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Une journée, une vie • ft. Sanada

Myōshin Junko
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Son œil s’attarda un instant sur le dernier caractère de la page, avant qu’elle ne se décidât à refermer l’ouvrage. Doucement, elle passa sa main sur la couverture épaisse ; elle avait l’esprit ailleurs. Entre ses mains, « Mu Mon Kan » paraissait avoir vécu. Et tandis qu’elle caressait silencieusement sa reliure, il lui semblait sentir le poids des années. Elle se surprit à s’interroger : quel âge avait-elle déjà ? Mais sûrement n’était-ce qu’une impression. Si les écrits qu’il renfermait connaissaient des générations, le livre en lui-même ne devait pas être si vieux.

Elle soupira finalement et se résigna à reposer l’ouvrage là où elle l’avait trouvé, à quelques pas de là. Il renfermait de belles choses, mais pas ce qu’elle cherchait. Une nouvelle fois, elle sortit de sa poche quelques feuilles éparses, reliées par du fil grossier. L’une des pages avait visiblement été mutilée par le feu. Junko posa un regard plein de tristesse sur la feuille noircie. C’était de sa faute, bien évidemment. Sa négligence l’aura punie. Mais voilà qu’elle s’était lancée dans une quête improbable : trouver l’ouvrage dont était originellement issu le feuillet.

Ce n’était pas une tâche facile, car visiblement peu de recueils de Kōan – ces écrits religieux dont le Myōshin-ji observait l’étude – avaient été publiés. Elle en avait découvert trois différents dans cette librairie, pour l’instant. Pourtant, bien qu’il s’agisse de recueils officiels, elle n’avait pas trouvé trace des 10 Kōan qui figuraient sur ses feuilles à elle. A vrai dire, elle commençait à douter de leur authenticité. Etait-ce vraiment le Maître qui lui en avait fait don, ou avait-elle seulement imaginé cet épisode de sa vie ? Les pages étaient réelles et ce n’était pas une écriture féminine. Son esprit était-il si retors qu’elle pouvait modifier son écriture, plongée dans une illusion ?

Il fallait dire qu’elle n’aurait jamais eu le droit de posséder un tel recueil si, après toutes ces années à pratiquer ostensiblement le Zazen et le Samu, le Maître ne lui avait pas finalement fait don de cette collection toute particulière. Comme tout ouvrage du Myōshin-ji, les Kōan qu’elle tenait avaient été écrits à la main. Mais devant l’échec de ses recherches, elle avait le sentiment que quelque chose lui échappait ; avaient-ils été écrits uniquement pour elle, comme pour lui dispenser un enseignement sur-mesure ? Ou alors… S’était-il joué de son innocence en lui offrant un faux ?

Elle soupira de nouveau, un brin agacée par la situation. Elle n’aimait pas perdre son temps et c’était précisément ce qu’elle était en train de faire, à spéculer ainsi. Elle chercha du regard le propriétaire de la boutique. Elle l’avait brièvement salué un peu plus tôt alors qu’elle avait pénétré « La librairie de la Cascade » ; c’était un homme d’un certain âge. Nulle trace de lui malheureusement. Il y avait seulement cet individu, un peu plus loin, qui ne lui inspirait pas grand-chose mais dont elle croyait se souvenir qu’il était déjà présent à son arrivée – elle ne parierait pas là-dessus cependant. Ce qui avait attiré son œil, surtout, c’était cette attitude qu’elle estimait appartenir à un habitué des lieux. A côté, un client exceptionnel comme elle pouvait l’être lui semblait plus distant, plus réticent. Elle s’approcha, presque à regret. S’en remettre à quelqu’un d’autre signifiait lui accorder sa confiance – c’était contre sa nature.

La dame s’éclaircit la voix. « Excusez-moi. » Elle attendit patiemment d’être certaine d’avoir capté son attention, puis continua sur sa lancée. « Vous travaillez ici ? Ou vous connaissez bien les lieux ? Je cherche un livre, mais je n’ai pas de titre, seulement ceci. » Et elle posa devant elle sa précieuse relique. Puis, un brin de condescendance dans la voix – elle commençait toujours par supposer que les gens étaient ignorants –, elle s’expliqua. « Il s’agit de textes religieux pour l’étude et la médiation. J’ai trouvé le Mu Mon Kan dans l’un des rayons, par exemple, mais ceux-ci ne figurent pas dedans. Vous sauriez s’il y a d’autres ouvrages du genre ici ? » Elle avait conscience que la tâche était ardue ; elle posait la question pour ne pas avoir de regret en quittant la librairie.

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Masamune Sanada
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- Arrête de fumer dans les rangées ! Ca jaunit le papier ! S'écria Sugihara en direction du jeune homme à la capuche.

- Ça ne jaunit rien du tout, et puis, c'est les romans d'amour que je range, et ils seront tachés des larmes des lecteurs frustrés de ne pas vivre dans un livre de toutes façons ! Un point pour la rime papi !

Sugihara tenta de garder son sérieux, il criait par réflexe, mais depuis que Sanada traînait sans cesse entre les ouvrages, la librairie n'avait jamais été aussi vivante….et odorante. Il avait l'impression de rajeunir au contact du genin et s'accommodait des excentricités de son protégé. Non sans donner de la voix, par habitude plus que par conviction.

- Je vais chercher une nouvelle cargaison du roman “Le Samouraï de l'Ouest” de ce fameux Eldelweiss.. Peu m'importe l'identité de l'auteur, ses bouquins se vendent comme des petits pains. Et tu me rajouteras un point !Dit-il en ouvrant la grande porte qui donnait sur la réserve et la sortie de service.

Sanada se contenta de secouer la main bien haut en signe d'acquiescement sans quitter des yeux sa besogne. Il avait l'habitude de prendre en main le guichet de vente et maîtrisait les dernières sorties littéraires comme les grands classiques à mesure qu'il avalait, rangée par rangée, les grandes murailles de livres. Il prenait donc plaisir à conseiller les clients qui étaient toujours en nombre. Il avait appris à distinguer les goûts de certains, et savaient par exemple quels romans plairaient au marin qui s'ennuyait pendant les longues traversées entre les îles.
Chaque livre contenait un monde, chaque bibliothèque était un univers. Sanada regardait donc les reliures comme certains regardent les étoiles, à la différence que lui, pouvait sauter d'astre en astre pour visiter d'innombrable mondes.
C'était d'ailleurs l'histoire d'un de ses romans préférés, une jeune fille qui guidait un garçon au travers des pages et se mêlait à l'encre pour transformer les lignes de ces classiques de la littérature du Sekai : "La Bibliothécaire."

Il avait fini de ranger et était en train de choisir sur quel bouquin il allait appuyer sa tête pour un somme quand il fut interrompu par une femme qui avait sans doute le même âge que sa mère. Excusez-moi…Son teint pâle contrastait avec ses cheveux de jais et malgré sa relative petite taille, elle dégageait une aura impressionnante pour le jeune genin.

- Vous travaillez ici ? Ou vous connaissez bien les lieux ? Je cherche un livre, mais je n’ai pas de titre, seulement ceci. Il s’agit de textes religieux pour l’étude et la médiation. J’ai trouvé le Mu Mon Kan dans l’un des rayons, par exemple, mais ceux-ci ne figurent pas dedans. Vous sauriez s’il y a d’autres ouvrages du genre ici ?

Sanada détourna immédiatement son regard du visage de la femme pour observer le feuillet qu'elle tendait. Une envie irrépressible de s'en saisir et de le dévorer vint germer au fond de son esprit. Ces écrits étaient peut-être le premier signe qu'il attendait depuis des mois, la première piste dans la recherche du prophète. Mais, bien sûr, et à l'aide d'Amenko qui lui donna la force nécessaire, il se ravisa et se contenta de répondre poliment et du ton le plus neutre possible.

