Borgne qui en la voyant revenir, décidée à lui enseigner la lecture, lui arracha un sourire tandis qu’il lui répondit avec zèle.

« Ca m’va ! J’te r’mercie en tout cas ! Moi c’Zenjuro, t’peux me tu…toyer t’en fais pas ! Junko c’ça ? »

Marquant un arrêt dans la parole afin de s’asseoir à son tour juste en face de son institutrice improvisée, le borgne fit de la place en rangeant son tonneau de Rhum pour lui permettre d’avoir assez de place et ouvrit le livre dans le bon sens cette fois. Éclaircissant sa voix, Zenjuro se mit à lire les dix premières lignes mais soit en coupant des mots pourtant simples, soit en butant et en étant obligé d’épeler, lettre par lettre les mots les plus complexes qu’il rencontrait pour les prononcer à peu près correctement. Parler était sûrement le domaine qu’il maîtrisait le mieux parce qu’il avait rapidement été obligé de décrire sa soif au Tavernier, son envie de manger au restaurateur pour ne pas mourir de faim et pouvoir s’intégrer à la société « moderne » sans avoir à tuer chaque passant pour un morceau de pain. Les deux premières pages s’enchaînèrent à mesure qu’il tâtonnait pour trouver ses repères et ne comprenait pas tout ce qu’il disait sur le coup, mais on pouvait sentir sa réelle implication malgré le ridicule que pouvait voir n’importe qui en face d’un individu de trente-cinq ans, hésitant sur des mots pour le moins banals pour des natifs de la lecture.

Relevant la tête pour interroger du regard Junko, il tira un peu la grimace et résista à l’envie de se servir du Rhum pour se rincer le gosier, mine de rien son coup de livre avait calmé le borgne qui semblait presque ... studieux ici.

« Dis Junko, t’pourrais me lire c’que j’ai lu ? J’veux voir comment on dit c’que j’ai loupé là »

Zenjuro tendit l’ouvrage à la Jonin, son regard purement curieux et un sourire franc qu’il lui adressait tandis qu’il l’embrassait du regard, cette femme était pour la bête pour le moins fascinante et attirait alors toute son attention. Contrairement à elle, Zenjuro était franc et direct, ici curieux et à la limite de l'enfantin alors qu'il se montrait étrangement docile pour quiconque l'avait déjà coutoyé sur un champ de bataille et avait pu en revenir en vie, où même pour ceux qui le croisaient et ne pouvaient voir à travers sa carapace bestiale tissée au fil de sa vie tumultueuse.
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Elle ne connaissait pas les raisons qui le poussaient à apprendre à lire, alors qu’il paraissait s’être très bien débrouillé sans, jusqu’à présent – et elle ne lui demanderait pas, d’ailleurs, car elle jugeait que cela ne la regardait pas. Mais elle voyait les efforts qu’il faisait, ces petits gestes qui témoignaient de sa sincérité ; il avait déplacé ses affaires, s’était astreint à lire en dépit de ses difficultés – les enfants auraient eu tendance à abandonner assez rapidement. Mais bien sûr, il n’était pas un enfant… En outre, cela la rassurait, en quelque sorte. Elle avait l’impression qu’elle ne se lançait pas dans une vaine entreprise, qu’elle ne s’était pas juste fait avoir par son attitude candide.

Rapidement, tandis qu’il s’était lancé dans cet exercice ardu, elle était devenue tout à fait sérieuse. Comme à son habitude, la dame prenait très à cœur son rôle, aussi farfelu soit-il. Elle notait mentalement les erreurs qu’il faisait, les mots sur lesquels il butait, cherchant des difficultés récurrentes notamment. Elle l’écoutait, sans l’interrompre, et elle avait l’impression de lutter avec lui, lorsqu’il ne lisait pas le mot du premier coup. Parfois, cela la démangeait, et elle se mordait la lèvre pour ne pas le couper et éviter de le dire à sa place. Aussi, lorsqu’il eût terminé, elle se sentit un peu soulagée. Elle hésita à lui glisser un mot d’encouragement ou de félicitation pour sa résilience, mais elle se retint ; cela aurait été mentir, d’une certaine façon, car elle trouvait la situation assez dramatique. Il valait mieux jouer la carte de la franchise, pour le faire progresser. Elle ne fit donc aucun commentaire.
Elle acceptait cependant sa requête sans hésiter car, de fait, elle trouvait l’idée très bonne. La dame replaça donc le livre devant elle, à l’envers pour qu’il puisse suivre facilement, et reprit le texte depuis le début.

« Il y a très longtemps, un vieux couple vivait à la campagne sans enfant. Un jour, la vieille dame alla à la rivière pour laver son linge et elle vit quelque chose qui flottait dans le courant. Intriguée, la vieille dame ramena l’objet sur la berge à l’aide d’un bâton en bambou. C’était une très grosse pêche rouge. » Du doigt, elle lui montrait les mots, au fil de sa lecture. Son discours était fluide et elle prenait soin d’articuler chacun d’entre eux, calmement – en particulier, ceux qui avaient posé problème à Zenjuro. « Quand elle coupa la pêche, le noyau s’ouvrit en deux et un petit bébé en sortit. Voyant cet enfant qu’ils avaient tant désiré, le vieux couple l’adopta et le nomma Momotarō. Ses parents adoptifs prirent grand soin de lui et il devint un jeune homme fort et dégourdi. Mais il était un peu fainéant et il dormait la majeure partie de la journée. Un jour, ses parents lui demandèrent d’aller chercher un peu de bois dans la montagne. Il revint avec un arbre entier, découvrant alors qu’il dépassait n’importe qui par la force. »

Ce conte figurait parmi les classiques de l’apprentissage de la lecture. C’était l’histoire assez étrange d’un enfant un peu sauvage qui se découvrait une force incroyable et sauvait le village de ses parents adoptifs des ogres qui les pillaient. En chemin, il se faisait des amis qui l’aidaient dans cette entreprise périlleuse. A l’évidence, l’enfant, le village, les amis étaient autant de métaphores qui représentaient le pays assailli par un ennemi ; cette histoire était supposée éveiller l’esprit patriotique des plus jeunes. Sur certaines pages, des images illustraient les scènes décrites dans le texte.
Comme elle lisait, elle se laissa emporter par le cours de l’histoire et continua sa lecture au-delà du paragraphe où s’était arrêté Zenjuro. Elle ne s’en aperçut pas tout de suite, d’ailleurs. Cela lui semblait si naturel qu’elle poursuivait la lecture tranquillement. L’histoire avait beau être un peu niaise, un peu évidente, elle prenait un certain plaisir à lire à voix haute, parfois en y mettant l’intonation pour rendre le discours plus vivant. Comme si elle lisait une histoire à son fils, avant de dormir.

Sauf que si elle découvrait, ce jour-là, les plaisirs d’une telle pratique, c’était qu’elle ne l’avait jamais fait. Elle n’avait jamais partagé de moment, comme celui-ci, avec son enfant. Ce fut à peu près à ce moment-là qu’elle se rendit compte qu’elle en avait trop lu. Elle s’interrompit brutalement. Et lorsqu’elle croisa le regard de l’homme devant elle, elle songea soudainement qu’elle avait été la pire mère qu’on puisse imaginer. Elle baissa les yeux, pour dissimuler sa détresse. « Ah, je suis désolée… Tu n’avais pas encore lu cette partie. » Elle était certainement le pire professeur, également.

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Zenjuro
La demoiselle accéda sans mal à la requête du Jonin et se mit à lire tout en prenant soin de montrer du doigt à Zenjuro l’endroit en temps réel où se portait sa lecture cristalline et très rythmée. Même si la lecture ne lui était jamais passé par l’esprit en trente-cinq ans d’existence, cette manière de lire, cette implication et cette tonalité si calme et posée à l’opposé de la tentative du sauvageon qui lui avait énormément bloqué à plusieurs endroits de l’ouvrage, tout cela fascinait le borgne qui de son seul œil encore valide après une vie rudement menée ne cessait d’observer son enseignante littéraire qui elle-même de par l’intonation qu’elle mettait dans cette lecture semblait y prendre goût, au-delà de la simple réponse à la demande que lui avait faite l’Uzujin.

Tandis qu’il était transporté dans un monde réservé aux lecteurs aguerris qui pouvaient s’immerger dans leur lecture par le biais de la Dame, Zenjuro lui repartit dans les tréfonds de son passé. Sa vie au loin sur l’île Taisei, la vie qu’il eut mené aux côtés de sa femme qui avait essayé de faire de lui un homme instruit et essayait entre deux de ses voyages meurtriers pour ramener de l’or et des richesses pour la soigner de lui apprendre l’art subtil de la lecture. Le décor se posait dans l’esprit de l’ancien Pirate, sa tête posée sur les genoux de sa compagne qui lui contait nombre de récits qu’à l’époque il ne comprenait que partiellement, n’ayant pas même encore eu, à cette époque là la connaissance suffisante pour écouter de manière efficace et parler de manière optimale. Une bête égarée loin de son premier terrain de survie qui l’avait élevé à la rude loi du plus fort qui était en sécurité loin de tout les meurtres, de tout ce sang, même un instant, l’espace d’un soir avec Mysa, l’espace d’un temps qu’ils ne partageaient qu’à deux tandis qu’à cette époque, elle essayait de le retenir de partir piller en mer car le revoir couvert de sang avec un sachet de pièces tout autant couvert de tripes humaines la faisait pleurer et ce même si c’était pour elle qu’il se rendait aussi coupable de meurtres.

Tandis que Junko continuait sur une lancée implacable, le Vagabond se mit à pleurer silencieusement, assez pour ne pas interrompre la lecture de son enseignante lorsque celle-ci détailla un passage sur la naissance d’un enfant qui se découvrait une force anormale et qui sauvait ses parents adoptifs, puis se faisait des amis. Dans l’esprit de Zenjuro qui a cet instant voyagea de nouveau dans son inconscient jusqu’à retomber devant la scène où il n’avait pu que fuir tandis que sa tribu se faisait dévorer par des insectes à taille humaine, des plantes carnivores et toutes sortes de monstruosités, est-ce qu’il aurait pu à l’instar de cet enfant se découvrir une force suffisante pour sauver tout ces gens ? Est-ce qu’il aurait pu sauver celui qui lui avait appris à tenir un couteau pour se défendre et avait fini en steak haché pour bestiole ? L’œil de Zenjuro se ferma un instant tandis que tout ses échecs lui revinrent au visage, le regard vide et le corps glacial de sa femme enceinte, meurtri et découpé en lambeaux, aurait-il du abandonner une activité de Piraterie et mettre sa vie en jeu, quitte à se faire enchaîner par les dirigeants de Taisei pour pouvoir les sauver en restant dans la légalité ?... Est-ce que leur enfant aurait pu jouir d’une liberté et d’un contexte de vie sain, assez pour pouvoir sourire ? Ce sourire que le Vagabond et sa femme s’imaginait lorsqu’ils parlaient de s’occuper de leur futur enfant, un enfant qui aujourd’hui, ainsi que sa femme n’étaient plus sauf dans ce cœur de bête hermétiquement clos.

