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Réminiscence de confrontation [PV Takane Toji]

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Réminiscence de Confrontation


Cela faisait déjà des jours que Ryūsuke errait dans cette immense plaine désertique, ayant depuis longtemps abandonné l'idée d'atteindre les objectifs qui lui avaient été donnés. Lui qui avait passé sa vie sur les champs de batailles à faire parler ses armes, se voyait effectuer une mission d'investigation, par essence plus.. passive que ce qu'il a pu connaître dans le passé, et s'en délectait. Mais les extrêmes des températures capricieuses du désert fluctuant entre le jour et la nuit avait fini par fragiliser son organisme, et ses rations commençaient à se raréfier dangereusement.


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Lui qui avait connu famine dans son enfance n'en tenait réellement rigueur, se disant simplement qu'il allait tomber finir par tomber sur des ressources ou des habitations où il pourrait se sustenter. Ce n'est que lorsque que le fond de sa bouteille de saké brun fut perceptible qu'il commença à réellement perdre espoir. Le manque de nourriture était une chose.. Mais ne pas pouvoir étancher sa soif lui était inconcevable ! D'autant plus qu'avec cette impression que le soleil était toujours à son zénith, il perdait la notion du temps et de fait, des distances. Ne pouvant évaluer depuis quand il marchait, ni quelle distance il avait parcouru jusqu'à son entrée dans ce désert interminable. Les mirages déformaient sa vision et il ne pouvait pas déceler ce qui se trouvait à plus de cent mètres de lui. Par chance, il ne pouvait lui non plus être perceptible et ne craignait aucune offensive surprise : son sugegesa lui couvrait entièrement le visage et l'intégralité de son corps était camouflé par une longue cape couleur sable qui le rendait difficilement dissociable de son environnement.

Son corps était de plus en plus lourd et ses pas s'enfonçaient lourdement dans le sable. Il porta sa bouteille de saké à ses lèvres mais pas une goutte n'en sorti. Il la secoua frénétiquement, espérant que de l'alcool en sorte comme par magie, mais n'en fut que plus déçu. Au moment où il allait abandonner tout espoir et s'allonger au milieu des dunes pour s'endormir pour la dernière fois, il fut captivé par des petites perles dorées virevoltantes devant lui. Elles convergeaient toutes dans une même direction. Pensant d'abord à une hallucination, Ryū se frottant vigoureusement les yeux puis jeta un vif regard à sa bouteille vide, comme si elle pouvait en être la source. Pensant plus tard à des insectes luisant, il était comme envoûtée par ceux-ci, et finit par les suivre machinalement - manquant de trébucher à de nombreuses reprises - jusqu'à atteindre à son tour leur point de convergence : un modeste bâtiment en plein désert. Il semblait être taillé à même la roche, perdu entre de large dunes et offrait un spectacle architectural inédit, une dichotomie étonnante entre naturalité et anthropisation, comme s'il avait été façonné par la nature elle-même, et non par l'homme. Dès lors, Ryūsuke comprit. Ce qu'il prit pour des insectes luisant étaient tout simplement des grains de sables illuminés par les rayons crépusculaires qui s'engouffraient dans l'ouverture de la bâtisse de pierre, amenés par un courant d'air. "A boire !" avait-il murmuré difficilement, les lèvres et le palais aussi secs que le désert qu'il foulait. Avec le peu de force qu'il pu mobiliser, il pénétra la grande arche de pierre pour découvrir un large espace en plein air où était disposées quelques "tables" de fortune - qui n'était en fait que des larges rochers assez plats en surface pour y poser des choses - et une échoppe qui fermait l'enclave de l'autre côté. Les murs les entourant étaient si hauts que personne ne pouvait apercevoir ce qui s'y passait sans en pénétrer l'enceinte. Et tous les individus qui y étaient présents, en étaient bien conscients.

Titubant quelque peu, il traversa la longue allée qui le séparait de l'échoppe située tout au fond de l'espace. Entre autres vieux voyageurs, et certains qui semblaient être des shinobis las de travailler venus prendre une pause à l'ombre des regards, il croisa une troupe d'une quinzaine d'individus qui le dévisagèrent tous à mesure qu'il passait devant eux.