- Je connais le Mo Mun Kan, j'ai lu les quarante-huit Kōans qui le compose, mais bizarrement, je ne me souviens que d'un seul précisément. Sur ses mots, le jeune genin se mit à réciter du ton lancinant qu'il usait pour psalmodier les chants religieux osmiétistes.

- Qu'est-ce que la voie ?
- La vie quotidienne EST la voie ! répondit Nansen.
- Peut-on l'étudier ?
- Plus tu essaies de l'étudier plus tu t'en éloignes !

- Mais si je ne l'étudie pas, comment saurais-je ce qu'est la voie ?
- La voie n'appartient pas au monde de la perception ni au monde de la non-perception. La connaissance est illusion, et la non-connaissance est pure folie. Si tu veux suivre le chemin qui mène au-delà du doute, tu dois être aussi libre que le ciel ! Le ciel, tu ne dis pas qu'il est bon et tu ne dis pas qu'il est mauvais !



Sanada ria de cette mise en scène quelque peu outrancière et poursuivit.

- Je ne sais pas trop quoi penser de ce recueil pour vous dire mon ressenti. J'ai l'impression que ces croyants prient à coups de marteau sur l'édifice de la pensée religieuse. Certains de ces Kōans semblent tout à fait excentriques. N'ayant pas plus de sens qu'une succession de mots aléatoirement choisis par des illuminés se croyant sages. Signe qu'ils ne le sont justement pas.

L'Osmiétisme ne tournait pas le dos à la philosophie, au contraire, et la mère de Sanada l'aurait réprimandé pour de telles paroles envers une croyance qui avait été acceptée par les dieux. Sanada avait été agacé par la remarque et le ton de l'étrangère et n'avait, pour une fois, pas réfléchi à ce qu'il allait dire. Sans attendre une seconde, il s'inclina avant de s'excuser platement pour ce phrasé qui n'avait pas lieu d'être.

- Pourrais-je voir une de ces feuilles s'il vous plaît ? Il prit délicatement le papier usé et lu à voix haute :

Suum cuique : - Si Grande que soit l’avidité de ma connaissance : je ne puis rien tirer des choses qui ne m’appartiennent déjà,- Le bien d’autrui y reste entier.
Comment se peut-il alors qu’un homme soit voleur ou brigand !


- Cela ne me dit rien. Cependant, nous avons une réserve où nous entreposons les livres les plus onéreux et les anciens parchemins de la collection de Sugihara. Si on peut trouver un “Mo Mun Kan” contenant ces extraits, ce sera assurément là-bas. En dernier recours, il reste les bibliothèques des clans, mais je ne pourrais pas vous aider pour cela. Essayons d'abord ici avant d'être pessimiste, que Mino me pardonne.

Sanada entraîna la femme dans l'arrière-boutique, une des plus belles collections d'Uzushiokagure trônait maintenant devant leurs yeux.
Le genin, qui décelait dans le regard de la femme la lueur de l'amoureuse des livres, l'invita à parcourir les rayons vitrés.
Lui aussi était venu dans ce village avec un morceau de papier extrait d'un livre qu'il ne retrouvait pas, et c'est dans cette pièce qu'il avait trouvée sa pièce manquante, ressuscitant ainsi complètement “Le bateau ivre”, œuvre visionnaire d'un marchand d'arme illégal ayant traversé le Sekai il y a un siècle.

L'idée d'une chasse au livre l'excitait, mais plus encore, ce sont les écrits de la femme qui suscitaient son plus grand intérêt. Les quelques pages qu'elle tenait dans ses mains étaient autant de pistes pour retrouver le prophète.

Et même si cette recherche était un coup dans l'eau, pour celui qui n'avait rien, cela valait tout de même la peine d'essayer.
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Myōshin Junko
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Dès les premiers instants de sa réponse, Junko regretta de lui avoir adressé la parole. Il se fourvoyait magistralement – à tel point qu’elle se demanda s’il n’était pas un charlatan. On ne connaissait pas le Mo Mun Kan. On ne lisait pas les Kōan. Ce n’était ni un poème, ni une prière. Bien au contraire, on pouvait passer des mois, des années à n’étudier qu’un seul d’entre eux, avant d’en saisir complètement le sens. C’était la voie vers l’Éveil. Elle le détailla du regard. Elle n’aurait pas vraiment su dire s’il était un garçon ou une fille avant qu’il prenne la parole, mais maintenant qu’elle l’observait en connaissance de cause, elle songeait que c’était sûrement du fait de son jeune âge. Pas étonnant, il était visiblement dans l’Égarement. Pour cette raison, elle était prête à en rester là et à lui pardonner son ignorance. Après tout, qui pouvait se targuer de savoir ce qui se tramait à l’autre bout du monde sans jamais y avoir mis les pieds ? Oui, elle ferait preuve de bienveillance…

Mais il fit pire encore. Alors, son regard se durcit tandis qu’elle subissait en silence l’imitation presque burlesque d’une scène transcrite dans le Mu Mon Kan. Que croyait-il faire ? Était-ce de l’humour ? Elle n’en avait pas pour ces choses-là – elle n’en avait pas tout court, d’ailleurs. Elle sentit la colère rosir ses joues. Qu’il pense que tout ceci n’était que de la masturbation intellectuelle était une chose. Mais qu’il se permette de faire preuve d’un tel irrespect était au-delà de ce qu’elle pouvait endurer.

D’instinct, elle avait reposé la main sur son bien – le feuillet qu’elle avait apporté –, comme pour le protéger de ses yeux avides. Il ne méritait pas de poser son regard sur le secret de l’Éveil, pas après toutes ses paroles. Cela avait dû lui échapper cependant, car il s’excusa immédiatement. Le mal était fait toutefois, il avait dit ce qu’il pensait réellement. Il faudrait plus qu’une petite courbette pour se faire pardonner – par exemple, trouver l’ouvrage qu’elle cherchait ? « Je reconnais bien là la propension de l’Homme à dénigrer ce qu’il ne comprend pas. Soyez fier de vous, vous êtes le stéréotype de la race humaine. » Sa voix s’était faite cinglante et son animosité était presque palpable. La jeunesse n’excusait pas toutes les erreurs. Puis, après quelques secondes d’hésitation, elle céda finalement et le laissa lire à voix haute l’un de ses Kōan. Elle avait besoin de son aide, autant qu’il avait eu besoin d’une petite remontrance.

Il découvrait le texte pour la première fois. Elle n’eut cependant pas le temps d’être déçue car il lui proposa, dans la foulée, de jeter un œil à la collection de vieux ouvrages du propriétaire. Il était encore trop tôt pour crier victoire mais cela suffit à la réconforter un peu. Il avait raison, accéder aux bibliothèques des clans était une chose ardue. Elle rêvait de se plonger dans celle des Uzumaki, mais ils gardaient jalousement leurs parchemins et elle était très bien placée pour comprendre leur position. Elle le remercia ; elle s’imaginait qu’on n’ouvrait pas la porte de la réserve au premier passant, aussi prenait-elle la mesure du service qui lui était rendu.

Quelque chose dans la formulation de sa dernière phrase retint cependant son attention. Que Mino me pardonne. L’expression était quelque peu étrange et il lui semblait que le nom de Mino lui était vaguement familier. Elle n’arrivait néanmoins pas à mettre le doigt sur ce qu’il signifiait et cela la contraria légèrement.

La réserve était belle. Avant de s’approcher et de s’intéresser plus en détail aux titres des œuvres, la dame s’accorda quelques instants sur le pas de la porte pour l’embrasser du regard. Elle aimait l’odeur qui se dégageait de cette pièce. Il lui sembla que le temps se suspendait, voire même qu’elle le remontait pour rejoindre, des années auparavant, la bibliothèque du Myōshin-ji. Oh, ce n’était certainement pas la même chose, bien sûr, mais l’émotion était là. Elle suivit l’indication du jeune homme et s’approcha des livres posés derrière un verre protecteur. Elle demanda, à tout hasard, pour briser le silence : « Avez-vous eu la chance de lire certains de ces livres ? Ou est-ce défendu de les toucher… » Elle continua son exploration des rayons.

