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La vallée du Roi-Guerrier

Yamamoto Hidenori
Yamamoto Hidenori
Suna no Jonin
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Village caché de Suna

Pas un chat dans les rues. Très tôt le matin, je me glissais telle une ombre malicieuse, zigzaguant au beau milieu des quelques foyers de lumières éclairant l’artère principale de Suna. Seul avec mes pensées. L’intendant m’avait remis une mission qui revêtait de la plus haute importance. Une chasse au fantôme. Ou une mission suicide. Il était question de se rendre dans une vallée inexistante, ou merveilleuse, pour y déloger un « guerrier nimbé de lumière, immortel, plus vif que la foudre, plus puissant qu’un volcan », ou un délire de soldat mourant. Si menace il y avait, je doutais de l’existence d’un Roi-Singe dans cette vallée – si celle-ci existait -, voire même, d’un Dieu Guerrier. Les légendes étaient souvent tirées d’histoires vraies exagérées par des racontars ou des conteurs malhonnêtes. Le monde était rempli de ce genre de fables. Cependant, je ne pouvais ignorer la disparition de tous ces hommes, et le rouleau estampillé du Conseil attestait de l’importance de la mission. Quelque chose avait exterminé une troupe d’élite et cela ne devait pas rester impuni. Arrivé dans mon foyer, d’une froideur édifiante, je rassemblais mes quelques effets avant de quitter le village. Malgré mes doutes quant à la menace, j’étais résolu à prouver une nouvelle fois ma loyauté et mon efficacité. J’écrivais un message à l’intention de mon coéquipier, Shirogane Wataru, lui expliquant mon départ soudain et lui intimant de faire honneur à notre équipe lors des missions qui lui incomberont en mon absence. Un vide m’emplit un instant, m’appuyant sur le mur, je me pris la tête dans mes mains. J’inspirais et expirais lentement. Je ne devais pas échouer. C’était là ma destinée. Je prenais conscience de l’ampleur d’une telle assignation. Le moment tant attendu. Il y avait de fortes chances pour que je rencontre un ou plusieurs ennemis ayant les capacités réelles de me battre, de me tuer. Mourir en guerrier. Mourir au combat. La rejoindre. Je lâchais un faible rire presque dément tandis qu’un pleur léger mourrait sur ma joue. Me ressaisissant, je secouais la tête et refis le compte de mes affaires, de mes préparatifs. Cette mission avait un tout autre sens.

Sorti de Suna, je contemplais le désert qui s’étalait, telle une mer de sable, à perte de vue. Les dunes façonnaient un paysage vallonné et traîtreux. Quelques pousses glorieuses sortaient de terre comme défiant le soleil impitoyable de cette contrée. Malgré tout, j’observais d’un regard amoureux ce pays d’exil, il m’avait accueilli, protégé et nourri. Là, à l’Est, dans les plaines de Karawar, mon cœur était mort. Ici, à l’Ouest, le feu de mon âme s’était ravivé. Aujourd’hui, j’allais vers le Nord. Vers les montagnes dangereuses du massif de Guhiko. Sans un regard en arrière, je m’élançais vers les excroissances tectoniques, avec, en tête, la mission à accomplir. Je n’étais jamais allé au Nord de ce monde. Si je devais en croire les dires, il s’agissait d’étendues caillouteuses sans grands intérêts. D’où, certainement, le déploiement extensif de ressource humaine afin de découvrir – et contrôler - cette fameuse vallée fertile. Au-delà des considérations économiques d’un tel enjeu, il y avait un fort désir d’agrandissement du Pays du Vent. Les zones d’influences étaient nombreuses mais résistaient toujours à la politique d’annexion du Daimyo, soutenue par le Kazekage. Il fallait alors provoquer la compétitivité financière des nobles du Pays afin d’intéresser les clans étrangers, les appâter, leur faire miroiter des richesses et un avantage indéniable à perdre leur autonomie en faveur du seigneur du vent. Ainsi, la perte humaine des multiples expéditions dans cette infamante vallée, avait un impact bien supérieur qu’une simple déroute. C’était un échec retentissant, porteur de mauvais augures. La puissance et l’influence militaire de Suna était remise en cause. Ma mission était donc d’une importance capitale, il fallait restaurer un honneur bafoué. Me confier cette tâche était tout autant un honneur qu’une condamnation. Je n’avais pas le droit à l’erreur. Je devais revenir vainqueur ou mourir vainqueur. L'échec m'était interdit.