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Ils étaient tous habillés avec des voiles recouvrant l'intégralité de leur visage, et de leur corps, illustrant leur adaptation au désert qui ne leur était vraisemblablement pas étranger. Seuls cinq d'entre eux étaient assis autour d'une table de pierre, les autres étaient en retrait, assis par terre ou sur un arbre asséché non loin. Le quintette était composé de quatre individus similaires, qui ne portait, à l'inverse de leurs comparses, aucun voile. Leur peau était asséchée et brûlée par le soleil, et ils ne présentaient aucune pilosité apparente. En pleine discussion avant l'arrivée de notre Uzujin, ils se turent immédiatement et le suivirent tous du regard à mesure qu'il passait devant eux. Se sentait comme une proie, comme prisonnier d'un environnement qui n'était pas le sien, Ryūsuke bouillonnait. Il y avait fort longtemps qu'il n'avait pas senti cet adrénaline brûlant l'envahir, mêlant peur et excitation. Ne pouvant s'empêcher de sourire nerveusement, il posa la main sur son large sugegasa, et l'abaissa en même temps qu'il hocha la tête pour les saluer. Salutation qui ne lui avait, évidemment, pas été rendu. Ils s'arrêtèrent de suivre son mouvement une fois que Ryū était assez loin pour qu'ils ne puissant plus le suivre du regard sans avoir à se retourner - bien qu'il pouvait tout de même sentir des regards des sbires du quintette posés sur lui.

Le visage camouflé par son couvre chef, Ryū poursuivit sa marche jusqu'à enfin atteindre l'échoppe. Mais avant d'avoir pu commander de quoi se désaltérer, il l'aperçut. Sur une table près du rempart, tapi dans l'ombre. Ryūsuke plissa les yeux pour pouvoir l'apercevoir clairement à cause du contraste de luminosité. Il était seul, fumant une cigarette à plein poumon en faisant tourner machinalement le breuvage qui était présent dans son verre, le regard dans le vide. En pleine réflexion. Il était persuadé d'avoir vu ses lèvres bouger de temps à autres, comme s'il marmonnait des choses dont il semblait avoir le secret. Un bref regard. Voilà ce qu'il fallut pour que l'on assiste à quelque chose d'inédit.



Comme s'il avait senti le regard du shinobi sur lui, l'homme solitaire leva brusquement les yeux à son tour sans bouger le moindre muscle, une cigarette dans une main, un verre qu'il faisait lentement tourner d'un mouvement du poignet répétitif, dans l'autre. Et il la sentit.. Cette aura meurtrière se dégager de cet individu pourtant si calme et silencieux.



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Ryūsuke fut immédiatement submergé et ne put en faire fi, comme prisonnier de son instinct. Il porta machinalement la main à son sabre et ne pouvait retenir de propager sa propre combativité, ses propres pulsions d'agressivité à l'instar d'une bête féroce qui rencontrerait une autre espèce qu'il n'avait jamais vu, mais qu'il savait tout aussi dangereuse que lui. Une pression écrasante s'installa entre les deux hommes qui se jaugeaient du regard. Ryū resserra la poigne sur son katana, sans aucun autre mouvement, prêt à fendre sur sa cible à tout moment.

Un rire graveleux se fit finalement entendre, puis d'autres qui le suivirent à l'unisson. Ils venaient de la table des hommes du désert. Comme si l'instant fut briser par ces rires, Ryū tourna brusquement la tête vers eux, les sourcils froncés et le visage dur - ce qui n'était clairement pas dans ses habitudes. Il se retourna vers l'homme esseulé, mais qui était de nouveau perdu dans ses pensées lui aussi. La pression descendue, Ryūsuke lâcha son sabre en regardant sa main, l'air interrogateur, comme s'il attendait qu'elle lui donne des réponses ou qu'il comprenne les raison de ses agissements. Il secoua vivement la tête pour reprendre ses esprits avant de se tourner vers le tenancier.

Une bouteille de votre meilleur saké, et un verre de ce que boit cet homme, dit Ryū en pointant le solitaire d'un mouvement de tête sans le regarder.  