C’est lorsque ses yeux rencontrèrent un très vieil ouvrage au sujet de l’histoire du Temple du Bois Bleu et qu’elle se remémora son éducation religieuse que Junko eut une illumination : Mino était le nom du Dieu de la Connaissance, qui œuvrait aux côtés de Karo, Amenko, Shinsei, et Jacin. Cependant, il ne s’agissait pas de sa religion – ses connaissances sur le sujet s’arrêtaient d’ailleurs à ce qu’on lui avait très brièvement enseigné. Mais cette révélation n’arrivait pas seule : ce garçon était-il un osmiétiste ? Elle se tourna vers lui. « Êtes-vous croyant ? Croyez-vous qu’il existe des Dieux et seulement ces Dieux ? » C’était une question plutôt insolite, aussi précisa-t-elle sa pensée. « Cela expliquerait votre réticence à accepter la philosophie des Kōan, qui font partie de la pratique d’une religion différente de la vôtre. » Et après une courte pause, elle estima qu’il serait certainement plus en confiance si elle faisait, elle aussi, un effort. Alors, elle ajouta : « J’ai été élevée dans un monastère. C’est l’un des Maîtres qui m’a offert ce livret. Je suppose que cela n’excuse pas mon emportement de tout à l’heure… Sachez cependant que ce n’est pas seulement moi que vous avez blessée, mais également tous ces hommes qui se soumettent, chaque jour, à une discipline implacable, au fin fond de la montagne des Dieux. » Un voile de tristesse passa devant son regard. Le pays lui manquait.

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Masamune Sanada
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- Je reconnais bien là la propension de l’Homme à dénigrer ce qu’il ne comprend pas. Soyez fier de vous, vous êtes le stéréotype de la race humaine.

La remarque avait sonné comme un coup de canon dans l'esprit de jeune homme. Voilà ce qu'il haïssait chez ces moines et dans ce dogme. Cette propension à se croire supérieur au mortel par l'étude nombriliste de leurs propres esprits.
Il avait envie de lui crier que peu lui importait l'avis d'une inconnue, lui ne croyait pas, il savait. Il était à un âge où les certitudes étaient autant neuves que tenaces, et il n'allait pas se laisser faire, c'était elle qui était venue le chercher et qui l'insultait maintenant pour ne pas avoir employé les bons mots.
Il la regarda observer les vitrines. Elle avait l'air captivée, s'arrêtant plusieurs fois pour admirer un ouvrage de plus près.

- Avez-vous eu la chance de lire certains de ces livres ? Ou est-ce défendu de les toucher…

- Je peux vous fournir des gants de soie si vous voulez les feuilleter. Dit-il en allant ouvrir une commode ouvragée qui se tenait dans un coin de la pièce.

- Êtes-vous croyant ? Croyez-vous qu’il existe des Dieux et seulement ces Dieux ? Cela expliquerait votre réticence à accepter la philosophie des Kōan, qui font partie de la pratique d’une religion différente de la vôtre. J’ai été élevée dans un monastère. C’est l’un des Maîtres qui m’a offert ce livret. Je suppose que cela n’excuse pas mon emportement de tout à l’heure… Sachez cependant que ce n’est pas seulement moi que vous avez blessée, mais également tous ces hommes qui se soumettent, chaque jour, à une discipline implacable, au fin fond de la montagne des Dieux.

Sanada prit quelques secondes pour réfléchir. Il fut agacé par un insecte qui fonçait dans une lanterne, produisant des petits tics à un rythme régulier. Il ne savait pas quoi répondre, il avait envie de dire oui, et de lui expliquer en quoi sa croyance à elle était un châtiment pour le bon-sens, que cette quête d'une apparente grande humilité était entièrement tourné vers l'en-soi. Que l'arrogance de vouloir défaire les fils que Jashin tissait lui-même était un affront que même les bêtes n'osaient pratiquer.
Mais il avait besoin de ces notes, de les lire, de comprendre si, à tout hasard, ne se cachait pas une information sur le prophète, une piste qu'elle n'avait pas vu. Les dieux omnipotents, pouvaient semer des signes dans les cieux comme dans des écrits blasphématoires.
Sanada n'en voulait pas aux moines reclus. Les dieux avaient décidé de les emprisonner par l'esprit dans une aventure spirituelle où ils se voyaient comme leur propre guides, alors qu'ils suivaient le tracé exact que les divinités avaient modeler pour eux, comme ils guidaient l'astre, l'arbre ou la fourmi.

- Je suis un croyant, Osmiétiste qui plus est, comme vous l'avez deviné. Mais cela est assez vague, il y a autant de religions que de pratiquants, seuls l'adoration des Cinq et de leur £egoks nous regroupent sous cette appellation. Je suis encore une fois désolé, mais ce qui me désole, c'est avant tout votre air outré quand il s'agit de rire. Vous pouvez penser que c'est blasphémer que de plaisanter sur une croyance,et je respecte cet avis. Vous ne pouvez l'imposer aux autres cependant. Je ne pense pas que l'on puisse parler de religions concernant celui qui pense que, reclus, dans la prison de son esprit, il trouvera la clé des cieux pour y rejoindre les divins. L'Osmiétisme accepte toutes les croyances, même celles qui sont enfermées sur elles-mêmes et ne pense autrui que comme une illusion ou un tremplin vers les cieux.
Il se tut un moment pour inspirer une longue bouffée de fumée, seul le tintement du minuscule volatile sur la lanterne accrochée à la porte venait rompre le silence. Enfin, il reprit son monologue inquisiteur en regardant la femme dans les yeux.
Il avait dû se taire toute sa vie face à sa mère et ses diatribes, encore maintenant, il lui obéissait, au nom des dieux et au doigt et à l'œil alors même qu'il n'avait jamais reçu la moindre marque d'affection de la part de celle-ci. Il ne laisserait personne empiéter sur sa religion, c'est tout ce qu'il avait, tout ce qu'il avait toujours eu.

- Je ne veux pas insulter votre croyance, je souligne simplement l'incompatibilité de la mienne avec la vôtre. Voyez-vous, un homme ne saurait devenir un dieu, et encore moins en s'asseyant sous un arbre.Croire que l'individu puisse atteindre l'illumination par lui-même est un leurre. C'est croire que vous êtes libre. Le moine qui se croit libre est l'astre qui suit la course que les dieux lui ont donnée en pensant que c'est son choix. Quelle est cette doctrine qui place l'humilité comme l'essence de la sagesse et se donne pour but de devenir un dieu et pour capacité celle d'outrepasser les actions divines ? La religion des Omura, elle, tente de comprendre les rouages des dieux, ils ont déjà, pour moi, une vision plus pure de la liberté, connaître les chaînes avec lesquelles les dieux nous ont enfermé. Un divin pourrait comptabiliser toute la chaîne d'évènement qui vous a conduit jusqu'ici. Aviez-vous vraiment le choix ? De naître où vous êtes née ? D'avoir entendu ce que vous avez entendu ? D'avoir appris ce que vous avez appris ? Croyez-vous que la chance vous a menées dans cette pièce ? Je crois que Jashin a tissé les fils de notre destin en un noeud, et nous voilà.

Le silence revint, vite cassé par le bourdonnement et les coups que l'insecte donnait toujours sur la lanterne.

Sanada se rapprocha soudain de la source de lumière, c'était un minuscule fanal des plus classiques. Un dôme de verre entourant une bougie, maintenant ainsi droite, régulière et à l'abri des coups de vent la flamme lumineuse. Il invita la femme à le rejoindre et colla sa tête contre le verre en chuchotant :

- Lui aussi se croit libre d'aller vers la lumière, lui aussi croit que son vol et ses essais, ses innombrables coups finiront par percer le verre et qu'enfin, il deviendra ce qu'il doit être.
Il suivit des yeux la course de la bestiole qui formait un cercle. Elle se ruait sur la bougie, se faisait bloquer par le verre compact, repartait prendre de l'élan et ainsi de suite.