Il n’en pouvait plus, et ce même si la manière de conter de la Jonin était si similaire à ce que lui proposait son épouse que tout ces sentiments enfouis resurgissaient en lui et le faisait trembloter, toujours de manière imperceptible pour Junko qui était visiblement très prise par la lecture elle aussi. Essuyant les larmes qui perlaient de son visage, son regard croisa le sien tandis qu’elle s’excusait d’avoir dépassé le bout de paragraphe qu’avait lu plus tôt Zenjuro et qui la rendait confuse tandis qu’elle baissait la tête. Par réflèxe, et pour attirer son attention, la main du borgne vint rejoindre la sienne tandis que l’Homme esquissait un sourire.« C’tait super, j’regrett’pas d’t’avoir filé c’bouquin. J’pensais pas qu’on pouvait voyager comm’ça juste en écoutant t’vois. »

L’émotion sans doute, les souvenirs sûrement, une dernière larme perla le long de la joue de l’Epeiste qui détourna le regard et s’éclaircissait aussitôt la voix pour reprendre ses esprits, frottant sa joue avec la manche droite de son Kimono bicolore puis reprit le livre. Son regard se posa sur tout ces mots qui l’avait fait voyager aussi facilement dans son inconscient, plus encore que tantôt, il était fasciné par ce que l’on appelait lecture et releva la tête pleine d’entrain, mélangé tout de même à un léger malaise dû à ses pensées profondes. Le Vagabond voulait reprendre la lecture, déterminé à donner le meilleur de lui-même pour être aussi capable qu’elle lorsque les haut-parleurs de la Bibliothèque retentirent, la voix calme de la gérante du Sanctuaire de la lecture se faisait entendre à travers les différentes salles de cet endroit, la Bibliothèque fermait ses portes dans une dizaine de minutes et par-delà les vitres du bâtiment, le soleil lui-même commençait à se coucher. La bête reprit son tonneau de Rhum sur son dos et remit son Nodachi à sa ceinture, du côté gauche tandis qu’il reprenait appui sur ses deux jambes. « C’a m’a donné soif et faim tou’ça, j’veux t’remercier pour c’que t’as fait pour moi.  Ça t’dit de rester dîner avec moi c’soir ? »
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Les paroles de Zenjuro, qui se voulaient certainement encourageantes, lui firent l’effet d’un coup de poignard. Ce n’était pas juste ; il n’avait pas à la remercier comme ça. Il n’avait pas à lui faire croire qu’elle faisait les choses bien, alors qu’à sa place aurait dû se tenir son fils. Elle n’avait pas le droit de lui offrir ce dont elle avait privé son enfant. D’instinct, elle retira sa main, sans même faire preuve de délicatesse. De toute façon, elle n’aimait pas ça, le contact avec des inconnus, cela la mettait rapidement mal à l’aise. Peut-être le prendrait-il mal, mais peu lui importait à vrai dire. Elle n’avait pas à justifier de ses actions au premier venu. Elle répondit, distraitement – presque froidement –, détournant de nouveau le regard. « Eh bien, ce n’est rien… » Mais elle avait soudainement l’impression d’étouffer. Elle voulait partir, fuir loin. Parfois, elle ne réfléchissait pas quand elle s’engageait, et cela ne faisait qu’empirer sa situation.
Il semblait un peu troublé, également. En le voyant, du coin de l’œil, essuyer une larme, lui ce grand gaillard un peu brut, la confiance de la dame s’effrita. Elle se surprit à espérer que cela n’était pas de sa faute. Enfin, elle avait agi sous le coup de l’émotion mais, au fond, elle ne voulait pas le blesser. C’était à elle qu’elle en voulait, pas à lui. Cela se passait souvent ainsi. Elle se repliait sur elle-même et devenait imbuvable pour les autres, alors qu’ils n’avaient rien fait. Alors, même si elle aurait voulu s’excuser, elle ne le fit pas. Mieux valait partir, tout simplement.

Aussi fut-elle étrangement soulagée d’entendre la voix de la bibliothécaire annoncer la fermeture des lieux. Ils se levèrent, et elle était prête à lui faire ses adieux. Mais il la prit de court et lui fit une proposition qui la laissa pantoise. Elle le regarda, fronçant légèrement les sourcils, sans trop comprendre. Cela n’était certainement pas comme ça que les choses auraient dû se passer. Alors, il ne lui en voulait pas ? Elle répondit, dans sa précipitation : « Ah. Je ne sais pas, j’ai… » Des choses à faire ? Elle suspendit sa phrase, hésitante – que pourrait-elle bien trouver à dire ? Elle finit par balbutier quelque chose d’inintelligible qui, de toute façon, aurait sonné comme une mauvaise excuse.
Elle n’avait, indéniablement, rien à faire, ni ici, ni chez elle. Elle comptait simplement manger seule – voire ne pas manger du tout, compte tenu de son état d’esprit actuel. Puis, le vide de son appartement la rendrait de nouveau folle et, la nuit arrivant – et ses peurs avec –, elle n’aurait d’autre choix que de se trouver une petite illusion bien confortable pour espérer se reposer un peu. Elle disait toujours qu’elle préférait être seule, mais à l’évidence elle ne faisait que fuir dans son monde imaginaire – et cela lui ruinait la santé, un peu plus chaque fois.
Elle ne voulait pas être seule ; elle était fatiguée d’être seule.
Et puis, il paraissait sincère, non ? Elle doutait toujours de tout le monde, mais lui semblait différent. Peut-être que cette histoire d’éducation y était pour quelque chose. Il paraissait exprimer ses pensées directement, sans fioritures. Et, face à cet argument de poids, la confiance l’emporta face à la méfiance, dans sa lutte intérieure. Une victoire historique, à n’en pas douter. Alors, elle répondit timidement : « Je n’ai rien fait pour mériter ça, mais… Oui, pourquoi pas. » Et, dans son for intérieur, elle se rassurait en essayant de se convaincre qu’ils pourraient continuer à parler de lecture, comme ça – mais elle se promettait de ne plus faire la lecture à voix haute.

Comme elle le suivait vers la sortie, elle songea soudainement qu’ils avaient laissé le bouquin derrière eux. Elle repartit alors dans l’autre sens, pour le récupérer. De toute évidence, les bibliothécaires n’auraient jamais laissé Zenjuro l’emprunter. Mais elle avait vu son regard, lorsqu’il essayait de lire. Junko faisait partie de la caste des lecteurs avertis, et elle aimait penser qu’ils constituaient effectivement une élite… Mais bon dieu, c’était tout de même dommage de passer à côté de ça !
Elle rejoignit le géant à l’extérieur et, s’éclaircissant la voix, elle lui tendit le livre. « Tiens, c’est pour toi. Prends-en soin. » Comme pour se justifier, elle ajouta, haussant les épaules : « On n’apprend pas à lire en un jour. Tu en auras surement besoin… » Puis elle le suivit, peu importait où. Elle avait ce sentiment étrange d’avoir fait quelque chose de bien, pour une fois. Un sentiment qui n’était pas si déplaisant, à vrai dire.

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Quelle ne fut pas la réaction de la bête en voyant la belle suivre ses pas et l’interpeller pour lui confier l’ouvrage pour lequel il avait investi tant d’effort, un livre qui lu par son enseignante en matière de littérature lui avait arraché quelques larmes et lui avait fait repenser à tout ce que la vie n’avait pu lui donner d’aussi beau que cette histoire. Puis son œil surpris, brillant de l’éclat que projetait les innombrables lumières d’un Village aussi animé qu’Uzushio en ces périodes-ci et en soirée, se posait sur Junko qui lui tendait l’ouvrage en lui montrant des intentions qui allaient à l’opposé de ce qu’elle lui avait montré plus tôt. Le sentiment qu’il ressentait alors, pris entre la surprise et l’interrogation ne tarda pas, pas plus d’une seconde de fait car la seconde d’après, c’est un visage attendri et une main qui saisissait l’ouvrage d’une bien douce manière accompagné d’un sourire qui accueillit la Dame au Kimono bien entretenu. « J’ferai tou’pour l’lire correct’ment et pis d'autr' après, merci Junko ». Un bref instant durant lequel leurs regards se croisaient avant que le Vagabond ne tourne légèrement talon en ouvrant la marche d’un pas bien tranquille, leur route était jonchée de stands dont raffolait les touristes qui étaient parfois de passage au Village, les lampadaires aux couleurs multiples illuminaient le chemin qu’ils empruntaient en cet instant précis, les bonnes odeurs que dégageaient les restaurants ambulants et traditionnels ne semblaient pas détourner le borgne de son chemin, un chemin qui montrait la vie qu’il avait toujours menée au sein du Village, une vie qui depuis sa naissance le faisait s’éloigner d’une masse trop importante de personnes, chose qu’il n’aimait pas spécialement, à contrario de la quiétude et de la tranquillité que pouvait lui apporter les endroits qui de par leur distance par rapport au Village, n’étaient éclairés que par les étoiles et la Lune, pleine de ce soir-là.

« T’sais, l’bouquin qu’on a lu, c’ma fait repenser à c’que j’ai été avant d’venir ici. Ma femme, mon enfant, tou’c’que j’ai véçu et c’que j’ai vu, tou’c’que j’perdu, c’te lecture… c’m’a touché l’cœur comme quan’elle lisait pour m’faire apprendre comment qu’on f’sait ». Ces confidences, le Vagabond n’y avait même pas pensé, malgré son intégration au sein d’Uzushio, il n’était Shinobi que de titre et n’avait d’humain que ce que sa femme avait pu lui transmettre avant de disparaître à tout jamais, le reste il l’avait acquis au fur et à mesure de tout les voyages d’errance qu’il menait jusqu’à atteindre les îles des Tourbillons. Bercés par la caresse du vent qui se faisait frais mais supportable voir même agréable, leur marche les faisait longer les végétations qu’entouraient Uzushio, un chemin simple, sans aucun bruit, la nature était endormie et seuls les deux êtres faisaient route doucement mais sûrement vers le vaste étendu d’eau qui entourait l’île infime en comparaison de l’horizon aqueux, l’Océan leur tendait les bras à mesure qu’ils approchaient du rivage. Le bruit si doux, si apaisant, si calme des flots endormis à l’instar des environs sans aucune autre interaction humaine que celle des deux visiteurs qui longèrent progressivement la plage jusqu’à arriver sur une parcelle verdoyante qui faisait face au Monde qui les observait, face aux vagues timides qui ne faisaient qu’assez de bruit pour apporter de délicates notes au décor et toute une dimension au lieu qui les abritait. Tout ce naturel, toute cette verdure, toute cette simplicité qui abritait tant de profondeur malgré tout faisait écho à l’Epéiste qui s’était fait élever par ce domaine neutre et sauvage depuis sa naissance. «J’vais nous préparer un feu, y fait un peu froid c’soir avec l’vent marin ». Il ne fallut pas plus de cinq minutes pour que le Vagabond ne prépare un feu de camp conséquent et deux « coussins » de feuillages qu’il s’attela à faire avec son expertise de la nature sauvage pour apporter un peu de confort qui ne leur ferait aucun mal puis invita Junko à s’installer tandis qu’il fabriquait en dix minutes de plus une canne à pêche avec les éléments qu’il trouvait par-ci par-là sur son chemin.