L'air renfrogné, il s'exécuta sans le moindre mot. Disposant avec force une bouteille de saké, une coupelle, et un verre au liquide translucide sur le comptoir en bois. Notre protagoniste plissa les yeux en observant le liquide ambrée, brillant, encore mobile dans le verre.

Qu'est-ce que c'est ? ne put s'empêcher de demander Ryūsuke.

De la bénédictine, répondit le tenancier sans plus s'étaler mais dont le ton laissait transparaître un certain agacement, comme si on l'avait forcé à acheter cette bouteille et qu'il avait eu du mal à la trouver.

De la..

Ryūsuke plissa les yeux en grimaçant. Il était pris d'une désagréable sensation de déjà vu. Comme s'il avait déjà vécu tout ça. Cet individu lui rappelait quelqu'un mais il était incapable de dire qui, ni quand, ni où.. Comme si son aura même faisait résonner son âme. D'autant plus qu'il n'était pas n'importe qui. Pas avec une présence pareille. Il en était de même pour cet bouteille d'alcool, qu'il n'avait jamais vu de sa vie, mais dont le nom semblait faire écho à des réminiscences profondément enfouies. Tellement enfouies qu'elles semblaient appartenir à un autre que lui..

Ryū se servit une large coupole de saké qu'il engloutit d'un mouvement, avant de pousser un râle de satisfaction en fermant les yeux. Se délectant pleinement de ce moment. Puis il se décida. Avec sa flegme légendaire, son pas lent et saccadé, il se dirigea vers la table de l'inconnu, bouteille et verres en main ; cette fois-ci exempt de toute agressivité. Les quelques seuls rayons du soleil atteignant cette partie de l'esplanade frappaient le sugegasa de Ryūsuke, camouflant ainsi son visage et une partie de son corps d'ombres opaques. Il posa la main sur son couvre-chef en l'abaissant de quelques centimètres en signe de révérence.


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Veuillez m'excuser, mais après avoir marcher pendant des jours dans ce désert je ne pense pas pouvoir rester plus longtemps sous ce zénith étouffant et apprécierai un peu de fraîcheur, dit-il dans un discret sourire camouflé mais perceptible au ton de sa voix. Il faisait référence à cette seule partie ombragée de l'esplanade qu'occupait le solitaire. J'ai évidemment pris le soin d'apporter de quoi excuser mon culot, reprit Ryūsuke en posant le verre rempli sur la table et sa propre bouteille, s'installant en tailleur sur un rocher entourant la table qui faisait office de siège.

Les deux hommes étaient calmes. Silencieux. Ryū se servait lentement une coupelle de saké, tête baissée afin que son visage ne soit perceptible sous son sugegasa. Mais pourtant, une pression étouffante s'installait entre les deux hommes. Aucun d'eux n'étaient là par hasard, et le destin réunissait encore une fois, deux individus que tout opposait, mais qui ne pouvaient s'ignorer.






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Réminiscence de confrontation



─ Toji ? À quoi penses-tu ?

Le père et le fils étaient allongés sur une dune rocailleuse, apaisés par la quiétude d’une nuit tiède et subjugués par la beauté d’un ciel étoilé.

─ Aux étoiles que je regarde. Elles sont belles. Elles sont si… lointaines.

Toji, qui était encore un jeune garçon, s’était perdu dans l’immensité du paysage astral. Il semblait beaucoup plus épris que Genji, qui remarqua très vite l’intérêt qu’il portait à ces petits orbes de lumière. Cette candeur persistante lui tira un sourire rare, et le coin de ses lèvres strictes se déplia dans une mécanique rouillée.

La scène qu’il avait sous les yeux, lui inspirait finalement la même innocence que celle qu’il avait à son âge, et de fil en aiguille, s’était tissé jusqu’à son esprit les souvenirs d’une histoire que lui avait compté son propre père à ce sujet.

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C’était par des instants comme ceux-ci et par les réminiscences qu’ils savaient susciter, que les hommes léguaient leurs véritables héritages.

─ Connais-tu l’histoire de l’homme qui les a créées ?