- Mais si elle fonce vers la lumière, ce n'est pas parce qu'elle le veut, c'est parce qu'elle est irrémédiablement attirée vers elle, c'est dans sa nature la plus profonde. Croyez-vous que nous sommes plus libres qu'elle Sama ? Demanda-t-il en la regardant sincèrement intéressé par la réponse. Et quand bien même un géant viendrait ouvrir la porte des cieux...
Sanada retira le couvercle transparent qui maintenait la flamme. L'insecte, ivre du déracinement de ses entraves, se projeta une dernière fois vers la lumière et après un dernier bourdonnement provoqué par la chaleur de l'incandescence, il s'effondra sur le sol, gesticulant ses minuscules pattes quelques secondes avant de s'immobiliser complètement.

- …. Voilà à quoi ressemble votre illumination. Dit Sanada dans un souffle avant de remettre le dôme en place.

Sans un sourire, il lui tendit les gants de soie.

- Vous pouvez regarder tant que vous le désirez, demandez-moi lesquels vous intéressent, je vous ouvrirai la vitrine.
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Myōshin Junko
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Ainsi elle avait vu juste, c’était un osmiétiste. La dame n’était cependant pas au bout de sa peine avec ce garçon. Il semblait bien décidé à mener sa croisade, fût-ce seulement par les mots. Malheureusement pour lui, Junko n’était pas du genre à laisser passer pareille occasion de se battre. Elle aimait la guerre, même philosophique. Et elle avait tendance à briser tout ce qui pouvait l’être.
Elle le laissa mener sa démonstration de bout en bout. Dans ce genre de conversation, il était important de laisser l’autre exprimer pleinement son propos. Il fallait saisir l’entièreté du raisonnement pour en trouver les failles. Inutile donc de l’interrompre pour pinailler sur tel ou tel détail.

Alors qu’il achevait son monologue et qu’elle contemplait le corps inerte de ce qui avait été un insecte plein d’espoir, quelques instants auparavant, elle dut bien admettre que le jeune donnait remarquablement corps à son propos. Une telle théâtralisation, avec la mort de l’invertébré comme apothéose, lui donnait la chair de poule. Elle prit les gants qu’il lui tendait, sans grande conviction cela dit. Étrangement, sa quête était passée au second plan. Et alors qu’elle aurait dû sentir l’excitation monter en elle et se ruer sur ces fabuleux ouvrages qu’elle rêvait de lire, elle restait plantée là, à l’observer, l’air grave. Elle cherchait les mots justes. Elle n’avait pas peur de blesser son amour-propre, mais elle ne voulait pas non plus qu’il mésinterprète sa réponse.

« Vous avez dit, si je me souviens bien, que nos croyances sont incompatibles. Je crois, au contraire, que toutes les croyances sont analogues. Leurs noms et leurs formes peuvent changer, mais les Dieux sont les mêmes dans toutes les religions. Seule l’interprétation que font les Hommes de leur présence – ou de leur absence – donne naissance à des écoles différentes.
Ce qui vous dérange, dans ma croyance, c’est que l’homme cherche à devenir un Dieu. Mais c’est faux. Vous pensez cela, parce que vous supposez qu’il n’existe que vos Dieux, en nombre limité. Du point de vue de ma religion, Dieu est en toute chose. L’Éveil – ou l’illumination, comme vous l’appelez – n’est que la prise de conscience de sa nature profonde. Nous ne nous hissons pas au rang de divinité car nous en sommes, tous, une partie.
»

« Maintenant, considérons votre religion. Supposons que Dieu ne soit qu’en cinq entités, parmi toutes celles qui peuplent le monde. Pourquoi détermineraient-elles la vie des Hommes, parce qu’elles sont plus rares ? En quoi cela fait d’elles les êtres plus aptes à décider de ce que deviennent nos vies ? Vous savez, le fatalisme est une chose lâche. Aujourd’hui vous avez tué un insecte, demain vous tuerez un homme. Mais tout ceci n’est pas de votre faute, car une entité supérieure l’a décidé à votre place. Vous fuyez vos responsabilités.
Mais admettons. Jacin est le maitre de notre destin. Alors, qu’est-ce qui fait de vous ce que vous êtes ? Si tout est déterminé à l’avance, qu’est-ce qui vous appartient vraiment ? Rien. Votre vie appartient à un Dieu. Votre apparence appartient à un Dieu. Vos pensées appartiennent à un Dieu. Qu’êtes-vous, alors ? Rien ? Je dirais plutôt que, puisque vous Lui appartenez, vous êtes une partie de Lui.
Comme je le disais, nos croyances ne sont pas incompatibles. Tout est une question d’interprétation. En ce qui concerne l’insecte, vous aviez le choix : le tuer ou lui montrer la Voie. En prenant conscience de sa nature, l’être prend également conscience de la nature de tout ce qui l’entoure. Qui sait, il serait peut-être mort de la même façon, mais du fait de sa propre volonté, pas de la vôtre.
»

« Quant à ce qui s’est passé un peu plus tôt, je ne crois pas que ce soit un blasphème et je comprends parfaitement la nécessité de la caricature : toute chose a ses défauts, et il peut être intéressant qu’un œil extérieur les mettre en exergue sur un ton léger. Encore faut-il comprendre ce que l’on caricature. Ce que vous faites, vous, et ce que je reproche très précisément au genre humain, cela s’appelle préjuger. La preuve en est que vous ne savez même pas que l’Éveil n’est pas la finalité mais le commencement et que ce n’est pas un objectif personnel mais collectif. Vous avez le droit de ne pas savoir, bien sûr, et j’étais prête à pardonner votre ignorance d’ailleurs. Mais vous avez choisi de vous réfugier derrière l’un de vos préjugés plutôt que d’admettre votre ignorance et, à ce moment-là, vous êtes devenu irrespectueux. C’est cette attitude que je condamne. Celle-là même qui pousse les nations à s’entre-déchirer sans raison. »

Elle se tut alors enfin. Elle avait parlé longtemps – trop peut-être. C’était un sujet qui lui tenait à cœur et elle se laissait facilement surprendre par ses passions. Peut-être avait-elle paru dure, par moments. Mais elle avait parlé comme elle l’aurait fait s’il avait été son fils et comme elle-même avait été éduquée. A n’en pas douter, les moines auraient été fiers d’elle… S’ils n’étaient pas trop occupés à comploter dans son dos.

Elle enfila tranquillement les gants de soie et s’approcha d’une vitre. « Qu’est-ce qui vous a amené à croire en Dieux, si ce n’est pas indiscret ? »

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Masamune Sanada
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« Qu’est-ce qui vous a amené à croire en Dieux, si ce n’est pas indiscret ? »

La femme parla longuement, de manière calme et posée. Ses paroles, à la fois profondes et argumentées, témoignaient de son intérêt et de sa connaissance pour les questions théologiques. Sanada avait certes quelques cours de philosophie avec Rokuro, mais aucun des monologues de la Miyamoto ne l'avait autant stimulé.
Une partie de lui méprisait l'étrangère pour sa vision biaisée de la réalité, pour son apprentissage au sein d'une institution. Apprentissage qui réduisait la foi en une flopée de rituels et autres idolâtries. Sa mère, touchée par la grâce, n'avait jamais eu besoin du temple du Bois Bleu, ces mécréants avaient même refusé l'évidence, et avaient fermé les portes du temple à la pythie des dieux qu'ils étaient censés honorer la prenant pour une charlatane.
Une autre partie de lui-même admirait cette femme délicate en apparence, mais pourtant si brutale. Elle n'hésitait pas à dire ce qu'elle pensait et traitait Sanada comme un égal, là où la plupart des aînées auraient invoqué leurs expériences comme arguments d'autorité. Elle se fourvoyait de chemin pour le jeune homme, mais au moins, son sentier était droit et net.