Le voyage me prit plus longtemps que je ne l’avais espéré. Je n’avais pas l’habitude des paysages montagneux et la traversée de quelques cols avaient été compliquées. J’arrivais au domaine du fameux Wasashi après une douzaine de jours de voyage. Fort d'une gentillesse inespérée, il m’avait laissé me reposer dans l’une des chambres d’amis, affrétée spécialement, et m’avait, suite à une nuit réparatrice, invité à deviser des raisons de ma visite sur une falaise aménagé par ses soins, tôt le matin. La majestuosité du point de vue m’en décrochait la mâchoire. Même le plus sceptique était forcé de reconnaître la beauté sans égale du panorama se déployant devant mes yeux. Du haut d’une des montagnes les plus grandes du massif rocheux, j’admirais s’étendre, face à moi, le Sekai tout entier. Je pouvais y distinguer chaque régions, comme si elles étaient apposées, telles quelles, sur une fine feuille de papier.

« Magnifique… N’est-ce pas ? Je ne m’en lasse jamais. Chaque fois que j’ai besoin de méditer, de réfléchir, ou même de solitude, je viens ici. Cela vous fais prendre conscience à quel point vous êtes minuscule dans ce monde.

- Incroyable, en effet. D’une beauté à couper le souffle. Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi merveilleux.

- J’étais sûr que ça vous plairais. Enfin, puisque vous êtes reposé, nous pouvons attaquer les choses sérieuses, vous et moi.

- Je n’en attendais pas moins. Je suis envoyé par le Conseil de Suna afin de traquer et d’abattre l’homme qui est responsable des débandades régulières qui ont lieux ici.

- Seul ? Veuillez excuser mon scepticisme mais il me semble qu’une équipe entière de shinobi entraîné n’ont pas été capable de vaincre ce qui se cache là-bas ! Alors vous, seul, pardonnez-moi mais vous courrez à votre perte.

- N’imaginez pas un instant, monsieur Wasashi, que le Conseil ne sait pas ce qu’il fait. S’il m’a envoyé, seul, ici, c’est qu’il me juge capable de réprimer les forces agissant dans cette contrée. Ne me sous-estimez pas, ne jugez pas mon apparence de vieillard aux cicatrices blanchies par les âges comme un signe de gloire passée. La guerre n’est pas loin derrière moi, elle est encore en face de moi et le sera toujours.

- Je ne doute pas de vos capacités ! Seulement, il ne s'agit pas là d'un shinobi doté d'une grande force. On parle d'un être supérieur ! D'une créature capable de réduire à néant des hordes de soldats !

- Laissez-moi m'occuper de ce monstre. J’aurais besoin des coordonnées précises de cette fameuse vallée et je partirais. Cette expédition ne vous retombera pas dessus. Seulement les bénéfices... »

Il me regardait avec des yeux malades, le genre de peur paralysante, le genre de terreur induite par un adversaire effrayant. Une peur irrationnelle. Il y avait bel et bien quelque chose de tapi au fin fond du Guhiko et je devais la traquer. J’attendais, alors, le rapport d’éclaireurs que Wasashi Atsushi avait commandé afin de savoir si les traces faites par les multiples expéditions étaient toujours visible ; il s’agissait d’encoches codifiées, assez simple, permettant de former un trajet balisé vers la fameuse vallée. Je remerciais, par ailleurs, le ciel pour cette initiative intelligente. Il fallut quelques heures encore pour que les hommes envoyés reviennent avec les précieuses informations. Le noble vint me voir avec un billet indiquant la direction à prendre et la signification des diverses balises. « Nord-Ouest. X – Pas par là. | - Par là. O – Danger. » Je ne savais pas ce qui m’attendait aux travers des cols, des forêts gelées, des neiges éternelles et dans une vallée mystérieuse au gardien divin mais le soleil était haut dans le ciel lorsque je m’élançais, solitaire, dans la nature hostile.