─ Non, Otōsan.

Toji avait détourné le regard un court instant en direction de Genji, intrigué par ses paroles, puis s’était aussitôt recalibré sur l’œuvre qui l’absorbait depuis le début. Son visage n’avait jamais eu l’air aussi satisfait.

Genji tira un kunaï de son étui de cuisse, et le pointa en direction d’une étoile plus scintillante que les autres. Les yeux attentifs du jeune shinobi suivirent la direction indiquée par la lame et se fixèrent sur l’astre en question. Ils se plissèrent pour essayer de ne plus apercevoir que lui, et lui seul.

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─ Il est dit que l’Univers est fait en une langue que tout le monde peut entendre, mais que tous ont oublié. L’histoire que je m’apprête à te conter, est celle d’un homme qui a su la comprendre à nouveau…

Comme elle lui avait été enseignée, il l’enseigna à nouveau. De génération en génération, la légende étaient léguée avec l’espoir d’enivrer l’imagination du légataire. Et ce passage fut si prégnant entre Genji et Toji, qu’en offrant un tel récit, le père mena son enfant, bien des années plus tard, à la recherche de cet homme.

***
Environ quinze années plus tard

Cette histoire ne quitta plus jamais l’esprit de Toji. Elle hanta ses songes à de très nombreuses reprises, le mettant en scène dans une rencontre impromptue avec cet homme, que d’aucuns appelaient le jingi (神器litt. trésor sacré). Pour autant, elle ne l’empêcha pas de vivre et il continua ses labeurs au sein du village, respectant son devoir d’obéissance envers les strates supérieures du village des sables sans se soucier réellement de ce mythe.

Après tout, ce jeune homme n’avait jamais vraiment eu de desseins particuliers et ses seules espérances consistaient à surpasser celles de son père à son sujet. Il était serf d’une condition préorganisée que Genji avait construite de toute pièce, en insistant sur la discipline et le travail. Ce ne fut qu’à la mort du grand kenshikan (検視官litt. médecin légiste) que les choses évoluèrent.

En effet, si chaque cycle d’apprentissage durait un temps, celui qui succéda au décès de Genji parut durer une infinité et de tous, il fut assurément celui qui le structura le plus jusqu’à présent. La solitude, marquée par les échos fantomatiques des ordres de son père, par les fabulations inavouables du silence, par les mirages horrifiques du noir, changea totalement sa manière de percevoir le réel.

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Les choses n’étaient pas aussi troubles qu’elles n’y paraissaient, cependant, il était difficile de ne pas s’étonner des mystères qui planaient au-dessus du tandem providentiel Genji-Toji. En témoigna notamment le comportement de l’héritier Takane, qui fut des plus équivoques à la disparition de son père. Certains s’étaient exprimés au sujet de l’attitude paradoxale de Toji vis-à-vis de Genji, partagée entre un profond respect filial et une véritable haine viscérale... Pourtant, contrairement à ce qui fut hautement supposé, l’orphelin, alors âgé de la vingtaine, se replia entièrement sur lui-même une fois laissé pour compte.

On le prit pour fou à maintes et maintes reprises, et ses palabres isolés se noyèrent dans l’insignifiance. Toutefois, le légiste savait pertinemment qu’il n’avait pas besoin de l’approbation des autres sunajins pour poursuivre ses rêves d’éternel et d’éphémère. C’est pour cela qu’il ne s’arrêta jamais, au grand jamais, de penser à la fable du jingi, le faiseur d’étoiles.


Après des années d'investigations assidues, de questionnements interminables et d’interrogatoires passionnés, Toji, seul tributaire de la légende, trouva une piste digne d’être exploitée. Dès sa nouvelle titularisation en tant qu'homme de terrain, il en profita pour faire un crochet par les lieux ciblés et entama des recherches plus approfondies.

Il avait trois jours face à lui pour accomplir l’exploit de rejoindre l’injoignable et d’attraper l’insaisissable, au-delà, son équipe allait commencer à se poser de sérieuses questions à son sujet et c’était une chose qu’il se refusait. Cependant, malgré l’impératif d’efficacité et de rapidité qu'il s'était donné, cela faisait maintenant près d’une matinée toute entière qu’il s’épuisait à arpenter le désert en quête d’une oasis particulière.