Le genin faisait les cent pas, en prenant garde de ne pas écraser l'insecte gisant au sol. Minutieusement, il tentait de se souvenir des arguments de sa contradictrice pour organiser sa réponse. Elle faisait preuve d'une clarté et d'une maîtrise du sujet qui méritait qu'on s'y attarde et Sanada, derrière son masque de certitude, devait admettre que cette conversation le forçait à comprendre son propre raisonnement. À questionner ses propres convictions.

Les idées tournoyaient dans sa tête tandis qu'il préparait sa contre-attaque. Il se dirigea vers l'étagère derrière le bureau pour y chercher un service à thé. Loin de vouloir paraître agressif et méfiant, il l'invita cordialement à boire avec lui. Il prenait un plaisir étrange, comme si l'étrangère aux cheveux de jais lui titillait les attaches qui encraient ses convictions au kunaï. Comme si, elle le forçait à consolider ce qui était le socle de sa croyance. Comme si les dieux l'avaient placée ici, après la rencontre avec Mifuyu, comme un test contre sa foi. Il tira une longue latte sur son calumet qu'il retint, il avala une gorgée de thé et recracha la fumée juste après, laissant les arômes des plantes se marier dans son palais, puis il prit la parole.

- Il y a simplement une chose que je ne comprends pas dans votre raisonnement. Une chose qui peut paraître déraisonnable pour l'esprit de l'homme. Je vous rejoins sur le fait que nous soyons tous une partie du divin et que ce monde abrite le divin dans chaque lopin de terre, dans chaque vague qui s'écrase sur le sable, dans chaque insecte, dont celui-ci. Il désigna de son calumet la bestiole qui gisait toujours à terre. Peut-être alors notre foi est entièrement vouée au même dessein et adore la même chose, bien que nous la voyons différemment. En ce qui concerne les dieux, je dois avouer que je ne peux pas vous répondre. Je ne sais pas pourquoi le monde a été créé par ces divinités, et je pense que cela échappe à notre entendement. Mais si les dieux sont partout, ils ne peuvent être que les Cinq et leur Legoks, il y a donc une incohérence, pour l'esprit humain. Je crois que les penser comme “entité” revient déjà à vouloir les enfermer dans notre esprit. Voilà un des sentiers qui perd l'homme. Vous parliez de “liberté” tout à l'heure et pourtant, ce mot, même, est une entrave à cette idée. Vous enfermez la liberté, comme vous voulez humaniser les dieux. Tout doit pouvoir tenir dans un esprit, fut-il plus étriqué que ce cadavre dans votre philosophie. Dit-il en pointant une nouvelle fois son calumet sur l'insecte inanimé.
.
- Et pourtant, si vous dites vrai et que nous sommes une partie d'un tout, tout en étant libre, comment se fait-il que le soleil ne zigzague pas à l'horizon comme bon lui semble ? Comment se fait-il que les nuages ne descendent pas voir ce qu'il se passe sous la terre ? Que l'hirondelle ne se mette pas à nager et le requin à grimper aux arbres ? La liberté comme acte fondateur est une illusion, tout découle de l'acte divin de création. L'homme n'est que réaction, de son premier souffle à son dernier, comme l'hirondelle ou le requin, comme le soleil et les nuages. Rien de plus, rien de moins. Nous ne sommes pas un “empire dans un empire” pour citer un auteur du Sekaï Baru Inoza, nous sommes partie intégrante de ce monde et nous sommes soumis aux mêmes lois.
La responsabilité, je l'ai déjà ressenti, comme émotion humaine. Rien ne me dit que ma morale est en adéquation avec l'ordre divin ? Au contraire, si l'on regarde la divine nature, aucune violence n'est “méchante”. Rappelez-vous donc le Koan, que j'ai récité avec une once d'ironie, je vous le consens et m'en excuse. Mais que disait-il ? Le ciel, tu ne dis pas qu'il est bon et tu ne dis pas qu'il est mauvais ! Or, je crois que ce Koan rejoint parfaitement ce que je dis. Il faut être comme le ciel, parfaitement conscient d'être soumis aux lois des dieux. La mort ou la Voie. Mais peut-être que sa mort était cette “Voie”. Je n'ai rien fait d'autre que d'illustrer ce que je vous disais. Sans notre rencontre, sans cette discussion, cet animal aurait probablement survécu. Et pourtant, toutes les causes ont menées à ce dénouement, et la responsabilité, si elle existe, n'est que dans l'action originelle qui a provoqué toutes les autres. Si vous ne voulez pas prendre cette charge divine, je la porterai, sans fierté, mais avec la résignation d'un digne serviteur du bal cosmique. Je ne fais que jouer la partition, je ne prétends pas créer un interlude dans la symphonie des cieux.

Sanada laissa un temps de silence pour pouvoir tremper ses lèvres dans le liquide chaud. L’étrangère écoutait attentivement et lui laissa le temps de reprendre le fil de son développement. Malgré le ton froid et la tension palpable qui régnait entre les deux croyants, un climat presque cérémonial s’était installé. Aucun n’avait l’outrecuidance de couper l'autre dans sa réflexion. Ce combat théologique prenait les allures d’un affrontement codifiés, où l'honneur suprême était de respecter les règles de la bienséance et du respect. Se plongeant dans le regard profond de la femme, il reprit la parole.

- Si nous sommes donc partie d’un tout, mais pourtant les seuls à pouvoir jouir de cette liberté, de ce pouvoir de créer une chaîne d'événements, alors nous sommes plus qu’un arbre, que le ciel ou le soleil. Ce que vous reprochez au genre humain, pour reprendre vos mots sama, c’est de préjuger. Et je ne vous ferai pas offense en vous rappelant que vous êtes vous-même de ce genre. Doter l'homme du pouvoir de liberté et affirmer que celui-ci fait partie d'un tout, c'est affirmer que toutes les parties de ce tout sont libres, je crois que c'est apporter un désordre que le monde ne saurait supporter. Vous-même, vous savez que la lumière disparaîtra ce soir pour renaître demain, la mort de cet insecte n'était pas bien différente. Un pas de danse ordonné par le bal céleste, je ne fais que tenter de suivre le mouvement, en l'acceptant…. Quant à la guerre entre les nations, je crois que cela vient du fait que l'homme veut obéir. Je dirais même qu'il en a besoin, la hiérarchie est partout, elle rampe des maisons, aux casernes en passant par les châteaux et se faufile jusque dans les temples. Ceux qui ne se soumettent pas aux dieux finissent toujours par se soumettre aux hommes disait ma mère. Ce n'est pas le préjugé qui fait la guerre, c'est l'obéissance aveugle, et rien ne saurait leur rendre la vue, car c'est un voile céleste qui s'abat sur leurs regards. Je ne le comprends pas. Mais c'est tout à fait normal, si je suis une partie comme vous dites, je ne suis pas le tout, et la raison divine m'échappe.

Sanada se leva et se dirigea vers une petite vitrine qui contenait une seule page manuscrite, il ouvrit la porte de verre avec la plus grande délicatesse et invita l'étrangère à se saisir de ce morceau d'histoire.

- Je ne vous surprendrai pas si je dis que c'est ma mère qui m'a tout appris et qui est la source de ma foi. Comme la louve apprend à ses petits la chasse, la mienne m'a appris à croire. Dit-il dans un sourire sincère.

Malgré les remarques acerbes qu'ils s'envoyaient, il ressentait une certaine proximité avec cette croyante qui ne permettait, pas plus que lui, les affronts sur sa foi. Si elle pouvait considérer, à raison, que la doctrine du jeune homme était une tanière évitant à l'esprit de se confronter au choix, lui trouvait sa pensée d'un courage et d'une hardiesse folle. Le champ des possibles s'ouvraient, certes, mais derrière le rideau de la liberté, le genin ne voyait que la peur du chaos.