L’endroit sur lequel ils étaient posés faisait directement face à l’étendue d’eau qui les séparait de l’horizon voilé dans le sombre manteau de la nuit dont les quelques reflets lumineux des étoiles et du balai de lumière proposé par la Lune et ses suivantes donnaient toute une dimension à l’eau pourtant endormie qui les accompagnait par de doux sons, les flots s’écrasant doucement contre la paroi rocheuse qui les abritait en son sommet. Rien n’avait de secret pour ce sauvage qui avait apprivoisé comme il l’avait fait toute sa vie dans le Monde lors de ses voyages et lors de son enfance les denses forêts et la Mer entourant cet archipel.

Ne perturbant aucunement la tranquillité de la nature, voir même en se fondant parmi les éléments qui la composait, Zenjuro parvint rapidement à trouver son bonheur en pêchant successivement quelques poissons de bonne taille qui n’arrivaient, et n’arriveraient sûrement plus à trouver un sommeil, sauf l’éternel repos, la mort qui permettrait ce soir d’offrir de quoi restaurer deux personnes dans le besoin de se nourrir, mais sans excès et de manière respectueuse envers la nature. « J’t’ai fait attendre, j’suis désolé, j’prépare ça tou’d’suite ! » Souriant niaisement, le borgne prit cœur à l’ouvrage en préparant les poissons d’une manière telle qu’aucune arête ni rien de non comestible ne pourrait gêner la dégustation qui allait avoir lieu. La cueillette faisait partie des passe-temps favoris de l’Uzujin qui disposa quelques herbes aromatiques qui sous l’effet de la cuisson dégageaient une odeur qui pouvait ouvrir l’appétit à n’importe quel gourmet.  S’asseyant aux côtés de la Dame, assez proche pour que l’on puisse dire en les observant qu’ils étaient proches, mais pas assez pour lui laisser de quoi respirer tout de même, le regard du sauvage s’attendrit lorsqu’il porta son attention au loin, tandis que le crépitement des flammes, le son des vagues venaient donner leur contribution à ce calme ambiant, de quoi évacuer les pensées qu’il avait ressenti plus tôt dans la Bibliothèque. « J’aime c’t’endroit, y a jamais person’ la nuit. J’viens quand j’besoin d’me r’poser. T'me semblais pas bien à la Bibliokette, j'pensais qu'ça t'ferait du bien d'voir c't'endroit !»  
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Elle l’avait suivi en silence, sans même faire une remarque lorsqu’il lui confiait les raisons de son émoi, un peu plus tôt. Cela aurait dû lui alléger le cœur, elle qui pensait que c’était de sa faute, mais cela eut l’effet inverse en réalité. La vie n’avait visiblement pas été tendre avec lui – certainement même beaucoup plus dure qu’avec elle. Elle s’en était doutée, en voyant les marques sur son visage. Pourtant, en l’attendant évoquer une femme et un enfant, elle se rendit compte qu’elle aurait préféré ne pas savoir. Du moins, pas là, pas comme ça. Il la prenait de court, finalement, et elle ne trouvait pas les mots justes. Puis, le temps qu’elle se décide, il était trop tard. Alors elle avait préféré rester dans son sillage, silencieuse et pensive.
Ils avaient rapidement quitté le village et ses rues animées, pour rejoindre un sentier plus sauvage, débouchant sur une plage tranquille. L’endroit était beau, à n’en pas douter. Il y avait un quelque chose dans la houle qui apaisait le cœur de la dame. Quelques instants auparavant, alors qu’ils progressaient dans la végétation, elle s’était inquiétée. Elle avait fait un pari en le suivant, celui de la pureté de ses intentions, mais elle n’avait pas pu s’empêcher de se poser quelques questions en voyant que ses pas les menaient dans un endroit complètement isolé, en pleine nature. A présent, elle se trouvait un peu stupide, devant l’étendue aqueuse. Elle ne prenait jamais le temps de sortir, quitter la ville, se promener dans ces endroits abandonnés où la nature était reine. Elle considérait, globalement, cela comme une perte de temps. Mais compte tenu de la facilité avec laquelle le paysage semblait la toucher – au moins, provoquer une certaine nostalgie – peut-être devrait-elle reconsidérer ses aprioris.

Elle eut un rire contenu en songeant que, si cela se trouvait, ce gars-là habitait ici, en pleine nature. Cela paraissait improbable, sur le coup, surtout pour un Uzujin. Mais, en le regardant s’activer pour rendre leur séjour plus confortable, elle eut l’impression que, finalement, ce n’était peut-être pas si absurde. Après tout, ça allait plutôt bien avec le personnage. Elle trouvait cela un peu fou – pour être vraiment honnête, complètement dingue, même – mais pourquoi pas. Au moins, il ne devait pas avoir les mêmes difficultés qu’elle à se retrouver seul.
Tandis qu’elle l’observait, sans même s’en cacher, elle se fit la réflexion que, depuis le début, depuis les premiers instants de leur rencontre, il n’avait eu de cesse de la prendre au dépourvu. Finalement, en dépit des quelques informations qu’il avait accepté de divulguer, il restait un mystère complet. Et, dans son monde à elle, bien ordonné, il ne trouvait pas sa place. Pourtant, elle avait du mal à croire que ce soit sa vision à elle qui soit fausse – elle était le fruit de son éducation, une éducation qui ne laissait pas beaucoup de place à la fantaisie, et elle ne parvenait pas vraiment à sortir des sentiers battus.

Puis, comme il la quittait pour chercher de quoi les nourrir, elle sentit soudainement le froid l’envelopper. Par instinct, elle se rapprocha du feu et s’assit, remontant ses genoux contre sa poitrine. Tout autour, la nuit avait pris possession des lieux – et, le feu faisant contraste, elle ne discernait plus clairement les environs ; soudainement moins sereine, son regard s’accrochait aux flammes comme à son dernier espoir. Elle aurait pu tenter de se rassurer, en usant de ses capacités de senseur, mais c’était une peur, et comme toute les peurs, elle était irraisonnée. A force de fixer le feu, elle crut y voir des formes, des visages. Était-elle en train de rêver, était-ce une illusion ? Elle savait que, parfois, elle en abusait trop et n’était plus capable de discerner le vrai du faux. Curieuse, elle tendit la main vers les flammes.
Il la surprit, en revenant avec leur repas, et elle sursauta, se brûlant légèrement le bout des doigts. Elle replia vivement sa main, tout en lui offrant un sourire qui voulait ne rien laisser paraître. « Oh non, t’en fais pas, c’était rapide. » le rassura-t-elle doucement. Lui avouer qu’elle aurait aimé qu’il ne la laisse pas toute seule comme ça, aurait été un peu étrange, à vrai dire. Qui plus est, elle n’était pas prête à avouer à quiconque qu’elle était terrorisée par la nuit. Ce n’était pas digne d’elle, de son caractère, après tout.
Et puis, maintenant qu’il était de retour et qu’elle le regardait s’agiter, elle en oubliait un peu le noir environnant. Devant la remarque ingénue de son acolyte, elle eut un rire. Il n’y avait personne la nuit… Quelle idée de venir là, aussi ! Elle lui avoua, sur le ton de la plaisanterie : « T’avais l’air de vraiment bien connaitre le coin, je croyais que t’habitais là, tu sais. » Mais ce n’était apparemment pas le cas – preuve qu’elle n’y comprenait vraiment rien, à ce géant.

Alors, elle leva la tête, et observa les étoiles qui scintillaient paisiblement. Puisqu’il avait remarqué, elle supposait qu’elle lui devait une explication. « Tout à l’heure… Je pensais à mon fils. » Puis, levant une main vers le ciel, elle pointa du doigt une constellation en particulier. « Il doit être… » Elle descendit sa main au niveau de l’horizon, juste en-dessous de l’amas d’étoiles. « Quelque part par-là, je suppose. » Nord-Est. Elle eut un rire, qui se voulait dissimuler sa gêne. « Pas bien grand, mais surement déjà bon lecteur. Il tient au moins ça de sa mère, j’espère. » Pourtant, en dépit de sa formulation équivoque, il ne faisait aucun doute qu’elle n’avait absolument aucune idée de la véracité de ses propos. Si ça se trouvait, il haïssait lire – justement, parce qu’elle aimait ça. Si ça se trouvait, il n’était même plus à Hommachi.

Comme les poissons semblaient prêts, Junko fouilla à côté d’elle et sortit une poignée de petits bâtons qu’elle avait regroupés un peu plus tôt, alors qu’il était parti en vadrouille. Des baguettes improvisées – elle lui lança un regard coupable, en haussant les épaules. Elle ne mangerait certainement pas sans, qu’ils soient perdus en pleine nature n’y changeait rien. C’était une dame, pas une sauvage. Et à cette pensée, elle sourit, un peu malgré elle.
« C’est très bon, Zenjuro. » dit-elle, après un moment. A vrai dire, c’était même meilleur que tout ce qu’elle pouvait manger d’habitude. Voilà qu’il la surprenait encore. Elle fronça légèrement les sourcils, pointant sur lui ses baguettes. « Je peux te poser une question, disons, personnelle ? » Puis, sans attendre sa réponse, elle ajouta : « Qu’est-ce que tu faisais, avant ? » Avant de venir ici, comme il avait dit un peu plus tôt. Elle avait besoin de comprendre, d’en avoir le cœur net, une bonne fois pour toutes. « En fait, je me demandais surtout pourquoi n’ayant pas appris à lire avant, tout d’un coup, tu te retrouves dans une... Biblioquette. »

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La cuisson des poissons était réussie et indirectement, cela montrait toutes les années de répétition méthodique qu’appliquait instinctivement la bête lorsqu’il devait se préparer ses repas. Le poisson qui est l’un des moyens les plus rentables en terme de nutrition et d’occupant en terme de passe-temps n’avait plus de secret pour lui, entre ça et la cueillette que ce soit de plantes aromatiques où même de plantes médicinales qu’il savait distinguer pour en concocter des onguents tout ce qu’il y a de plus simples mais également de plus efficaces en terrain neutre où l’on ne pouvait compter que sur soi et l’expérience à acquérir en tâtonnant, seul, pendant des dizaines d’années entourés de mille et une menace hostile. « Oh t’sais j’y vis dans la nature. J’trouvé d’quoi vivr’ la d’dans. C’fait qu’peu d’temp qu’on m’a filé une maison, mais… j’suis com'chez moi ici. » avoua-t-il avec un sourire empli de mélancolie. Servant sa part à la Dame, le borgne écoutait ce que lui évoquait les nombreuses étoiles et le décor qui les entourait avec bienveillance et douceur. Le regard porté vers l’horizon, il apprit qu’elle était mère d’un enfant et en réfléchissant un moment en tournant et en retournant encore les mots dans sa petite tête, qu’elle n’avait pas de nouvelles de son fils mais le Vagabond se tut. Elle lui arracha un regard, lui qui n’avait plus rien aujourd’hui se demandait avec simplicité le pourquoi du comment une mère n’était pas liée à son enfant comme sa défunte femme avec l’enfant qu’elle attendait et dont elle disait tant de bien. Le monde était un concept vaste, réunissant tant d’histoires différentes tenant pourtant en un grand livre unique qu’il était difficile de toutes les lier et c’est ce qui différenciait les êtres vivants, de par leur vécu, leur croissance, leurs valeurs, acquises à travers leurs aventures.