Dévalant les dunes avec la dextérité d’un homme des sables, il parcourait l’immensité des territoires du Vent tout en gardant en tête qu'au bout d'un certain temps il allait devoir se protéger de la chaleur du soleil et se reposer dans un des abris de fortune qui parsemaient les plaines désertiques. Alors, vers les alentours de midi, lorsque le soleil fut à son zénith, Toji dévia sa course vers une localisation qu’il connaissait : un endroit plus ou moins calme et frais qu'avait fréquenté Genji avant la création de Suna.

Son train tenace le mena ainsi jusque dans un repaire minéral que les nomades du Vent avaient aménagé dans un trou naturel. Il n’était pourtant pas tard, mais cette journée durait depuis bien trop longtemps déjà et la chaleur, pleine à présent, empêchait toute réflexion d’être convenablement tenue.

À l’ombre, terré dans cette tanière, abrité par les larges flans des roches, il aurait tout le loisir de réfléchir davantage à son exploration en attendant de repartir. Mais en réalité, cette cachette semblait avoir encore un autre intérêt aux yeux de Toji, un point qui méritait véritablement son détour.

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Une fois arrivé à proximité de l’éminence, il s’arrêta, pendant un temps, pour contempler la beauté de ses saillies. Dressée dans le désert tel un monument à la gloire des voyageurs, une immense roche venait s’imposer dans le paysage. Le fin manteau de sable qu’elle revêtait avec pudeur, lui donnait de vagues airs de dune, et sans pour autant en être une, elle se fondait si bien dans le décor que, sans connaître distinctement l’emplacement du lieu, il était fréquent que certains ne remarquent pas ses spécificités.  

C’était justement pour son exclusivité que cet abri providentiel était l’un des plus prisés par les nomades aguerris. Et, à en juger par les quelques sentiers qui le traversaient, ils s’y étaient plutôt bien installés. À vrai dire, il semblait même plutôt évident que, bien que la nature eût clairement été à l’œuvre dans la création d’une merveille de ce genre, l’homme s’était également évertué à sa sculpture et à son aménagement.

Pourtant, cet édifice dégageait quelque chose de mystique, une évocation qui n’était en rien celle des hommes et de leur force. Toji, qui le regardait attentivement depuis quelques minutes déjà, s’était très vite aperçu de ce détail. Il l’intrigua tant qu’il finit par se convaincre que c’était bel et bien en ce lieu qu’il allait pouvoir mettre la main sur un indice décisif concernant le jingi.

De toute façon, il avait déjà une piste en tête et, inéluctablement, cette piste finissait sa course au fond d’un verre.

En effet, les nomades avaient réussi à capter la rosée du matin qui se condensait contre les parois du repaire, ainsi, une fois entré dans les entrailles de ce monticule – et monnayant quelques pièces,  il était tout-à-fait possible de s’abreuver de thé, d’eau ou d’alcool. Ce qui faisait qu’à soif modérée, il y avait toujours de quoi s’éponger. Et dans tout ce choix, une boisson intéressait tout particulièrement le légiste.

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Elle était un breuvage brun, assez clair, et fortement alcoolisé, que les itinérants aimaient déguster à faible dose. La bénédictine n’était seulement qu’un simple mélange d’herbes macérées et d’eau, mais la rareté des herbes en question et le long procédé au bout duquel l’infusion s’alcoolisait, la transformaient en un prestigieux liquide qui ne se goûtait qu’en très peu d’occasions. Une légende disait même que cette boisson avait été initialement concoctée par un alchimiste du désert qui rêvait de préparer l’Élixir de jouvence, et qui, en se ratant, avait tout de même fini par apprécier les vertus remarquables de sa potion.

Cette légende était en fait ce qui avait mené Toji jusqu'ici.

Il pensait fermement que cet alchimiste en question était le jingi et que si on servait un tel nectar dans ces lieux, cela signifiait qu’il les avait fréquentés. Mieux encore, son intuition le poussait carrément à croire que ce mystérieux personnage était parvenu à ses fins et avait réussi à prolonger son existence.