- C'est un texte manuscrit qui date de l'ère du sage des six chemins, on dit que l'auteur était un vagabond vivant dans un tonneau parmi des chiens d'une sagesse telle, qu'il fut une étape importante dans la vie du sage et sa compréhension du chakra. Je crois qu'il a été retrouvé dans un monastère des montagnes sacrées de Funaki.

Parchemin:
 

Il lui laissa le temps d'admirer cette antiquité sauvée des flammes et rachetée à fort prix par le vieux libraire. Sanada resservit le thé.

Il hésitait depuis de longues minutes à lui demander pourquoi elle avait quitté le monastère, avec la tension permanente de la discussion, il ne voulait pas envenimer les choses, elle avait été très patiente et étonnamment à l'écoute, ce qui honorait ses paroles du poids des actions et rendait son discours d'autant plus cohérent, mais elle n‘en restait pas moins une habitante du village de shinobi et pouvait même être une gradée du village.

Pourtant, la tentation était trop forte et Sanada retourna vers l'étrangère.

- Si je puis me permettre sama, pourquoi ne pas demander à votre maître ou à votre monastère directement sur ces Koan ? Pourquoi avoir quitté la quiétude d'un temple pour le monde extérieur et ses luttes de pouvoir ?
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Myōshin Junko
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Pour la première fois depuis leur rencontre, Junko sourit. Cela pouvait paraître étrange mais, pour un esprit comme le sien, ce qui se déroulait dans l’intimité de la réserve avait un quelque chose d’excitant et de satisfaisant. Si, au départ, elle s’était sentie moquée et en avait été profondément affectée, à présent elle prenait un certain plaisir à débattre de la place de l’Homme avec ce garçon. Elle avait perdu son pari, en quelque sorte – celui de l’ignorance des êtres humains. Bien sûr, elle lui trouvait des lacunes, notamment dans la logique de son raisonnement, mais il persévérait et elle ne doutait pas de la sincérité de sa foi. C’était, à vrai dire, un fait remarquable pour quelqu’un comme elle, qui n’accordait jamais sa confiance.

Elle porta la tasse qu’il lui avait généreusement offerte à ses lèvres, tout en écoutant la fin de son discours. Il faisait erreur quand il lui attribuait l’utilisation du mot « liberté », car Junko n’utilisait jamais que celui de « volonté », mais elle ne lui en voulait pas. Après tout, elle comprenait ce qu’il essayait de dire, même si à ses yeux ces deux mots renfermaient des significations bien distinctes.

Elle profita du moment de contemplation du manuscrit retrouvé aux montagnes sacrées de Funaka, pour lui répondre partiellement. « Je crois que nous pouvons nous accorder sur un point, au moins : le langage limite les concepts et leur colle une étiquette qui, souvent, se révèle bien éloignée de leur réalité. C’est vrai pour « entité », pour « liberté », mais également pour tous les mots que nous employons. C’est un mal nécessaire, sinon nous ne nous comprendrions pas. Encore que, d’une personne à une autre, un mot n’a pas le même sens… Cela dit, je suis d’accord avec vous, c’est une limitation. Certains Kōan n’existent que pour réaliser cette prise de conscience. » Elle frôla délicatement le manuscrit de sa main gantée.

« En ce qui concerne la liberté, je répondrais simplement que toute chose a une volonté. Avoir la possibilité de faire quelque chose ne signifie pas le faire obligatoirement. Entre la liberté et l’action concrète, il y a de nombreux phénomènes qui entrent en compte, à des degrés différents selon les êtres : le désir, la raison, la morale, ou encore la connaissance. On ne peut pas simplement balayer ces concepts au prétexte qu’un Dieu déciderait de nos réactions.
Et si je sais que demain le Soleil reviendra, sans zigzaguer comme vous voudriez qu’il le fasse, c’est parce que je crois que le Soleil est un être éveillé. Il connait sa nature, comme celle des autres choses du monde. Et il est dit que lorsque l’on connait sa nature, nous n’avons pas la volonté d’être autre chose. Nous sommes, simplement. Cela ne signifie pas que tout est déterminé, pour autant.
» Elle sourit de nouveau, avant de continuer : « Qui sait, peut-être sommes-nous tous deux dans l’erreur. Peut-être que la vérité est ailleurs… Le tout, c’est que chacun trouve sa place, j’imagine. »

Cela aurait pu être la conclusion d’une belle discussion. Mais son sourire, si sincère l’instant d’avant, se figea soudainement. Juste retour de bâton, elle avait été curieuse à propos de sa foi, et il l’était à son tour. Oui, pourquoi être partie, Junko ? Et comme à chaque fois que l’on mentionnait son temple, la tristesse l’étreignait. Pourquoi avoir quitté ce lieu qu’elle chérissait ? Son poing se serra et elle sentit ses ongles marquer sa chair. « J’ai commis des erreurs. » répondit-elle simplement.

Elle fit mine de s’éloigner, se ravisa. Avait-elle vraiment commis des erreurs ? Que lui reprochait-on encore ? Elle regarda le garçon, indécise. Les émotions se bousculaient et il lui était difficile de faire un choix. Les souvenirs étaient douloureux, évidemment. Mais il y avait autre chose également ; elle se mettait à douter du garçon. Cela pouvait paraître absurde, mais pour elle cela ne l’était pas du tout. Toute cette discussion, toute cette mise en scène… Était-ce un moyen de l’atteindre ? Elle avait cru à sa sincérité. Mais, était-ce réel ? Elle tâchait de rester impassible, mais cela ne prenait pas. « Je devrais partir… A l’évidence, je ne trouverai pas ce que je cherche ici. » Elle fuyait, comme à son habitude. Dans un geste qui se voulait calme mais qui fut brusque en réalité, elle retira les gants de soie.

Elle était sur le pas de la porte de la réserve, quand elle fit volte-face. Elle se sentait désolée pour ce garçon. Désolée de ne pas lui faire confiance, alors qu’ils avaient partagé leurs pensées les plus intimes – leurs croyances. Lui aussi, il devait se sentir trahi, certainement. Alors, elle revint sur ses pas. Elle lui devait bien ça, certainement. « Vous êtes quelqu’un de raisonnable, jeune homme. Votre mère vous a bien élevé. J’ai eu ma chance, également, mais… Il semblerait que je n’ai pas été à la hauteur. » Elle inspira profondément, comme pour éviter que l’émotion ne la gagne. Elle avait dit les choses à demi-mot, mais il était intelligent, il comprendrait qu’elle parlait de son propre fils.

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Masamune Sanada
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Il devait se rendre à l'évidence, si cela était une confrontation idéologique, elle avait gagné haut la main.
Pourtant, loin d'être en colère et déboussolé, Sanada trouvait dans ses mots un souffle nouveau. Toute sa vie, il avait écouté sa mère sans remettre sa parole en cause, sans vraiment réfléchir contre lui-même. Sa génitrice parlait souvent de philosophie, elle lui avait enseigné toutes les pensées des grands savants des îles. Pourtant, si dans le discours, sa croyance glorifiait l'interrogation et la remise en question de toutes choses pour atteindre la vérité, en acte, il agissait comme un inquisiteur, toisant avec mépris tout ce qui ne s'apparentait pas à sa doctrine.
Il récitait les versets comme un enfant révise sa leçon, il prononçait des mots, vidées de leur contenu par l'absence de réflexion.
Sa mère lui répétait inlassablement qu'il ne comprenait pas l'essence des dieux, qu'il devait dès lors se contenter d'obéir et de les servir.