Une période de blanc s’installa entre les deux personnages, Zenjuro dégustant tranquillement son repas, et d’une manière surprenante pouvait-t-on le voir régulièrement zieuter sans tourner la tête d’une manière très discrète les réactions de Junko quant à son poisson. C’était quelque chose qui ne lui ressemblait pas d’ordinaire, s’inquiéter de l’opinion des autres était une chose qu’il avait laissé tomber depuis plus de dix ans aujourd’hui, depuis l’épisode fatidique qui avait changé le géant pour en faire progressivement l’être qui se tenait aux côtés de son enseignante de lecture ce soir-là. Toute cette situation complexe et cet instant où chacun se tut se rompit lorsque l’invitée du borgne loua les qualités de sa préparation, ce qui lui arracha plus qu’un sourire, un rire joyeux qui le fit tourner la tête jusqu’à la regarder dans les yeux, d’un air empli de sincérité, il trouvait chez cette femme un quelque chose qui dans un sens lui faisait maintenir de manière prolongé son regard, plongé dans le sien. « Ahaha ! Hésit’pas s’t’en veux encore, Junko ! ».

Son regard se détournait pour se perdre à nouveau dans l’immensité naturelle et apaisante qui donnait le rythme à leur soirée. Une simplicité dans laquelle les Uzujins autour d’un feu malgré leurs différences étaient aptes à échanger d’une manière aussi libre et aussi aisément, l’histoire d’un soir ils n’étaient plus qu’Homme et Femme partageant un peu de quiétude dans leur quotidien qui pouvait être mouvementé, ce qui ne pouvait que leur faire apprécier le présent qu’ils partageaient alors. Alors qu’il était distrait par le large, l’interrogation se la Dame le ramena à la réalité, un peu à la manière d’un ascenseur dont on coupait les câblages pour le faire tomber en chute libre. Son regard se fit aussitôt plus tranchant tandis que son œil se posa sur Junko un instant, un instant de froideur qui se transforma en un soupir tandis qu’il lui adressa un sourire en se tournant de nouveau vers l’horizon voilé d’obscurité. « Avant… c’une long’histoire, j’vais tou’t’dire ». Prenant une bouffée d’air frais, il redressa légèrement le dos en jouant avec la garde de son Nodachi dont il dessinait inconsciemment les contours avec l’index de la main gauche.

« J’viens d’loin. J’suis né dan’un marécage qu’j’appelle « Nume ». J’grandi au milieu d’monstres, d’insect’ qu’tu peux voir ici mais av’c l’taille d’un Homme, d’plantes qu’pouvait bouffer un homme. Y avait pas d’livres la d’dans, et tout’ma « famille » a été bouffé par c’bêtes là… T’disais dans l’bouquin qu’l’gamin avait d’couvert un’force et qu’y avai’pu sauver d’gens, j’fui pour vivr’, tout’ma vie pour survivr’ à tout’cett’ merde. J’savais pas c’que c’était l’humanité, j’savais qu’m’battre, tuer, vivr’ et pour ça, j’devais tuer, avan’det tué par les autr’. Levant les yeux vers les cieux, le sauvage pouvait y revoir chaque soir où la seule lumière qui lui permettait d’y voir était celle qui actuellement brillait au-dessus d’eux, la seule lueur à laquelle il avait pu se raccrocher toute sa vie, seul. J’rencontré une femme qu’m’a appris c’que j’sais, et c’que c’tait qu’l’amour, la vie. Ell’était fragile et malade, elle est morte avec not’enfant pendant qu’j’étais en mer pour gagner not’argent… d’puis, je… J’suis v’nu dans la biblioquett’ parc’que j’trouvé un goss’ qui avait un bouquin d’botatruc, mais j’te jur’ il était doué alor qu’y avait mêm pas l’âge d’boire ! »

Zenjuro n’avait pas trouvé pas quoi dire de sa vie après ce passage et avait meublé en souriant et en racontant une part de vérité pour sa venue dans le sanctuaire de la lecture, il était tout simplement bloqué et n’avait fait que dériver jusqu’à atterrir ici, à Uzushio en devenant un Shinobi au service de son Village en échange de quoi subsister et vivre de manière stable. Un sourire triste naquit dans l’obscurité, et le son des vagues étouffaient le bruit des larmes qui perlaient, et s’écrasaient en disparaissant dans le coussin de feuillages qui les soutenaient, le regard porté toujours vers le loin, il se retourna vers Junko. « T’m’as parlé d’ton enfant, j’espèr’ qu’tu pourras l’voir. Vouloir partager d'moment avec lui, l'tenir dan'tes bras, j'compren'qu'trop bien, j'rêvais d'c'moment y a lon'temps... ». Posant sa main sur celle de la Dame en repensant au souhait inaccompli de Zenjuro et sa compagne qui n’était plus, le Vagabond ôtait le Nodachi de sa ceinture et le posa pour se sentir plus à l’aise et attrapa un petit sachet qui y était attaché en le glissant entre eux. « J’cueilli des baies qu’j’aime bien s’tu veux goûter ! »
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Myōshin Junko
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[…] Je ne vois dans tout animal qu'une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu'à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J'aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine, avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l'homme concourt aux siennes, en qualité d'agent libre. L'un choisit ou rejette par instinct, et l'autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la bête ne peut s'écarter de la règle qui lui est prescrite, même quand il lui serait avantageux de le faire, et que l'homme s'en écarte souvent à son préjudice. […]


« Je suis désolée. » Et elle l’était, plus que tout – certainement pas pour les raisons auxquelles il pensait, cependant. Elle était désolée parce qu’elle ne pouvait pas comprendre. Certes elle n’avait pas vécu que qu’il avait traversé, elle n’avait pas connu l’horreur qu’il décrivait – et si tout ce qu’il racontait était vrai (mais elle lui faisait suffisamment confiance sur ce point), il l’impressionnait d’autant plus, autant au sens du respect que celui de la peur – mais elle ne pouvait pas concevoir qu’un Homme puisse être réduit à l’état d’Animal de la sorte. De son point de vue, on ne pouvait pas séparer un être humain de sa raison, ni de sa morale ; de sa volonté, tout simplement. Pourtant, elle voyait bien le besoin d’agir comme une bête, dans son récit. Mais elle n’y avait pas vu de remords, de peine, de sentiments humains – du moins dans la première partie, la perte de sa femme et de son gamin, c’était autre chose. Comme il le disait, avec ses mots, c’était comme s’il ne connaissait pas l’humanité. Et, elle devait l’admettre, le regard qu’il lui avait lancé l’effrayait un peu, car il rendait cette hypothèse d’autant plus crédible.
De son point de vue, finalement, l’homme était le seul responsable de son inhumanité. Alors, si elle se disait quelque chose comme « Il n’avait pas le choix, c’est sûr », elle songeait, tout de suite après : « mais il devait bien avoir conscience que… ». Et elle revenait à sa vision des choses, étriquée, cloisonnée – gouvernée par l’éducation, l’héritage culturel et la connaissance.

Là où elle croyait voir un espoir, cependant, c’était dans l’évocation de sa femme et dans la volonté qu’il exprimait à présent. Comme si, finalement, tout ce qui lui avait manqué, cela avait été quelqu’un pour lui montrer le chemin. Et Junko s’accrochait d’autant plus à cette idée qu’elle coïncidait parfaitement avec sa foi ; sa croyance était altruiste et chacun, lorsqu’il atteignait l’Éveil, se devait d’accompagner les autres sur la Voie. Son point de départ à lui était simplement différent des autres. Pas nécessairement plus éloigné de la vérité que celui des érudits, cependant – car, après tout, la Voie menait simplement à la compréhension de sa véritable nature, non pas la nature de l’Homme mais celle de tout être vivant, comme un tout. Là où l’érudit avait un temps d’avance, c’était sur la pratique et la compréhension de la philosophie qui menait à l’Éveil.
Elle plongea son regard dans le feu. Malheureusement pour lui, son besoin de comprendre ne s’arrêtait pas là. Après un temps à digérer ce qu'il lui avait révélé, elle demanda : « Qu’est-ce qui te pousse à être shinobi ? Je veux dire… La plupart des gens s’imaginent que vivre ce genre d’événements – ça, ou la guerre – suffit à nous détourner de cette voie. » Bien sûr, elle faisait référence à son propre passé également – mais dans une proportion moindre, car leurs vies n’étaient clairement pas comparables. « Tu aurais pu tout laisser tomber, te trouver un coin tranquille et faire ta vie… Sans avoir à te battre, encore et toujours. » Elle aurait pu, aussi, prendre son gamin et fuir, loin de tout. A vrai dire, elle y avait déjà réfléchi et avait déjà formulé sa propre réponse, mais elle était curieuse de connaitre l’avis de quelqu’un qui avait vécu tout ça d’une façon encore plus extrême.

Comme elle se rendait bien compte qu’elle avait ravivé des souvenirs difficiles, elle se sentit un peu coupable de lui infliger ça. Elle aurait aimé faire un geste, sans vraiment savoir quoi. Et puis il abordait la question de son propre enfant, et elle sourit, tristement. « Oh tu sais, je ne pense pas que je le reverrai un jour. » Elle avait dit ça d’un coup, sans une hésitation, un peu brutalement même. C’était simplement qu’elle avait largement eu le temps d’y réfléchir, toutes ces années et que, même si elle ne l’avait jamais avoué, elle le pensait vraiment. C’était surement mieux ainsi. « Il est plus heureux sans moi. » Et bien que cela blesse terriblement son amour-propre, elle avait eu le temps de s’y faire. Ne l’aurait-il pas cherchée, s’il avait vraiment eu besoin d’elle, de son amour ? Qu’il refuse de lui donner signe de vie, c’était peut-être pire que de le savoir mort. Elle voulait faire son deuil, mais elle ne pouvait pas ; c’était sa punition. Mais ce n’était pas une punition injuste, au contraire, elle aurait mérité bien pire, croyait-elle.

Elle lui sourit et, dans un élan de sympathie, elle lui serra la main et lui dit : « Mais il n’est jamais trop tard, Zenjuro. J’espère que tu trouveras ton bonheur, quelque part. Tu le mérites, j’en suis sûre. » C’était sa maigre contribution, pour qu’il trouve la Voie. Elle eut un rire et ajouta : « Mange-les, si ce sont tes préférées, je ne vais pas t’en priver. Ne t’en fais pas pour moi, va. » Il en avait déjà fait bien assez pour elle, ce soir. Et elle le regarda avec tendresse, comme elle songeait qu’il pouvait paraître si adulte un instant, et redevenir un gamin l’instant d’après.