Maintenant, il ne restait plus qu’à confirmer ces suppositions...

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Son allure n'avait jamais été aussi ferme. Après tout, il s’aventurait dans l’antre pour y accomplir sa légende. Longeant le galbe des roches jusqu’à destination, il arriva dans l’enceinte principal du repaire après seulement quelques courtes minutes de marche. Son entrée fut directement accueillie par le transpercement de plusieurs regards acérés.


Toji resta de marbre et continua d’avancer jusqu’à l’étale où on servait la précieuse bénédictine. Chacun de ses pas marquait un profond ancrage dans le sol tandis que son esprit se focalisait sur l’environnement dans lequel il évoluait à présent. Analysant du coin de l’œil tous les échappatoires possibles, par simple mesure de précaution, et maintenant une concentration imperturbable sur tous les mouvements brusques qui pouvaient être faits dans sa direction, il commençait à visualiser petit à petit ce que son père avait ressenti tout au long de ses pérégrinations, au contact de l’imprévisibilité des hommes du désert.

Pour autant, même si, contrairement à Genji, Toji n’était pas un habitué des lieux, ce dernier ne ressentait aucune crainte et aussi nombreux qu’ils semblaient être, ces nomades ne représentaient pas une vraie menace.

― Donnez-moi de votre bénédictine, ordonna Toji au marchand, une fois arrivé au niveau du présentoir. Son timbre de voix ne laissait paraître aucune once d’amabilité ; en cela, il était caractéristique de celui des hommes du Vent.

La mine disgracieuse du serveur se heurta à la face patibulaire du servi. Plongeant dans l’iris de Toji un court instant pour y sonder sa dangerosité, il s’empressa aussitôt d’en ressortir de peur de s’y perdre éternellement. La noirceur, si profonde, qui régnait dans le regard du légiste, ne pouvait être fixée indéfiniment, car elle avait vite fait de rappeler à chaque homme qui y sombrait, que la mort touchait tout le monde.

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Le marchand s’empressa, sans mot, de lui donner ce qu’il demandait. L’héritier Takane attrapa le verre du bout des doigts, le faisant pendre au bout de son bras, et se dirigea vers un coin d’ombre pour se poser. Tout en se mouvant, d’un pas lent, vers sa place, il s’alluma une cigarette de sa main restante et en levant les yeux vers l’endroit qu’il visait, après avoir baissé le visage sur sa flamme, il constata qu’elle venait d’être prise par le plus costaud des voyageurs.

Un sourire sarcastique s’afficha dès lors sur son faciès, et plus il s’avançait vers sa cible, plus il semblait se figer. La pantomime qu’il décrivait, était si expressive, si transmissible, qu’une aura de mort paraissait s’échapper de Toji et pénétrer dans la chair de tous les nomades présents autour de lui.

La brute s’était levée pour considérer plus distinctement celui qui s’approchait d'elle et, bien que touchée par les exhalaisons meurtrières qui s’échappaient du nouveau venu, ne démordit pas. Pour le gros nomade, le premier arrivé devait sûrement être le premier servi, mais aux yeux de Toji, dont la vision des choses différait totalement de ce point de vue-là, le plus fort était celui qui se servait.

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Voyant qu’il ne s’arrêtait pas, le colosse essaya quelque chose pour le faire dévier de sa trajectoire :

― C’est déjà pris, du con ! Trace ta… s’exclama-t-il avant d’être vivement coupé par une aiguille, projetée à pleine vitesse, qui empala sa langue et son palais. Pris de panique, il agrippa sa gorge d’une main et tenta d’extirper le senbon qui était enfoncé dans sa bouche de l'autre. L’homme, trop occupé à se défaire de cette horrible entrave dont il était prisonnier, ne remarqua pas Toji, qui, étant apparu dans son maai en un instant, lui envoya un violent coup de paume ascendant dans la mâchoire.

Dans un puissant claquement, la bouche du colosse se referma sur ses doigts. L'aiguille transperça son palais, s’enfonçant dans la fosse nasale pour ne plus jamais en repartir. Les deux sorties pulmonaires bouchées, et à présent dans l’incapacité de respirer, il s’effondra en suffoquant et en attrapant misérablement la cheville de Toji.