Pour conjurer ce qui était pour lui, un blasphème, il s'était réfugié dans la croyance aveugle, ne retenant que les écrits qui soutenaient sa pensée. Pourtant, la voie des dieux semblait être l'interrogation, et c'est avec émotion qu'il se rappela une pensée que sa mère lui répétait souvent quand il était plus jeune. Il l'avait oublié par fainéantise ou par peur du courroux des dieux, mais à ce moment précis, regardant l'étrangère éclairée par la lueur doré de la bougie, elle lui apparaissait comme l'évidente première marche qu'il avait sauté pour atteindre l'antichambre des cieux.

" Penser c'est dire non. Remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran au prêcheur? Ce n'est que l'apparence. En tous ces cas-là , c'est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l'heureux acquiescement. Elle se sépare d'elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n'y a pas au monde d'autre combat . Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives , ses brouillards , ses chocs détournés, c'est que je consens , c'est que je ne cherche pas autre chose.Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c'est que je respecte au lieu d'examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence.”


La psalmodie intérieure du genin fut conclue par l'étrangère qui s'adressait avec calme et sagesse. Ses mots avaient la douceur de l'eau et l'impact d'un tsunami sur la conscience embaumée de fumée du jeune homme.

- Qui sait, peut-être sommes-nous tous deux dans l'erreur. Peut-être que la vérité est ailleurs… Le tout, c'est que chacun trouve sa place, j'imagine.

Trouver sa place. Être le serviteur des dieux et de leurs desseins ou être un homme libre ? Devenir ce qu'il voulait être ou ce qu'il était ? Les questions se bousculaient dans l'esprit du genin qui était partagé entre un mélange d'horreur à l'idée de reprendre, depuis les fondations, le temple de sa croyance, et la perspective enivrante de liberté que cela impliquait.
Peut-être était-il dans l'erreur, lui qui avait acquiescé aux ordres de la voix maternelle sans jamais tenter de comprendre. Lui qui n'avait jamais, même dans l'esprit, osé dire non. Lui, qui, selon sa propre religion, n'avait jamais pensé, par peur du blasphème.

Sanada croyait avoir posé une simple question, cependant, il se rendit compte de son manque de tact à la réaction de la jeune femme. Ses traits se crispèrent, et elle se contenta de répondre doucement.

- J'ai commis des erreurs.

Il la vit s'éloigner puis revenir, vraisemblablement en proie à une lutte intérieure. Sanada ne savait pas trop pourquoi, mais il aurait voulu la retenir, que ce moment hors du temps et du village dure encore, il voulait se sentir homme libre, défiant sa propre doctrine, pour mieux se l'approprier. Loin d'être le personnage arrogant qu'il croyait, elle était la barque qui l'avait éloigné de la montagne, et voilà maintenant qu'avec le recul, il distinguait le mont, sa grandeur, et l'ascension qui lui restait à parcourir.

Elle ne pouvait pas partir, pas si précipitamment, pas comme ça.
Seul, au large, distinguant à peine la cime de la montagne, il allait se noyer dans l'espace infini des abîmes de sa pensée.

Elle retira ses gants de soie avec empressement, comme s'ils étaient soudain devenu incandescents. Elle voulait partir, elle n'allait rien trouver ici, disait-elle.
Sanada était paralysé, il voulait lui crier dessus, lui demander pourquoi elle voulait l'abandonner devant ce cratère de questions qu'elle avait elle-même creusée.

- Je n'avais rien à trouver jusqu'à lors, car je n'avais rien à chercher. Je pense maintenant avoir compris pourquoi la question est la première des réponses. “Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas trouvé.” Dit-il en souriant. Je crois que je verrais toutes les phrases de ces sages un petit peu différemment, grâce à vous.

Elle ne sembla pas l'écouter et se dirigea vers la porte. Sanada ne put s'empêcher de la suivre. Il voulait la retenir, mais il ne voulait pas lui manquer une nouvelle fois de respect en la touchant sans son consentement.
Quand elle fut au pas de la porte, elle se retourna, transperçant le genin de son regard si profond. Sanada aurait voulu s'y jeter pour déterrer les racines du mal qui la touchait.

- Vous êtes quelqu'un de raisonnable, jeune homme. Votre mère vous a bien élevé. J'ai eu ma chance, également, mais… Il semblerait que je n'ai pas été à la hauteur.

Elle inspira profondément, comme pour ne pas céder sous le poids de ses souvenirs. Sanada n'eut pas besoin de demander plus, il ignorait si son enfant était mort, captif, ou bien même s'il ne voulait plus la voir. Il distinguait dans ses yeux la détresse qu'il n'avait jamais vu chez sa mère. La pythie n'avait jamais rien partagé d'autre que son ventre avec ses progénitures, Sanada c'était toujours dit que c'était de par sa connexion au divin, qu'elle ne pouvait tout simplement pas vivre selon les règles de ce bas monde, et l'amour, elle le donnait “comme le myrte exhale son parfum dans la vallée” comme elle se plaisait à répéter. Elle aimait tout le monde, certes, mais aucun d'un amour exclusif.

Sanada voulait lui dire qu’elle n’avait pas à parler au passé, que si rien n’était déterminé alors tant qu’elle aurait un souffle pour gonfler sa voile dans l’océan de la vie, elle ne pouvait pas abandonner. Que la responsabilité, c’était aussi d’accepter ses erreurs, mais surtout, surtout, de ne jamais oublier que rien n’était inéluctable.
Il fut touché de plein fouet par l’émotion, ce sentiment qu’il lisait dans les romans, cet amour immuable qui unissait les mortels à leurs progénitures, comme les dieux aimaient les hommes, s’incarnait devant lui, sous les traits fins d’une femme que la tristesse ne rendait que plus belle.

À cet instant, il en oublia le village, la bienséance et la politesse, sans une once d’hésitation, il la prit dans ses bras et la serra fort.

Lui qui n’avait jamais connu l’amour autrement que dans la prière et l’adoration divine, lui qui n’avait jamais eu le droit au moindre câlin, à la moindre accolade de la part de ses parents, découvrait, sous le regard des sages et de leurs œuvres, l’étreinte entre deux êtres et la force qui en découlait. Aucun parchemin, fut-il long comme le Sekai, aucun livre fut-il composé de mille pages, n’aurait suffit à décrire le tourbillon d’émotions qui dansait dans son être, allégeant l’esprit du soldat des Cinq.

Malgré tout le débat qu’ils avaient eu, les questions qui naissaient maintenant sur ce déterminisme dont il n’était plus très sûr, il était intimement persuadé d’une chose.

Quelque soit la réaction de l’étrangère, ce qu’il venait de faire était absolument nécessaire, comme un pas de danse de plus dans la symphonie des dieux, comme l’astre qui connaissait intimement soi moi profond et n’avait pas besoin de se plier au destin pour l’accomplir.

Comme un homme libre, qui, au carrefour de cent chemins, ne cherchait pas la lumière pour la suivre, mais l’inventait pour creuser son propre sentier.
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Myōshin Junko
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[…]
— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

L’étreinte désarçonna la dame. Si sure d’elle quelques minutes auparavant, elle sentait à présent un vent de panique la saisir. Son premier réflexe fut de chercher à le repousser mais elle retint son geste de justesse. Il ne lui voulait pas de mal, s’était-elle rappelée, et elle se faisait donc violence pour ne pas le rabrouer. A l’évidence, et contrairement à d’autres, il ne la jugeait pas. Il ne cherchait pas non plus à l’aider, avec cette habitude sordide qu’ont les gens de vouloir s’introduire dans la vie d’autrui, au nom de l’altruisme. Il n’avait rien dit, rien demandé. Peut-être que les mots de Junko avaient fait écho à ses propres souvenirs. Peut-être qu’il la comprenait tout simplement.