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La soirée passait son cours, paisiblement, tandis que la Belle et la Bête s’échangeaient sur leurs personnes en toute tranquillité, à l’écart de tout, n’étant entendu par personne, seul le crépitement des flammes vives qui avaient servi à faire cuire leur repas et servait à présent à les préserver de l’air devenu un peu trop frais et fur et à mesure que la Lune éclairait le rivage où ils se trouvaient. Étonnamment, Zenjuro s’était confié sur sa vie à la Dame qu’il venait de rencontrer et celle-ci ne dit plus un mot pendant que le borgne lui contait son récit, peu glorieux à vrai dire et qu’il n’avait jamais dévoilé à personne. La logique voudrait qu’il ne l’ait jamais fait pas peur de se faire exclure, par peur de se faire enfermer tant son passé ne lui donnait aucune crédibilité en tant qu’être humain, mais pour le Vagabond, cette logique n’existait tout simplement pas, il n’était pas question de préserver quelque image que ce soit, simplement il n’avait jamais eu besoin de le faire. Les regrets, il en avait, la peur, il n’en avait plus, un peu comme pour un vaccin où injecter une petite dose du virus suffisait à immuniser, c’est en vivant constamment au rebord du vide, un vide dont personne ne revenait jamais et ce depuis sa naissance que la bête avait développé des épaules qui aujourd’hui le portait et lui permettait de se tenir aux côtés de Junko et de lui parler aussi franchement.
Finalement, ce sont les questions de sa compagne de ce soir qui le firent revenir à la raison, pointant chaque détail avec une précision telles que les baguettes qu’elle tenait plus tôt pour manger son poisson étaient comme deux aiguilles dont elle se servait pour piquer le Borgne et faire resurgir de lui son être dans l’état le plus vrai tandis que son regard, lui ne traduisait qu’une envie de comprendre ce qu’elle ne pouvait pas imaginer comme étant réel. Arquant le sourcil de son seul œil encore valide, il se mit à rire puis esquissa un bref sourire avant de hausser les épaules. « Pourquoi j’suis d’venu Shinobi ? … J’avais b’soin d’sous et j’sais rien faire d’autr’ qu’me battre t’sais ».

En répondant à cette question, le Jonin releva les yeux vers les cieux qu’il appréciait tant et qui tant de fois l’avait sauvé de la solitude la plus pure, en lui montrant à travers leur éclat, que tout n’était pas sombre et à jeter, quelque chose que même une bête comme lui pouvait prendre le temps d’apprécier durant les brèves pauses qu’il pouvait se permettre en essayant d’échapper aux milliers de prédateurs animaux et végétaux qui voulaient le dévorer après avoir goûté à de nombreuses parties humaines, celles de sa défunte tribu.

Il soupirait en repensant à tout ça, malgré les moments difficiles, malgré tout ce qu’il avait traversé pour ces quelques années de paix qu’il avait trouvé à Uzushio, il avait fini par suivre instinctivement les volontés de sa femme. Aller de l’avant et voir toujours plus loin que ce qui lui avait fait jadis tuer sans état d’âme, c’est ce qui lui avait montré le chemin, qui le menait ici après plus de dix années à errer sans but, il s’accrochait à la lueur des étoiles et à sa manière vivait comme il l’entendait en portant sur son dos tout le vécu qui avait forgé le borgne couvert de cicatrice qui faisait face à Junko ce soir-ci. Il était très maladroit avec les mots, et les quelques mots qu’il voulait émettre ne trouvèrent refuge qu’au fond de son esprit, refusant d’en sortir. Ce n’est que lorsque Junko se mit à parler de son enfant et de ce qu’elle en pensait que le Vagabond s’arrêta de penser. Son tonneau à côté de lui qu’il avait gardé depuis leur escapade à la Bibliothèque, c’est sa choppe bien remplie, et aussitôt vidée qu’il inspira un grand coup, comme prit d’une émotion qui lui avait fait retrouver la parole qu’il eut perdu il y a quelques instants, et tandis qu’il sentait la main de la Dame dans la sienne, il la serra inconsciemment à son tour, comme s’il pouvait ressentir toute la détresse de cette personne au travers de ses paroles sans même le comprendre. A peine avait-elle prononcé ces quelques mots de gentillesse pour la bête, que la bête elle-même déliait sa langue en regardant droit dans les yeux son enseignante. « Quand tu m’dis tout ça… j’sais pas, t’m’as l’air aussi perdu qu’moi, et quand t’parles d’ton enfant… j’sens qu’t’es pas honnête, j’peux l’dire, parc’qu’j’regrette beaucoup c’que j’ai raté »

Prononcer tout ces mots étaient déjà spectaculaires pour celui qui d’ordinaire ne prononce que des jurons, où alors des cris de barbare avant de se jeter à corps perdu dans les batailles qu’il menait à perte de temps, pourtant, il ressentait le besoin de lui confier ce qu’il ressentait alors, se rapprochant un peu plus d’elle, tandis que leurs mains étaient liées. « Toi aussi, t’as l’droit d’et heureuse Junko. J’sais pas c’qui s’passé entr’vous mais j’le sais parce que j’t’entend l’dire… T’aimes ton môme plu’qu’tout, et y t’trouvra jamais s’tu dis ça. J’t’aid’rai, s’t’tu veux parc’que moi j’t’aime bien, j't'aidr'ai à t'battre pour ça ! ». Glissant une baie entre les lèvres de l’Enseignante tout comme ses mots, maladroits et prononcés de manière tellement peu académique mais emplis de sincérité et de simplicité, il voulait qu’elle puisse elle aussi avancer tout comme lui le faisait, pas à pas.
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Myōshin Junko
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« Tu recommences encore une fois, et je te mords. » lui dit-elle, l’air tout à fait sérieux, son regard bien planté dans le sien. Cela sonnait comme une plaisanterie, mais son expression pouvait prêter à confusion. Et elle-même avait du mal à décider de si elle faisait un trait d’humour ou si elle était effectivement irritée ; le sourire amusé qu’elle lui lançait aussitôt ne faisait qu’entretenir cette ambiguïté.

La vérité ? Junko était terriblement gênée.
Si elle s’était confiée, d’elle-même, elle n’aimait pas tellement qu’ils continuent à aborder la question de sa relation avec son fils cependant. En fait, elle préférait largement lorsqu’ils se concentraient sur sa vie à lui ; c’était, bien sûr, terriblement injuste – elle voulait être la juge et non l’accusée. Et puis, cette façon qu’il avait de prendre sa défense, de lui redonner espoir – que ce soit sous l’effet de l’alcool n’avait pas d’importance, à ce stade –, ce n’était certainement pas bon pour elle. Il jouait avec sa volonté, or elle la pensait immuable et intouchable. Elle ne pouvait, et ne voulait, pas revenir sur sa décision. C’était trop dur ; cela signifiait souffrir, de nouveau. Il avait beau proposer son aide, elle ne l’accepterait jamais.
Qui plus est, c’était sans compter sur la proximité qu’il instaurait soudainement. Certes, elle en avait été à l’origine, encore une fois c’était complètement de sa faute, mais elle ne s’attendait pas à ce qu’il interprète ça comme une autorisation à passer la barrière de sa sphère privée.
Alors, son embarras l’avait conduite à réagir un peu étrangement, à proférer une menace sans vraiment le faire, comme si une part d’elle activait ses mécanismes de défense, tandis qu’une autre n’était pas encore convaincu de leur nécessité. Et comme Junko disait cela, elle rompait leur contact et se reculait, sans brusquerie cependant, pour ne pas trop le peiner.

Elle espérait ainsi que les choses s’arrangeraient. Mais, après un instant de silence, elle se rendait bien compte que son attitude n’était pas vraiment correcte ; elle ne pouvait pas lui demander tout et son contraire. Elle ne pouvait pas aborder un sujet et l’éviter la seconde d’après – même chose pour les quelques marques d’affection dont elle avait fait preuve. Elle ajouta alors, tout doucement, « Je devrais rentrer. », comme si la voix de la raison s’était imposée à elle. Et, se levant, elle le considéra un instant. « Merci pour tout, c’était… Très agréable. Je comprends pourquoi tu aimes cet endroit. »

La dame se tournait donc vers l’obscurité, immense et froide, qui s’étendait au-delà de leur feu. Elle cherchait du regard le chemin du retour vers la civilisation. Quelques pas et la chaleur du feu la quitterait au profit du mordant de la nuit. Elle regardait là-bas, dans le noir, et hésitait tout de même. Était-ce vraiment ainsi que devait se terminer leur rencontre ? Parce qu’il avait osé s’approcher trop près, elle devait lui dire au revoir ?
Elle fit volte-face. « Tu veux m’accompagner ? Je pourrais… Te montrer mon chez-moi. » Elle avait balayé l’espace autour d’eux, en disant cela, comme si cela paraissait une proposition juste, compte tenu du fait qu’ils étaient techniquement chez lui. Cela ne trompait personne – sauf peut-être Zen’ ? –, il s’agissait clairement d’une excuse. Elle ajouta : « Oh, on pourrait continuer à étudier la lecture aussi, si tu veux. » Et cette idée lui plaisait bien, à vrai dire – même si elle sonnait un peu étrangement, en plein milieu de la nuit (après tout, il n’était peut-être pas, comme elle, un fou insomniaque prêt à passer sa nuit à lire). Elle sourit. « J’ai un jeu pour ça, à la maison. » Un jeu auquel elle ne jouait jamais, sinon contre son double imaginaire – elle avait donc un impressionnant ratio victoires-défaites de 1, pour ce que ça comptait.
Elle serait plus sereine, sur son territoire. Ils parleraient d’autre chose que de sujets fâcheux, et elle était à peu près certaine d’arriver à maintenir une distance confortable avec lui – s’il ne fuyait pas de lui-même, effrayé par le manque de vie de son « foyer ».

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L’air du borgne se fit beaucoup plus tendu qu’il en avait l’habitude lorsque les quelques mots de la Jonin l’eurent frappé sans crier gare, et malgré tout ce qu’il avait pu voir, entendre, affronter au cours d’une vie régie par la violence, la mort et la douleur, son œil reflétait la surprise qu’il ressentait en cet instant. Cela ne dura qu’une fraction de secondes, mais la bête fut prise de sueurs froides en ayant encaissé la vive réplique de son interlocutrice, son rire et ce regard qui le transperçait entièrement, comme s’il était sans aucune défense, alors qu’il pouvait très bien reculer, où même se défendre par menace, il ne le fit pas.
Ses muscles étaient raidis, son corps d’instinct s’était mit en une position qui lui permettait d’exploiter au mieux ses capacités sans même y penser. Mais le cœur de l’homme était amené à penser différemment, ce qui ne le fit pas bouger d’un millimètre lorsque Junko vint à rompre la proximité qui les liait et avec laquelle le borgne lui avait dit ce qu’il en pensait pour la soutenir sans doute parce qu’il trouvait qu’elle lui ressemblait malgré leur diamétrale opposition apparente. Le regard soulignant l’apaisement de la bête, et sa simple écoute devant un comportement aussi saisissant de surprise, le Vagabond ne savait pas comment qualifier cette femme et ne parvenait pas à réfléchir à tout ça plus de quelques secondes avant de ressentir une migraine lui parcourir la tête. Pour autant, elle le fascinait totalement et quelque chose lui disait intérieurement de ne pas la laisser partir alors qu’il la regardait faire quelques pas en s’éloignant du feu, de lui. Malgré ce qui se passait, Zenjuro restait sur sa position, et l’on pouvait penser en le voyant et en le connaissant de bouche à oreille qu’il n’en ferait rien et que cela ne le toucherait pas…