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Nombre de fables et autres contes tirés de l’imaginaire collectif avaient tendance à se perdre dans les méandres de la population, tantôt renforcées par les âges, tantôt oubliés. Aussi, pour l’heure, rien n’était sûr quant à la véritable existence d’un « Eldorado » dans le domaine du Massif de Guhiko. Bien sûr, moult expéditions avaient été lancées afin d’en vérifier l’exactitude. Hélas, aucune de ces escouade ne pouvait se targuer d’y avoir survécu ou d’être revenu entier. C’est pour cela que Wasahi, le commanditaire de la mission octroyée à Yamamoto Hidenori, avait fait appel aux forces du Désert ; celle-ci avait toujours été réputée comme peuplée de Ninjas féroces et avides de sang. Aucune chance pour eux de se faire occire !
Hélas, seul un homme était revenu de cette mission suicide, au grand dam de la politique en place. Si ce dernier avait été en mesure de faire un ultime rapport, les informations ainsi obtenues par les Dunes étaient bien trop moindres pour permettre au Vénérable de retrouver cette fameuse vallée pour le moins… paradisiaque.

A cet effet, le valeureux guerrier avait été convoqué pour aller enquêter et débarrasser le Sekai de cet être infâme qui avait osé détruire les forces de l’Oued.
Après presque deux semaines de marche à rythme décent, l’ancêtre était parvenu à rejoindre la montagne d’un noble, sieur Wasashi. Si ce dernier avait la propension à ne voir que les gains éventuels après avoir entendu parler de cette légende naturelle, il restait néanmoins frileux et dubitatif. Effrayé, même. Bah, qui serait assez fou pour tenter derechef une exploration au coeur de la Mort elle-même ?
Suna, cela allait sans dire. Et pourtant, le noble semblait bien avare en informations. Tout ce qu’il avait en sa possession ? La description du « dieu-guerrier », comme s’aimait à l’appeler la populace locale. Aussi, impossible pour Hidenori de connaître les réelles aptitudes du nouvel ennemi de la Sainte Patrie.
D’ailleurs, ce noble avait tout de même proposé l’asile au guerrier. S’il comptait effectivement s’attaquer seul à cette sente ténébreuse, il était préférable pour lui d’avoir la pleine possession de sa force et de son énergie. De plus, il ne s’agissait que d’un repas et d’une nuit… Autrement dit, ce n’était rien comparé à ce qu’il paierait en cas de réussit et, de toute façon, il se renflouerait bien assez vite s’il pouvait s’installer dans ce nouveau paradis.

« Les bénéfices… répéta Wasashi en contemplant une fois encore le panorama qui s’offrait aux deux hommes. Certes. Mais je ne saurai que vous conseiller de ne pas y aller seul. Le chemin est rude et fastidieux… Sans parler des éléments qui sont bien loin de ce dont vous pouvez avoir l’habitude au coeur du Pays du Vent ! Il se permit une courte pause, triturant nerveusement ses mains. Vous faites bien comme vous voulez, de toute façon, se ravisa-t-il. Mais j’insiste. On frappa à la porte, le noble se leva et prit ce qu’on venait de lui apporter. Même si vous avez le rapport et le code pour comprendre les balises, je doute qu’y aller seul soit une très bonne idée… Son regard se fit grave. Même pour Suna. »

Il avait raison : y aller seul c’était déjà accepter la mort, se résigner à s’ouvrir au terme. Malgré son âge avancé, le Yamamoto ne semblait pas spécialement prêt à l’accepter, même si son regard et le fond de ses yeux pouvaient en dire long sur ce qu’il pensait de tout cela. Même avec sa volonté indéfectible, se retrouver seul dans un climat aussi hostile et un paysage inconnu (était-il d’ailleurs hostile, lui aussi, ou plus amène ? Personne ne l’avait noté dans le rapport) pourrait lui causer préjudice. Pire encore, il pourrait bien mourir avant même d’avoir trouvé de quoi indiquer l’emplacement de la Vallée aux autres…
Si encore elle existait. Encore une fois, il ne s’agissait que de mythes qui n’avaient pas pu être vérifiés puisque tous ceux qui avaient essayés se sont fait détruire. Littéralement. Le noble revoyait encore les désastres des précédentes excursions. Sèchement, il déglutit et s’empressa de se servir un verre de saké, comme pour calmer la peur qui l’envahissait et les tremblements qui s’emparaient de son corps frêle et usé.