Elle n’aurait pas vraiment su dire pourquoi il lui témoignait son affection, si soudainement. Après tout, elle ne croyait pas avoir été très tendre avec lui – elle l’avait pris de haut, critiqué, elle avait malmené ses croyances. Mais, elle devait l’admettre, il y avait un quelque chose de réconfortant à se retrouver dans ses bras – non pas comme deux amants, mais plus comme un fils enserre sa mère, aussi fort qu’il le peut, comme si cela représentait tout l’amour qu’il lui porte. La spontanéité de son geste témoignait, aux yeux de la dame, de sa sincérité. Elle s’en voulut presque d’avoir douté de lui. Il semblait si innocent et si authentique. Alors elle le laissait l’enlacer et, après une hésitation, elle l’entourait doucement de ses bras, avec une tendresse maladroite, comme si elle avait oublié comment faire.

Elle songea avec mélancolie que ces marques d’affections, pures et innocentes, lui manquaient terriblement. Et dans l’intimité de leur étreinte, la dame céda finalement. Elle versa une larme, silencieusement, forcée de reconnaître qu’elle croyait n’avoir besoin de personne, telle une guerrière, mais qu’elle n’était qu’une femme seule et perdue, un trou béant à la place du cœur. Pour autant, elle n’accepterait l’aide de personne, même s’il lui proposait maintenant ; elle n’était pas encore prête pour cela. Elle ne le serait peut-être jamais – trop fière, trop digne. Trop faible, aussi. Car c’était choisir la facilité, assurément, que de préférer subir et fuir, plutôt que de se battre. Elle dérogeait à ses principes, elle le savait ; c’était sa faiblesse, son secret misérable.

Finalement, elle repoussa le jeune homme avec douceur, pour se libérer de son étreinte. L’accolade n’avait duré que quelques instants, mais il lui semblait que le temps s’était suspendu. Elle se détourna pudiquement, pour essuyer ses yeux embués. Que faire, que dire… Elle se sentait gênée, à présent, et fuyait son regard. Mais elle ne souhaitait surtout pas que le sentiment spontané qui l’avait poussé à l’étreindre se transforme en pitié. Alors, elle força un sourire et lança d’une voix faussement enjouée : « Osez me dire que cette étreinte est l’œuvre d’un Dieu, je ne vous croirai pas ! » Et puis, avec douceur : « Mais si c’est le cas, j’irai le remercier, pour vous avoir placé sur mon chemin. »

Elle balaya du regard la salle. Elle n’avait pas trouvé ce qu’elle cherchait ici, mais la rencontre qu’elle avait faite avait certainement tout autant de valeur. Pour le reste, il avait probablement raison… Il lui faudrait retourner là-bas si elle voulait retrouver ce qu’elle avait perdu. Ses Kōan, son fils, son passé. Mais elle n’en avait pas la force, elle était lâche ; l’angoisse l’entravait, l’étouffait. Alors, il ne lui restait plus qu’à se résigner, songeait-elle.

Comme elle ne souhaitait pas que ses sombres pensées soient percées à jour, elle songea qu’il était temps de s’éloigner, ou de passer à autre chose. Elle désigna vaguement l’espace qui les entourait. « Je crois que vous avez raison et que le meilleur moyen de trouver ce que je cherche est de revenir au Myōshin-ji. Cela dit, je… J’aimerais vous remercier pour votre aide. Si je peux faire quoi que ce soit pour vous, de quelque nature que ce soit, ce sera avec plaisir. » Elle se tourna vers lui et comme pour anticiper un refus potentiel, elle ajouta : « Et même si rien ne vous vient à l’esprit tout de suite, promettez-moi d’y réfléchir. Je suis Myōshin Junko, si jamais vous me cherchez, à l’occasion. »

Elle réalisait effectivement que toute leur discussion, aussi passionnée soit-elle, s’était déroulée dans l’anonymat le plus total. Quelque part, ils s’étaient traités comme des égaux et cela avait participé de la confiance qu’elle avait développée à son égard. Il était temps, cependant, de révéler son identité pour assurer la pérennité de leur relation.

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Sanada ressentit une certaine retenue face à son abandon. Il ne lui en voulait pas, elle ne pouvait pas savoir que c'était la première fois de sa vie qu'il laissait reposer son âme sur l'existence d'autrui.

Pourtant, l'étreinte se prolongea dans le temps, et le jeune genin sentit les bras de l'étrangère l'entourer. Le voyage, les émotions, les douleurs, le trop-plein de vie du jeune étaient contenus par les fins bras de cette femme au teint de porcelaine.
Lui qui l'avait vu comme un défi des dieux, comme une muraille idéologique à abattre, se retrouvait blottit contre elle comme si, quand elle l'enserrait, rien ni personne ne pouvait l'atteindre. Le temps reprit son cours à mesure que les corps s'éloignaient.
Sanada se sentait bien, apaisé, il ne voulait pas discuter de la raison et du bien-fondé de ce rapprochement, cela lui avait semblé si naturel, si nécessaire. Son regard chercha le sien, qui réussit à fuir délicatement. Il n'avait pas besoin de dire plus, ou bien de comprendre, ils avaient échangé un moment “comme le myrte exhale son parfum dans la vallée”, sans arrière-pensée aucune, sans la prison de plomb qui enfermait les relations humaines.

- Osez me dire que cette étreinte est l’œuvre d’un Dieu, je ne vous croirai pas ! Mais si c’est le cas, j’irai le remercier, pour vous avoir placé sur mon chemin.

Sanada esquissa un sourire, la première phrase sonna comme un clin d'œil à leur débat enflammé antérieur tandis que la seconde lui fit étrangement plaisir.
Il tenta de ne pas montrer à quel point cela le touchait et était réciproque et se contenta de répondre d'une voix qui se voulait enjouée, mais qui peinait à camoufler l'émotion.

- Je connais un très joli temple à une plusieurs jours d'ici. Dit-il, faisait référence au grand temple du Bois Bleu sur l'île des Trois Soeurs.

Celle-ci reprit la conversation avec douceur. Sanada ne pouvait pas s'empêcher de remarquer à quel point il la voyait différemment.
Bien que la pièce fut particulièrement sombre, qu'elle-même portait une chevelure de jais et des yeux qui accompagnaient cette noirceur parfaitement, elle apparaissait comme totalement solaire dans le regard du jeune genin.
Dans l'encadrement de la porte qui donnait vers l'extérieur, elle semblait réellement rayonner, formant une frontière immaculée entre ce qui avait été leur royaume, sombre et ayant pour seul témoin des pages jaunies par le temps, et le village. Elle se tourna et balaya la pièce d'un geste gracieux.

- Je crois que vous avez raison et que le meilleur moyen de trouver ce que je cherche est de revenir au Myōshin-ji. Cela dit, je… J’aimerais vous remercier pour votre aide. Si je peux faire quoi que ce soit pour vous, de quelque nature que ce soit, ce sera avec plaisir.

Elle fit virevolter ses cheveux fins et brillants en se retournant vers le jeune homme, qui était toujours aussi subjugué.

- Et même si rien ne vous vient à l’esprit tout de suite, promettez-moi d’y réfléchir. Je suis Myōshin Junko, si jamais vous me cherchez, à l’occasion.

Sanada s'inclina respectueusement et répondit tout en regardant le sol par peur de se perdre une fois de plus dans son regard.

- Masamune Sanada, genin de l'académie et Soldat des Cinq. Je promets d'y réfléchir. Dit-il doucement en se relevant.

L'esprit engourdi, il la regarda s'éloigner sans la quitter du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse complètement. Il n'avait pas besoin d'y réfléchir, il savait ce qu'il devait faire. Il voulait la revoir, il voulait apprendre d'elle, il voulait être le marteau qui fracasse la prison de tristesse dans laquelle elle semblait se trouver, il voulait être une échelle pour qu'elle atteigne les cieux, comme Mifuyu l'avait lui-même propulsé au cœur des nuages.

Il referma doucement la porte, au son d'une psalmodie mélodieuse qu'il susurra doucement.

"Aussi rapides que l'eau du fleuve ou le vent du désert, nos jours s'enfuient.

Deux jours, cependant, me laissent indifférents : celui qui est parti hier et celui qui arrivera demain.

Une journée,

Une vie."
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