C’était totalement faux, et au fond de lui-même il en était convaincu, la Dame avait chamboulé son esprit quelque part et ce, même si cela paraissait invisible pour quiconque, ce regard qu’elle lui avait jeté plus tôt en le regardant était différent de ceux des Hommes qui avaient un jour souhaité sa mort en le traquant et en le combattant sans aucune forme de procès. Elle n’avait pas la lueur dans le regard d’une femme qui lui voulait du mal, et ça, par expérience il en était convaincu et c’est ce qui le troublait alors qu’il la regardait partir, il voulait lui demander de rester, mais seul le trouble pouvait se voir dans l’éclat de son œil dont le feu en faisait ressortir toutes les couleurs dans la nuit noire qui les séparait.
Soupirant, et alors qu’il se résignait à la voir repartir vers le Village, son cœur lui donna l’impression de s’arrêter, ne serait-ce qu’un instant ce qui le fit raidir complètement au passage, en la voyant se retourner aussi rapidement vers lui alors qu’il n’avait inconsciemment pas lâché le regard qu’il lui portait en contemplant sa silhouette s’éloigner dans le noir. Mieux encore, sa proposition lui arracha un sourire amusé, tout en attendrissant le sauvage qui étouffa un début de rire en reprenant appui sur ses jambes avant de se lever, puis s’attela à étouffer les flammes en y versant du sable dessus puis reprit son tonneau encore à moitié plein et accrocha de nouveau son Nodachi à sa ceinture du côté gauche avant de faire quelques pas vers elle alors qu’elle lui évoquait la lecture, et de pouvoir continuer directement chez elle en jouant, ce qui attira la curiosité de Zenjuro qui se mit à rire en arrivant à son contact. « Pffft, j’te comprends pas d’tout ! Mais… Je… j’t’aime bien ! » Souffla-t-il, coupé en plein milieu de son rire par les étranges pensées qui lui germaient alors tandis qu’il la voyait partir. « C’quoi comme jeu ? Mais ouai’j’veu’bien, t’me guid’ras c’te fois Junko ! » assura-t-il d’un air niais, autant que le sourire qui animait son visage qui retrouvait malgré toutes les cicatrices attestant de son expérience d’un certain niveau d’innocence venant de la bête qui pouvait surprendre ceux qui ne le connaissait que de nom.

La nuit était bien avancée et les nombreuses lueurs qui animaient le Village et la rue principale en longeant les sentiers sur lesquels Junko et Zenjuro s’aventuraient en sens inverse pour rejoindre Uzushio semblaient s’être atténuées, pour la plupart d’entre elles, les Commerçants étaient simplement allés dormir paisiblement et le murmure du vent rendait leur marche plus agréable à l’oreille tandis qu’elle était bercée par le son des feuillages qui remuaient à l’unisson, harmonisant la nature endormie dans un rythme quasiment théâtral. Une vingtaine de minutes de marche passèrent pendant lesquels le borgne guidait son Enseignante en lui tenant la main, en étant bien plus proche d’elle qu’à l’aller où elle le suivait de derrière et ce malgré le manque de paroles qui rendait la marche calme, le Vagabond repensant à ce regard qu’elle lui avait adressé et qui l’avait tant marqué tant il n’avait jamais rien vu de tel et d’aussi près et surtout sans avoir réagi. « J’te laiss’ m’guider à partir d’ici Junko, j’sais pas trop par où aller » s’exclama son compagnon qui se rendit compte qu’il n’avait aucune idée de leur destination finale dans le Village et s’était mit à rire en laissant la Dame les guider alors à bon Port, curieux de voir ce à quoi elle faisait allusion par le jeu qu’elle lui proposait ? En tout cas, le Rhum ne manquait pas et cette valeur sûre sur son dos, le borgne ne pouvait qu’être prêt à tout !
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Ils ne tardaient pas à rejoindre son appartement, en plein cœur du village, dans un quartier sans réel charme – triste sort réservé aux Sans-Noms, ceux qui n’appartenant à aucun clan n’avaient pas la chance de côtoyer les beaux quartiers Uzumaki, Miyamoto ou encore Omura. Elle avait éludé la question (celle sur le jeu) et avait préféré avancer silencieusement, guidée jusqu’au village par Zenjuro – dont, elle devait l’admettre, elle trouvait la présence rassurante, en quelque sorte. Au fond, il devait lui aussi avoir cherché un prétexte pour qu’ils continuent à se parler (ou, au moins, à se tenir côte à côte), car il n’avait pas vraiment insisté. Il était simplement venu.  
En pénétrant les lieux, elle l’invita à poser ses affaires dans l’entrée, comme cela se faisait habituellement dans ce genre de maison. De fait, Junko avait voulu retrouver l’ambiance calme et traditionnelle du Myōshin-ji, autant que possible – même si, malheureusement, on ne pouvait guère restituer toute l’essence de matériaux tels que le bois, le bambou et le papier washi dans un immeuble en pierre ou en brique. Elle avait donc opté pour un style dépouillé, épuré, sans démonstrations d’une richesse qu’elle n’avait de toute façon pas, et qui aurait presque été minimaliste si elle ne possédait pas une bibliothèque s’étalant sur tout un pan de la pièce principale. Du reste, elle avait tant bien que mal conservé l’esprit du temple – le plancher surélevé, les quelques meubles en bois brut et, quelque part entre la table basse et la bibliothèque, assez d’espace pour y dérouler un futon le moment venu (on sentait que dormir ne faisait pas partie de ses priorités). De fait, l’appartement de Junko ne se composait globalement que d’une pièce, servant autant de pièce de vie que de chambre (sans oublier le petit coin réservé à la cuisine, sobre et fonctionnelle).
Il y avait tout de même une salle attenante à ce grand espace ; une salle d’eau, et c’est là qu’elle se rendit immédiatement à leur arrivée, armée d’une théière.

« Je vais faire du thé. » lançait-elle vaguement, lui laissant tout le loisir de découvrir son lieu de vie, impeccablement rangé et sans grand intérêt, pensait-elle, pour quelqu’un qui vivait dans la nature – de fait, cet endroit représentait précisément tout ce qui éloignait la civilisation de l’état de nature : l’ordre, le vide et les livres. D’un autre côté, en s’affairant de la sorte elle fuyait un moment relativement inconfortable ; elle évitait de croiser son regard et de subir son jugement sur son mode de vie. Et tandis qu’elle remplissait tranquillement la théière, elle se fit la réflexion qu’elle paraissait fatiguée et tendue, dans le miroir – mais la lumière n’y était pas pour rien. Elle soupira et retira les quelques broches qui retenaient ses cheveux dans un chignon serré, les laissant tomber avec l’espoir que cela arrange quelque peu son air.
Finalement, elle revint tranquillement dans la pièce principale, mit l’eau à chauffer et déposa deux tasses sur la table basse. Puis, se tournant vers Zenjuro, elle désigna la bibliothèque d’un signe de tête. « Quand tu maîtriseras un peu mieux la lecture, je t’en prêterai si tu veux. » C’était sa fierté, ses plus précieuses possessions ; elle détenait notamment certains ouvrages, très particuliers, écrits à la main par ses frères spirituels, sur l’Histoire et les histoires du monde (mythologies et récits légendaires). Il n’en avait peut-être pas conscience, mais Junko prêtait rarement les livres de sa collection personnelle – bien trop paranoïaque et craignant qu’on ne lui rende jamais ou, pire, dans un état déplorable.

Ce n’était pas une gentillesse de sa part, elle éprouvait simplement une attirance curieuse pour ce géant. Tout paraissait les opposer et pourtant il y avait un quelque chose en lui qui trouvait écho en elle. Il lui inspirait confiance autant qu’elle souhaitait le fuir. C’était ce genre de rencontre qu’on ne faisait qu’une fois dans sa vie, et qui laissait derrière elle un souvenir un peu mélancolique.
Elle s’approcha des étagères et sortit d’entre les bouquins une boite en bois noir qu’elle posa sur la table. « C’est le jeu dont je t’ai parlé, tout à l’heure. » expliqua-t-elle. « Ça s’appelle… Le Scrabble. » Pour le commun des mortels, il s’agissait effectivement d’un jeu, aussi avait-elle employé ce mot pour le désigner, un peu plus tôt. Il était donc très surprenant qu’elle en possède un exemplaire, puisque de son point de vue il n’y avait pas de place dans la vie pour l’amusement. En réalité, elle aimait bien l’utiliser pour structurer sa pensée – et compte tenu du sérieux dont elle faisait preuve, de toute évidence, cela aurait été une illusion que de croire qu’elle y prenne vraiment du plaisir.
Tout en extrayant du coffret un plateau en bois et un sac rempli de pièces marquées, elle continua son explication. « Tu vois, sur chacune de ces pièces il est inscrit une lettre… » Et elle déroulait ainsi, très brièvement, les règles du Scrabble : sept pièces chacun, tirées aléatoirement, un plateau quadrillé… Le jeu n’était pas très compliqué, en soi. Elle ajouta, par ailleurs : « Il y a un système de points, pour savoir qui gagne, mais puisque tu débutes, je te fais grâce de cet aspect-là. » A quoi bon, après tout, elle allait simplement l’écraser, compte tenu de leur différence de niveau de maîtrise de la langue. Inutile d’en rajouter, n’est-ce pas ?

Elle lui tendit le sac, pour qu’il pioche ses sept lettres. « Je te laisse commencer ! » l’encourageait-elle. Et, lui laissant le temps de la réflexion, elle allait chercher l’eau qui avait fini de chauffer, et servait le thé dans les règles de l’art.
Elle ne s’attendait pas à grand-chose, pour une première, un mot plutôt court, passe-partout. Son regard se porta sur ses propres lettres et elle eut une moue satisfaite ; peut-être apprendrait-il, à cette occasion, que la véritable Junko n’était pas réellement un modèle de compassion…

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L’espace de vie de Junko était pour le moins atypique, malgré le fait qu’elle était logé qu’à deux rues du borgne qui lui aussi avait, malgré les apparences un logement qu’il n’utilisait que trop peu, y venant pour faire du nettoyage et le maintenir en état, d’une manière nonchalante et seul l’essentiel y était, à savoir un Lit, une table, une armoire vide et le reste, fonctionnel. Étrangement, et même s’il était plutôt vide, Zenjuro de prime abord y ressentait l’odeur de la Femme qui l’hébergeait ici avant de tourner plusieurs fois la tête, interpellé par toutes sortes de choses un peu comme une bête sauvage que l’on lâche dans un endroit inconnu, il y faisait ses premiers repères visuels et n’hésitait pas à toucher les meubles comme pour s’accoutumer à l’endroit qui le laissait étonné. Sa première fois, sa première visite dans une demeure de cette manière-là. Pourtant, il s’y sentait étrangement bien, probablement de par la présence de la Jonin qui alimentait l’aura enveloppant ce lieu décoré et représentant la manière de vivre de la Belle, il souriait, se sentait au chaud et à l’abri et pour preuve, pas une seule fois il n’avait eu ce réflexe quasiment de naissance de se mettre en garde d’une quelconque manière. Il n’était ici question que d’un sentiment de bien-être, de correspondance avec celle qu’il accompagnait ce soir. Celle-ci s’éloignait du regard du Jonin qui avait déposé son tonneau de Rhum à l’entrée avec ses Geta et s’était permit de s’asseoir à son aise en attendant que la Dame ne revienne.