« Encore une fois, Yamamoto-dono, permettez-moi d’insister. Essayez au moins d’obtenir de l’aide de ma population et de mon domaine. Je ne peux pas les forcer à accepter, mais… peut-être pourriez-vous réussir à les convaincre ? Vous êtes quelqu’un de fort et puissant. Cela se voit. Cela se sent. Mais n’oubliez pas : même les plus puissants ont péri sous les coups ravageurs de ce soi-disant Dieu Guerrier... »         

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Massif du Guhiko

Chaud. Froid. Venteux. Caillouteux. Désertique. Escarpé. Le paysage était en constante transformation, créant un sentiment de dépaysement total. Je n’étais parti qu’une journée et il m’avait déjà fallu me couvrir de vêtements, puis me dévêtir avant de me rhabiller. L’ondoyance de la température rendait l’effort plus important que n’importe quel entraînement violent. Ce, avec le manque d’oxygène constant provoquant des crises de paniques régulières où je happais violemment, le thorax en feu, la moindre brise d’air. L’exploration était un supplice. Le soleil frappait et se retirait, comme un adepte pernicieux d’une forme de guérilla encore plus sournoise et lente. La nuit n’allait pas tarder. Je n’avais pas voulu emporter des valeureux – ou de suicidaires – avec moi, malgré l’insistance craintive du nobliau, caché dans son château de pierre. Inutile de mettre en danger la vie d’individus trop traumatisés par une menace invisible, intangible. « Un bruit suspect du vent et ils se seraient sauvés aussitôt… » marmonnais-je dans ma barbe. La solitude, le trajet complexe et la raréfaction de l’oxygène engendrait toutes sortes de réactions ; je me mettais à parler tout seul, comme pour m’assurer de ma santé mentale. La nuit était tombée. Première nuit. Je dégotais une niche creusée dans la montagne, un repaire marqué d’une balise inconnue, pas référencée sur le bout de papier. Je m’asseyais, en tailleur, brûlait quelques brindilles et mangeait une portion de riz issu de mes rations. Il faisait froid. Enveloppé dans quelques couvertures, toujours assis, j’observais le panorama s’étalant devant mes yeux. La montagne écorchée sifflait une mélodie aux airs de requiem. Les quelques arbres meurtris par le vent tempétueux agitaient leurs branches tels des danseurs d’opéra. Cette vision avait quelque chose d’envoûtant. De féérique. De surréel. J’étais seul. Aucune compagnie. Je ne me souvenais pas d’avoir dormis mais je sursautais lorsque le soleil vint me caresser de sa chaleur réconfortante. Je grognais, les muscles endoloris. Deuxième jour. Ecrasé par la grandeur des paysages, je marchais la tête courbée, ne la relevant que de temps en temps, afin de me localiser grâce aux balises. Je ne faisais que monter jusqu’à atteindre une crête accidentée. De là-haut, je me sentais revivre, le rouge aux joues, les lèvres gercées par le vent, les couvertures empilées sur mes vêtements. Au Sud, je voyais s’étendre le monde que je connaissais, que je chérissais mais, derrière moi, je sentais me happer par le Nord ; le monde inconnu. Un monde blanc. Au-dessus de moi, encore plus haut que les nuages, s’élevait un pic rocheux majestueux, recouvert de neige pure. Plissant les yeux, je voyais un fin chemin, à quelques centaines de mètres à la verticale. Cherchant la balise, je la trouvais, sur une paroi abrupte. « | O ». Je me cherchais un autre endroit pour monter mais ne le trouvais pas, l’escalade restait le seul moyen. Jetant un rapide coup d’œil au soleil afin de m’assurer que j’avais le temps de grimper avant d’être envelopper par la nasse d’ombre et la chape de froid de la nuit, j’estimais pouvoir le faire. Cela ne devait prendre que quelques minutes, à condition de garder sa concentration suffisamment longtemps pour ne pas transformer l’exercice en calvaire. Expirant lentement, je commençais l’ascension. Si le début fut assez simple, le reste de la montée devenait un véritable exercice d’équilibriste. Mes mains glissaient parfois. Mes pieds manquaient de me faire chuter. Mes tripes s’entortillaient. Ma mâchoire serrée grinçait. Quinze minutes plus tard, je me hissais au sommet de ce qu’il semblait être un plateau aux promesses mirifiques. Un oasis, une chaleur soudaine, un espace de pure beauté. Je secouais la tête. Un mirage. Un mirage blanc. Il n’y avait rien. Seulement une balise, hâtivement griffonnée dans la roche, ainsi que des restes vieillis de campement. Là encore, je n’avais pas eu l’impression de dormir, pourtant, je sursautais. Troisième jour. Des gerçures commençaient à ouvrir lentement mes lèvres, protégées que faiblement par ma pilosité faciale. Les mains, aussi, se recouvraient d’un givre pernicieux aux allures jaunâtres. Je les frottais malgré la douleur vive. Mon souffle se résumait à un halètement, presque maladif, embué. « Je comprends mieux l’aspect inaccessible de cette vallée… C’est un miracle si je ne meurs pas avant. » Parler me réchauffait un peu, alors que je continuais à marmonner et grommeler dans ma barbe. La traversée du chemin fut plus délicate encore que grimper la paroi, il fallait faire preuve d’agilité et éviter de marcher dans des trous vicieux, n’attendant que votre pas malheureux pour vous emmener décorer le ravin s’étendant en-dessous. Je me frottais contre la montagne, déchirant mes couvertures, cisaillant mes vêtements. Le vent cinglait ma poitrine avec une puissance inouïe, éveillant mes sens à leurs maximums. Je voyais la fin du calvaire arriver avec la descente progressive du chemin. Avec celle-ci, venait la nuit. Je n’avais pas d’autre choix que de continuer, aucun moyen de camper au-dessus du vide, sur une corniche large de deux pieds. La lune me prêtait compagnie lorsque j’arrivais enfin à une grotte naturelle, l’air froid s’engouffrait à l’intérieur mais j’étais trop fatigué pour faire un feu. Je m’assis. J’inspirais. J’expirais. Quatrième jour. La matinée venait de commencer. Je m’élançais de nouveau, assaillis par les crampes, les douleurs et les hallucinations. Je commençais à comprendre. Je riais, nerveusement. Descendant la montagne, l’air se réchauffait ; le vent restait, dans un tourbillon rageur, au-dessus de moi, bloqué par les méandres d’un labyrinthe montagneux. « Ce dieu-guerrier n’est autre que la nature. Il n’y a pas plus puissant qu’elle. Terre-Mère, Ciel-Père. Montagne. Mer. Désert. Elle emporte les hommes à la Mort plus facilement que la Vie ne les met au monde. » Je déambulais au travers de paysage changeant, sans repos. Cinquième jour. J’avais marché sans m’arrêter, sans me reposer, clignant des yeux parfois, fixant une balise pendant plusieurs minutes pour m’assurer de ce que je voyais. Reprenant mes esprits dans un sursaut de conscience, je regardais autour de moi. Une forêt. Verdoyante. Dense. Me sentant repartir dans un état comateux, je cognais puissamment un arbre, m’enfonçant par ce biais quelques échardes dans la main droite. J’hurlais, non pas de douleur mais j’emmenais l’adrénaline à moi, comme une compagne. Je localisais bien assez tôt un endroit pour me reposer, non loin d’une balise encastrée dans un tronc à la circonférence gargantuesque. Je sombrais dans un repos profond.