A ce moment précis, et tandis que Junko n’était plus en vue, il avait pensé entendre qu’elle allait préparer du thé mais n’en était pas certain, le Nodachi du borgne qui jusque là n’avait fait figure que d’arme à la ceinture de l’Epéiste, d’une décoration sans but se manifesta, tremblant légèrement mais assez discrètement pour ne pas attirer l’attention de la Belle. « Elle est trop fraîche, j’pensais pas ça de toi gros tas de connerie ! ». L’aura s’intensifia et les deux êtres qui partageaient un lien depuis peu de temps se mettaient à communiquer au fur et à mesure que le chakra circulait entre eux à chaque combat, renforçant ce partage entre l’arme et le Maître qui avait su dompter le Monstre tapi au fond du fer forgé. Zenjuro regardait l’eau bouillir de loin, et se saisit de ses baies avant d’en prendre une timide quantité qui apaisa l’aura sinistre qui se dégageait de lui et de son Nodachi, au moment où la Dame revint près de lui, les cheveux détachés qui attirèrent immédiatement l’attention de l’Uzujin, son œil se fit bien plus grand et déployé que d’ordinaire, tandis qu’il dissimulait un sourire en la voyant comme ça, l’air plus détendue qu’au bord de la Mer plus tôt.
Elle revint. Elle lui présentait sa Bibliothèque qui était une véritable mine à Livres dont les Titres qui y étaient inscrits donnèrent le tournis au borgne qui essayait de comprendre le sens de tellement de mots à la fois qu’il finit par se résigner en l’instant et se mit à rire de vif éclat. « J’commence à pein’ m’tue pas à la tâche ! … J’te trouv’ tout’jolie avec l’cheveux comme ça !». Un rire dont la tonalité laissait progressivement place au calme qui était le maître-mot de cette demeure, aux mains de la Belle qui en tenait la baguette et qui faisait jouer de l’eau en ébullition pour y donner le tempo.

Finalement, elle désigna un jeu que Zenjuro scruta avec attention, son regard meurtrier affichait des notes de curiosité, presque enfantine tandis qu’il observait son enseignante de lecture lui en conter les quelques règles qu’il essaya tant bien que mal de mémoriser, mais comme pour tout dans sa vie, la pratique vaudrait facilement des milliards de minutes d’explications, et ça, Junko l’avait compris et c’est ainsi qu’ils passèrent directement en jeu. L’un en face de l’autre, jamais la Bête n’aurait pu prévoir ce qui se passait alors, pourtant, il se sentait moins seul cette nuit là en compagnie de quelqu’un qui au final était dans le même cas que lui. Il s’était attaché à la Belle, d’une manière qu’il n’aurait pas su décrire et se contenta de la regarder disposer du plateau de jeu et des instruments de jeu, mais, l’attention du borgne focalisé sur la Belle, Zenjuro avait complètement oublié les quelques mots de règles qu’elle lui avait adressé, s’étant contenté d’acquiescer sans un mot jusqu’à lors, il se reprit avec son entrain habituel. « Yosh, alors j’commence ! ». Sous le regard attentif de son Enseignante, l’air déboussolé du Jonin devant les lettres avec lesquels il devait composer un mot pour commencer n’inspirait rien de bon pour la suite. « Hep tu vas m’écouter maintenant Zen ! ». Une fois de plus, posé discrètement sur les genoux du Borgne, le Nodachi se mettait à trembler légèrement en présence de la Dame qui pouvait voir l’aura de l’arme entrer en contact avec la Bête. « Qu’es’tu veu’ l’bou d’fer ? T’vois pas q’c’hui en train d’fair un truc là ? ». Le regard du Vagabond en devenait soudainement plus tendu, et l’on pouvait sûrement le traduire par le fait qu’il avait beaucoup de mal à jouer, même s’il en était tout autrement dans son esprit impénétrable. « Je peux t’aider si tu veux, j’ai compris les règles. Regarde bien, tu vas prendre ces lettres et… »

Zenjuro d’un air beaucoup plus assuré et surtout avec une gestuelle qui traduisait une confiance, excessive en connaissance du personnage, déposait convenablement les lettres qui sous les yeux de l’Enseignante, formait un mot bien précis, tandis que la lueur plus vile dans le regard de la Bête qui était signe d’une communion entre eux se fit de plus en plus intense, laissa place au plateau, sur lequel figurait le mot « Fessier ». Force est de constater que l’arme avait une vision bien différente du Maître, placé sous la table. Tout souriant, n’ayant bien sûr aucune idée de ce qu’il venait d’écrire, le borgne fixa Junko et lui accorda son tour. « A toi ! »
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Pauvre enfant ; ils t’ont tout pris, et toi tu les pardonnes encore.

Son sang ne fit qu’un tour et elle se figea tout à fait. Alors qu’il paraissait hésitant, l’instant d’avant, quelque chose avait changé. Elle n’aurait pas su dire comment exactement, mais elle avait de sérieux doutes sur le pourquoi. De fait, la dame n’était pas complètement aveugle – bien qu’elle commençât à sérieusement se demander comment elle avait fait pour ne pas le remarquer plus tôt. Elle l’avait vu : l’aura, le flux de chakra, le lien entre son arme et lui. Autant elle n’avait pas été choquée de voir un homme de sa stature se trimballer une arme – le tonneau de rhum paraissait bien plus douteux, en toute honnêteté – et ne s’était pas vraiment posé de questions sur son appartenance à la caste shinobi (il fallait dire qu’elle baignait tellement dedans, au quotidien, qu’elle n’y prêtait plus attention), autant le fait qu’il ose utiliser de telles capacités chez elle, en sa présence, et sans même l’en informer, lui faisait l’effet d’une gifle cinglante. Elle s’était raidie d’un seul coup, et certainement qu’il avait dû le sentir tant cela avait été compulsif. Et dans son esprit, un milliard de questions et de réponses, plus invraisemblables les unes que les autres, avaient fusées à toute vitesse.

Elle posait son regard sur le plateau, lisant le mot que Zenjuro formait sans vraiment le lire. Elle voyait les lettres, elle connaissait chaque symbole, mais son cerveau refusait de donner un quelconque sens à cet agencement. Elle fronça les sourcils et il paraissait évident qu’elle luttait intérieurement. Elle sentit sa gorge se nouer et sa tête lui tourner légèrement.

Qu’avait-elle fait pour mériter ça ? Pourquoi… Pourquoi, à chaque fois qu’elle donnait de sa personne, à chaque fois qu’elle se montrait docile et généreuse, ces gens trouvaient le moyen de la trahir ? Elle se sentait seule et abandonnée, de nouveau.
C’était un sentiment étrange que celui de la trahison. En soi, il n’avait encore rien fait – mais c’était déjà trop. Elle s’était laissée bernée, elle lui avait ouvert sa porte – sa porte, bon sang ! Elle s’était montrée avenante. Et lui, il préparait quelque chose, en sous-marin. C’était évident ; elle l’avait vu ! Il utilisait son chakra, en toute discrétion… Elle le regarda, un peu perdue. Comptait-il l’agresser, croyant qu’elle ne pourrait se défendre ? Et elle réalisa à quel point elle était faible, car elle s’était elle-même rendue vulnérable. Était-il payé par l’ennemi ? (Quel ennemi ? Peu importait, elle croyait toujours avoir un ennemi, dans l’ombre, quelque part.) C’était envisageable…

Et alors, elle finit par lire (et comprendre) ce qu’il avait écrit, avec ses jetons. Elle ne vit même pas l’absurdité de la situation, tant son regard était aveuglé par la souffrance. En revanche, elle y vit un mot, un vrai. Un qu’un illettré ne pouvait pas former facilement – sept lettres, et pas si usité que ça, l’air de rien. Peut-être fut-ce la révélation de trop. Elle considéra ses propres pièces, devant elle, bien ordonnée, déjà prêtes à être posées.

Elle réalisa que, sa vie durant, elle ne s’était jamais vengée des trahisons des autres. Elle n’avait jamais usée de la force contre les siens. Elle avait simplement subi, accepté son sort, et survécu seule. Alors, ce soir ne serait pas bien différent, certainement.

Doucement, elle prit la parole. « J’avais une famille, avant. Nous habitions quelque part dans la Vallée des Nuages, dans un endroit un peu perdu, un monastère. J’aimais cette vie, vois-tu. J’aimais mes frères, j’aimais l’endroit où nous vivions, j’aimais travailler et les aider. J’aurais donné ma vie pour eux. Et puis, un jour… » Elle porta son regard sur le plateau, puis déposant, à la suite du mot de Zenjuro, la lettre E. « Un jour, ma famille m’a envoyée en pèlerinage. C’est un moment important dans la vie d’un moine. Il quitte son monastère, part en voyage, met sa foi à l’épreuve. » expliqua-t-elle doucement, alors qu’elle se doutait qu’il ne pouvait pas saisir toute la portée de ce qu’elle lui racontait. Et, tout en continuant son discours, elle disposait tranquillement ses pièces. « Mon voyage devait me mener à la frontière du Pays du Fer, aussi connu comme l’Empire. A cette époque, les guerres claniques touchaient à leur fin, il me semble. Mais à Tetsu, les choses étaient peut-être un peu différentes… Pourtant, ma famille m’avait assuré que je serai sous bonne protection et que mon chemin était tranquille. J’avais confiance en eux. Nous n’étions pas du même sang, mais c’était tout comme, après tout. » Elle posait sa dernière pièce, la septième. Elle releva les yeux et plongea son regard dans celui de Zenjuro. Une lueur inquiétante se mit à briller dans ses yeux, un reflet de la haine, immense et froide, qu’elle éprouvait envers ces gens. « Quel père ment ainsi à sa fille ? Quels frères envoient leur petite sœur sans défense se faire tuer ? » Ce jour-là, ils avaient brisé quelque chose d’irréparable. Ce n’était pas tant ce qu’elle avait vu qui l’avait détruite, mais bien le fait que ses pères et ses frères l’abandonnent ainsi. Elle ne s’en était jamais remise. Et les choses n’avaient fait qu’empirer, de jour en jour. Jusqu’à ce que cette trahison ne se mue définitivement en haine. Elle détourna le regard. « Je ne m’attends pas à ce que tu comprennes ce que cela signifie, mais je… J’ai cru en toi, d’une façon ou d’une autre. » Elle ne pouvait pas dire qu’elle lui avait fait confiance – même si quelque part, c’était vrai, pourtant –, cela restait au-delà de ses forces. Elle continua, fronçant légèrement les sourcils, l’air mi ennuyée, mi agacée : « Je me suis dit qu’après tout, quelqu’un… Enfin, quelqu’un comme toi, ça ne peut pas mentir, en quelque sorte. Ça ne peut pas être animé de mauvaises intentions, ni profiter de la bonté des autres. » L’état de Nature empêchait cela – et elle ne croyait pas vraiment que l’Homme naissait foncièrement mauvais, bien au contraire.