« La nature est maîtresse de vie. Sens-la avec ton corps, ressens ce qu’elle t’enseigne. Tu ne grandiras pas tant que tu ne maîtriseras pas ce qu’elle a à te montrer. Elle peut te retirer à la vie alors que tu ne t’y attends pas. Elle est la foudre, elle est le feu, elle est l’air, elle est l’eau, elle est la terre. Tu n’es qu’une fourmi dans son étendue. C’est ta déesse. Apprends, regarde la, observe et un jour, tu ne la craindras plus car elle sera ton alliée. »

Je me réveillais, trempé. J’avais sué, beaucoup. Je compris avoir été victime d’un excès de fièvre. Je me remettais debout, un peu chancelant sous l’effort soudain. Levant les yeux au ciel, je remarquais l’astre éclairant le monde à son zénith. Sixième jour. Avec un peu plus de recul, je pouvais mieux cerner dans quel environnement je me trouvais. Loin d’être une forêt, il s’agissait plutôt d’une formation rocheuse complexe où trônait, au centre de ce qu’il semblait être un canyon, des piliers de pierre haut de plusieurs mètres. Là, une marque de main, de la roche brisée gisant sur le sol. Je portais ma main douloureuse à mon visage, intacte à mon grand soulagement, mais quelques morceaux étaient incrustés sous l’impact dans la chair, la faisant saigner faiblement. Rien de très grave, je nettoyais la blessure avec facilité. Par petits bouts, mon errance me revenait. Louant les cieux pour ne pas m’être perdu dans la nature hostile des environs, je me remettais en route avec comme seuls compagnons, des balises gravées, profanes. Je comprenais, maintenant, la telle insistance de Wasashi d’être accompagné. La folie et les maladies traînant dans ces contrées devaient tuer aussi bien que ce gardien à la puissance légendaire. Je traversais cette forêt de colonnades majestueuses jusqu’à arriver à la sortie de la crevasse gigantesque dans laquelle je me trouvais. Il m’avait fallu trois jours de plus afin de m’échapper de la monotonie de l’endroit. Monotone mais déboussolant. Je m’étais perdu plus de fois que je n’aimais le penser. Les balises aidant qu’à moitié, souvent griffonnées à la hâte avant d’être à demi-effacées ou refaites, preuve de l’errance certaine des explorateurs. La porte entre deux mondes. Un goulot d’étranglement entre deux parois rocheuses d’une centaine de mètres de haut. Un étroit passage presque trop petit pour un corps humain. Le soleil commençait à glisser, se couchant tendrement, fatigué. Je tentais d’apercevoir ce qu’il y avait au-delà mais les reflets des rayons m’aveuglaient avec une force inouïe. La balise indiquait bel et bien que c’était le bon chemin, mais avertissait aussi d’un danger imminent en plus d’autres signaux dont je ne pouvais pas comprendre la signification. J’inspirais. J’expirais. Je priais. Je posais mon sac, mes couvertures déchiquetées, mon insigne de Suna, mes rations. Je n’étais plus un ninja en mission, j’étais un apprenti. La nature m’avait humilié, je devais me comporter comme son élève. Sa dernière épreuve m’attendait. Je traversais la passe rocailleuse étroite.

Face à moi régnait la paix. Des rais de lumières venaient illuminer ce qui semblait être un paradis. Une forêt, non pas de hautes colonnes de roches cette fois-ci, mais d’arbres luxurieux, majestueux. Un lac se prélassait, au fond, dans une cuve alimentée par des montagnes blanches formant une ceinture protectrice, jalouse. Seule une sensation angoissante venait me brûler l’échine, comme si quelqu’un, ou quelque chose me regardait. Je tournais la tête. Un temple vétuste, comme façonné par les éléments trônait là, tel un poste de garde. Les têtes de lions garnissant le petit escalier menant à une esplanade de bois étaient couvertes de lierre. La porte était entrouverte, un panneau de papier au dessin ouvragé vieillot, usé par le temps. Je restais là, tant impressionné par le chef d’œuvre que par la découverte de ce fameux paradis sur terre. Un pleur mourut. Je tombais à genoux. Je sourirais.

« Où est donc la dernière épreuve, nature, cruelle déesse. »


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Malgré les moult mises en garde du nobliau Wasashi, force était de constater que Hidenori était dans l’élite des têtus. A cet effet, il avait décidé de partir seul dans ce périple, prêt à braver tous les changements climatiques et les sentes les plus rocailleuses et instables qui s’offriraient à lui. Bah, au moins le civil n’avait rien à se reprocher ; si la vieille branche venait à rencontrer quelques difficultés, il ne pourrait jamais se retourner contre lui. C’était toujours ça de gagné, non ?

Ainsi, par monts et par vaux, le Yamamoto entreprit cette route qui s’avéra être plus longue et périlleuse que prévue. Non content d’affronter le froid puis de grandes chaleurs, il lui avait également fallu ouvrir l’oeil afin de repérer les balises laissées lors des précédentes expéditions. Et Amaterasu savait combien certaines étaient difficiles à percevoir. Mais pourtant, la Barbe Florissante des Dunes s’en était plutôt bien sortie. Peut-être même un peu trop bien, malgré l’ampleur des obstacles. Pentes raides (même pour un Shinobi, les escalader n’était pas des plus évidents), ravins à traverser (encore une fois, même le plus élancé des ninjas ne saurait se targuer d’y arriver facilement), ponts de singe ô combien fragilisés… C’était une vraie épreuve de la nature courroucée qui semblait faire tout son possible pour qu’on ne parvînt pas à arriver à destination.
Après une semaine des plus épuisantes, le vieillard était ainsi parvenu à retrouver un paysage radieux, aux limites du fantasme visuel. Le climat y était doux, les rayons du soleil caressant son corps forgé par la guerre, la flore luxuriante… Un véritable paradis sur le Sekai, en somme. Néanmoins, il n’y avait rien qui pouvait effacer la fatigue qui assaillait le Doyen. D’ailleurs, était-il seulement certain de ne pas avoir sombré dans l’inconscience ? Peut-être que tout ce qui s’offrait à lui n’était là que le fruit de ses rêves les plus fous ? Puis il s’avachit sur un arbre, paume la première. Les quelques échardes lui confirmèrent qu’il ne s’agissait nullement d’une vision onirique. 

Après quelques minutes de ce qui semblait être un repos passager (et très sommaire), un râle d’adrénaline fut poussé par la montagne de muscles. S’aidant à l’aide de sa canne boisée, il s’aventura un peu plus profondément dans ce laissait penser à un fourré fort fourni. Puis l’apogée de son idylle se manifesta : de longs escaliers de marbre s’offrirent à lui, comme surveillés par deux statues aux allures majestueuses de lion. Nul besoin de dire que le vieillard ne se fit pas prier et s’empressa de gravir une à une ces magnifiques marches. Tout en haut se trouvaient deux lourdes portes entrouvertes, ainsi qu’un petit récipient… malheureusement vide. La nourriture se voulait également absente. De plus, la journée était passée bien rapidement et, si le climat s’était montré relativement clément, il n’allait vraiment pas tarder à faire un plus frais… un coup à mourir de froid ici bas. En effet, le temple se trouvait dans une cuvette naturelle où il y faisait très sec ; ainsi, la chaleur grimpait rapidement, mais le gel l’emportait très rapidement également.
Après quelques instants, l’on put entendre des bruits de pas. Des claquements, en fait. Probablement des getas. Après une rapide analyse du rythme et de la différence de son, Hidenori put réaliser qu’il allait avoir deux visiteurs… Autant dire que cela pouvait sembler louche pour une vallée qui se voulait secrète. Et s’il s’était trompé d’endroit ? Ce n’était pas impossible ; on lui avait parlé d’un temple en piteux état, pas d’une merveille pareille. Le binôme ne tarda pas à arriver à la hauteur du Sunajin parcouru de cicatrices. L’un des deux s’empara alors de son sceau et s’enquit de tremper sa « cuillère religieuse » avant de la présenter à l’inconnu.

« M-Monsieur ? Vous allez bien ? Demanda la jeune femme, quoique concernée par l’état de cet homme.
- Ne vous inquiétez pas, nous ne vous voulons aucun mal. Son comparse, plus âgé que la néophyte (cela se voyait de par ses cheveux grisonnants et sa tonsure évidente), rassura l’inconnu, si vraiment il s’était inquiété de leur présence. Son visage transpirait la joie et la bonne humeur. Son regard se montrait compatissant et son sourire, quant à lui, n’indiquait rien d’autre que la compassion. Je me prénomme Kyriosu, s’introduit-il en tirant la révérence.
- Et je suis Kana, enchantée ! Cette dernière ne semblait pas vraiment au fait des us et coutumes religieuses, mais au moins elle était polie. Vous ne devriez pas rester ici, monsieur. Il risque de faire très froid cette nuit !
- Elle a raison, reprit Kyriosu. Peut-être accepteriez-vous de vous joindre à notre monastère quelques jours ? Vous semblez avoir vécu moult aventures en très peu de temps… Je le vois à votre regard. »   

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