Elle regarda le plateau ; son mot à elle était « stoïque » ; quelque peu ironique, alors qu’elle avait passé sa vie à ne pas montrer aux autres ce qu’elle ressentait. Sauf aujourd’hui. Sauf ce soir… Elle porta une tasse de thé à ses lèvres, se brûlant légèrement la langue et le palais, comme à chaque fois. Elle continua, sur le même ton dur et résolu. « Je crois que toute ma vie les Hommes me décevront, Zenjuro. Eux, comme toi. » Elle piocha négligemment quelques pièces dans le sac, leur accorda à peine un regard et désigna le plateau d’un coup de tête. « A toi. Voyons ce qu’un soi-disant illettré va encore nous sortir. »

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Quelque chose avait changé, l’atmosphère qui semblait si cordiale et paisible auparavant avait changé, d’un opposé à son parfait opposé. Zenjuro pouvait sentir dans l’air que l’atmosphère en devait électrique sans même avoir besoin des capacités Sensorielles dont pouvait jouir certains Shinobis. Sous la dictée de son Nodachi, il avait placé les lettres d’une manière qui n’était pas la sienne et la communion entre le Maître et son arme se faisait visible à l’œil pour une personne avertie, en l’occurrence, Junko dont le regard avait changé du tout au tout. Et alors que le borgne lui redonnait la main dans leur petite partie de Scrabble, elle n’était plus la femme qui lui tenait compagnie plus tôt, au bord de l’eau. Alors qu’elle posait ses propres lettres, d’une manière qui ne démontrait rien de doux, elle conta à la Bête quelques lignes de sa vie qui firent l’effet d’une balle tirée en plein cœur du Jonin qui n’arrivait plus à détacher son regard du sien et l’écoutait, d’une mine neutre, sans même chercher à l’interrompre.

La flamme de vie de l’arme maudite que détenait le Sauvage s’estompait, à mesure que le lien s’interrompait, par la volonté de l’Epéiste qui ne comprenait pas tout ce que Junko pouvait lui dire, mais la fin de son ressenti, lui donna un pincement dans l’âme elle-même.
Dans un certain sens, il savait ce qu’elle essayait de faire comprendre à son interlocuteur, dans un sens, lui aussi, avait connu ces maux horribles qui lui avait consumé son « étoile ». Saisissant à son tour, imitant la Belle quant au nombre de lettre à piocher dans le sac qui les contenait, il prononçait quelques mots, après avoir posé entre eux deux le Nodachi qui était posé précédemment sur les genoux de l’animal à forme humaine. « J’compren’pa tou’d’c’que t’as véçu, l’relig…ion, tout ça, mais… »
Tandis qu’il essayait d’articuler avec soin quelques paroles qui lui venait du cœur, Zenjuro observa rapidement les lettres qu’il avait pioché, et contrairement à la fois d’avant, aidé de son partenaire de fortune contenu dans cette arme maudite qui sentait le sang et les tripes, il poursuivit et laissait affluer les mots qui lui venait. « J’pense qu’j’comprends. J’trouvé quelqu’un qu’m’aimait alor’ qu’je puais l’sang, qu’j’puais la mort. J’tué beaucoup, beaucou’d’gens d’ma vie. Mais, ell’m’a appris qu’tout l’gens z’étaient pas tous mauvais, elle tendai’ la main, v’nait en aide au’z’autres alor… qu’elle mourrai’ à p’tit feu. »

Le regard de la Bête se faisait plus sombre, faisant toujours face au plateau, affrontant ce que jamais il n’avait pu accomplir en trente-cinq ans, ce que jamais personne, ne lui avait appris au fil de sa vie avancée. Il esquissait un léger sourire, triste, empli de chagrin, empli de peine de voir la Belle finir dans cet état par sa faute et ça, il l’avait bien compris, elle se sentait trahie, ce sentiment qu’il ne faisait que ressentir depuis qu’il l’avait aussi été. Trop maladroits pour s’exprimer clairement, il se contenta de piocher un mot, regardant avec attention le plateau, essayant de se souvenir de ce mot, si simple, mais si symbolique de ce qui l’avait sorti des torpeurs de la solitude et de la haine, des souvenirs, qui l’avait mené à chercher, encore aujourd’hui une chimère qui représentait le dernier souvenir de sa femme aimante, morte alors.

« Tou’les gens sont pas mauvais, j’pense qu’y a du bon, du mauvais. On m’la prise des bras, elle, et mon enfant alor’ qu’j’battais pour les garder o’péril d’ma vie. Tou’ça pour d’l’argent. L’pirates avec qui j’risquais m’vie pour m’famille, ont vendu m’femme, not’enfant… alors qu’elle, mêm’si elle était malade, s’faisait d’mouron pour les autres, et tendai’l’main, t’jours. C’elle qu’m’a sauvé, elle… ». Attrapant du bout des doigts le seul mot qui lui venait à l’esprit, le Borgne de son seul œil épargné par les déchirures de la Guerre et des milliers de combats qu’avait enduré son corps meurtri de toutes parts, visualisait le mot, et posa en prenant comme base la lettre « E » de « fessier », en y déposant la lettre « D ». « Mêm’si el’l’est plu’là jourd’hui, j’sais qu’tout les gens y’son pas méchants, qu’tous, y tuent pas, qu’chaque type tend l’main, é’peut s’fair’ aider, puis tendr’la main au suivan’… c’c’qu’elle m’disait tou’l’temps, et c’c’qu’elle à fait pour moi, alor’ qu’j’étais perdu, seul. »

Saisissant les deux dernières lettres de son côté, il posa d’abord la lettre « I » et se tourna vers Junko tandis que mécaniquement il saisissait la dernière lettre qu’il posa sur le plateau accompagné d’un léger claquement qui fit trembler la table, l’émotion en Zenjuro était trop forte, et son œil en ravivant d’aussi lourd souvenirs laissèrent échapper une larme qui coula de la joue marquée par toutes ces marques faites par la Vie a un enfant qui durant toute sa vie était perdu, jusqu’à s’être fait aider, un jour, et aujourd’hui, il prenait la main de Junko qui semblait aussi perdue que lui, avec qui il partageait tant de peines et la prenait dans ses bras sans même comprendre son geste. « Mêm si on n’pas eu d’cadeaux, mêm’si on nou’a tou’prit, faut pas s’laisser aller, j’le sais, parc’que j’comprends, c’que t’traverses maint’nant. »

Le mot « Aide » venait d’être ajouté par l’illettré qui se contenta d’attraper son Nodachi, fautif de ce trouble et de le montrer à Junko en la fixant de l’œil, tout en la serrant dans son bras gauche, lui adressant un sourire et jeta un œil à son compagnon maudit. « Lui, c’Nono, y m’parle parfoi’. Y fout d’la merde et m’met dans les ennuis, mais l’est pas méchant, l’aime les femmes j’crois, un drôl’d’phénomène qu’j’ai trouvé au bou’du monde, o’n’est part’naire maint’nant. S'tu m'crois pas, j't'comprendrai, mais j'te ferai pas d'mal, Junko, j'te r'mercie pour tout c'qu't'as fait pour moi. » Reposant son compagnon de combat au sol, il serrait toujours la Dame dans ses bras, il n’avait même pas réagi aux pulsions de menace qu’elle lui avait émise plus tôt, et sans même chercher à agir en bête, il avait agit en Homme en lui expliquant tout ça et en faisant patte blanche, la serrant maintenant contre lui en toute tendresse, sans aucune forme de mensonge où de crainte, il ne voyait plus qu’elle, et à son tour essayait de lui venir en aide.
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Il disait ne pas comprendre – et, à vrai dire, cela ne l’étonnait pas vraiment. Pourtant, il devait bien avoir ressenti la détresse de la dame, car il trouvait, dans son langage un peu rustique, les mots justes pour lui répondre. Il lui montrait ses intentions réelles, à travers le récit de sa vie : il évoquait, de nouveau, la mémoire de sa femme et, à travers elle, il se dévoilait complètement. Et Junko n’eut aucun doute sur le fait que ces deux âmes s’étaient aimées – quiconque ayant connu l’amour, le vrai, pouvait en attester, à sa façon d’en parler. Mais il en faudrait plus pour l’attendrir, cette fois. Comme un petit animal apeuré, elle s’était enfuie. Elle s’était enfermée dans sa carapace et ne voulait plus en sortir. Il l’avait déjà piégée plusieurs fois : en lui révélant ne pas savoir lire, en lui dévoilant son passé sauvage, et en bien d’autres occasions également. Mais, à présent, elle ne pensait plus se faire avoir. Elle ne lui pardonnerait pas si facilement. Il avait beau ressembler à un enfant dans un corps d’adulte, il avait dépassé les bornes.

Pourtant, défiant encore les normes sociales (dont il ne devait, de toute évidence, pas avoir conscience), il eut un geste que peu auraient osé commettre, surtout envers Junko : il la prit dans ses bras. Elle se souvenait encore très nettement de la dernière fois où quelqu’un l’avait embrassée de la sorte. Cela avait été une étreinte pleine de tendresse, entre elle et un garçon qui aurait pu être son fils. Ici, cependant, le contexte était tout autre et même s’il était assez attendrissant, à sa manière, et même s’ils avaient partagé des choses très intimes, jamais la dame ne prendrait Zenjuro pour son fils. En revanche, elle qui avait fui son regard tout au long de son discours, lisait à présent le mot qu’il avait été capable de former, et elle sentit que, quelque part, une faille s’était ouverte dans sa carapace. Doucement, elle entoura le torse du géant de ses bras et lui rendit son accolade.

Elle n’appelait pas à l’aide, elle était bien trop fière pour cela. Mais, en y songeant bien, tout au long de cette soirée, elle n’avait eu de cesse de chercher une main à laquelle se raccrocher. Et, à chaque fois, il avait répondu à cet appel silencieux, sans hésiter, sans poser de questions. Elle croyait l’aider (à apprendre à lire, à se civiliser), mais c’était lui qui lui venait en aide en réalité. Il brisait le monde froid et silencieux dans lequel elle s’était enfermée, avec ses gros sabots. Il lui prouvait que ce en quoi elle croyait, ce qui constituait les fondations de son univers, n’était pas la Vérité ultime et absolue.

Elle finit par le repousser gentiment, après qu’il ait (enfin) donné une explication au phénomène qu’elle avait pu observer peu de temps auparavant. Tout du long, elle n’avait rien dit, se contentant d’écouter et d’observer les faits et gestes du grand gaillard. De fait, alors qu’il lui avait montré le Nodachi, il lui parut alors évident que quelque chose était scellé en lui – et elle se sentit un peu honteuse de s’être imaginée tout un tas de scénarios, dans lequel Zenjuro était un ennemi perfide et vicieux.
Alors qu’ils reprenaient chacun leur place, elle reporta son regard sur le mot « AIDE ». Doucement, elle s’excusa. « J’ai mal réagi… Par habitude, je suppose, mais cela ne m’excuse rien. » Et, sans prévenir, elle s’inclina. « Je suis sincèrement désolée. »

Puis, se relevant avec un petit sourire empreint d’un brin de nostalgie, elle continua : « Je vais y réfléchir. Je vais… Réfléchir à ce que le Sage Zenjuro m’a dit ce soir. » Et par là, elle sous-entendait qu’elle n’était plus le professeur et qu’il n’était plus l’élève. C’était certainement encore trop subtil, mais elle lui signifiait par là qu’ils étaient, à ses yeux, égaux. Et, pourquoi pas, amis ?
Elle ajouta : « Mais, pour l’heure, finissons cette partie… Sans tricher ! »

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