Le légiste, importuné par cette prise, envoya un dernier coup de pied écraser sa tête pour l’achever. Il fit remonter l’aiguille jusqu’au cerveau de la victime et sa tête se comprima dans une épaisse explosion de sang…

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Les choses étaient maintenant claires : il ne voulait pas être dérangé, et celui qu'il venait de tuer en trois coups avait servi d'exemple pour le reste du repaire.

Son territoire enfin marqué, il s’installa tranquillement et commença à se perdre dans ses pensées, questionnant les signes qui lui venaient, écoutant les évocations de l’antre et se remémorant les éléments qu’il avait à sa disposition pour trouver encore d’autres indices. Il patienta une heure, une longue heure pendant laquelle il s’affaissa dans le creux de la roche, ne faisant plus qu’un avec l’ombre.

Quand, tout-à-coup, un étranger énigmatique fit son apparition dans le repaire, éventrant, par sa seule présence, le calme et la torpeur qui s’y était installé.


L’office qui le bénissait de son ombrage, permettait à Toji d’observer de loin sans être observé ; aussi, il repéra aussitôt ce nouveau venu et attacha son regard à lui, pour ne plus jamais le lâcher.

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Il remarqua que sa démarche incertaine, presque soûle, dissonait quelque peu avec l’aisance de mouvement avec laquelle il jouait à chaque pas. Paradoxale, elle avait surtout le mérite d’en dire long sur lui : il était un combattant, comme Toji ; un combattant soit assez bon, soit assez désespéré ― soit les deux ― pour venir s’alcooliser dans une cachette malfamée comme celle-ci.

Toutefois, cette courte inspection n’indiquait pas encore d’où venait cet homme. Et plus il se rapprochait de l’étale où Toji avait pris son breuvage, plus ses traits étaient visibles, et plus les hypothèses envahissaient son esprit, au point de l’égarer totalement.

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― Sous quelle forme m’apparaîtra l’Univers ? Le conte de mon père, la parole des vieillards du Sable, ce que j’ai appris dans les livres et en observant la nature… Tous ces signes, francs, clairs, distincts, me sont apparus les uns après les autres pour me guider jusqu’ici, mais parce qu’ils étaient francs, clairs et distincts, je n’ai pas eu besoin d’interpréter plus que de raison. Les choses ne sont plus pareilles désormais, et les signes qui s’offrent à moi, se perdent à présent dans un tourbillon où tout parait être à la fois si différent et à la fois si similaire, palabra Toji. Son laïus presque inaudible fut une pensée à voix haute qui s’échappa dans le vent. Es-tu là, jingi ? Es-tu le faiseur d’étoiles, lointain étranger ?

Perdu dans la lente élaboration de ses aphorismes, il ne repéra pas tout de suite que l’étranger était parvenu à son niveau et qu’il le regardait dorénavant droit dans les yeux. Était-ce vraiment le faiseur d’étoiles ?  En se posant la question, Toji ressentit alors une forme de pression qu’il n’avait jamais éprouvée jusqu’à maintenant : celle de se trouver, peut-être, en face de celui qu’il cherchait depuis toujours.

Il n’y avait qu’un seul moyen pour s’en assurer : communiquer au-delà des mots et parler dans sa langue. Alors, sans plus attendre, il rejeta toute la puissance de son chakra et fit surgir son aura la plus saisissante afin de montrer définitivement la nature de sa présence en ces lieux. Son vis-à-vis renvoya une aura similaire, et tous deux s‘avertirent de leur dangerosité mutuelle.

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Toji, assuré de la force de celui qui lui faisait face, fut toutefois étonné de sa réaction. À en juger par la manière dont il avait étranglé le manche de son sabre, cet étranger s’était mis en position défensive et s’était préparé à l’éventualité d’une attaque éclaire. Son agressivité, comme celle de tout animal sauvage, était teintée d’une pointe d’appréhension que Toji connaissait bien ; son visage, logé dans l’ombre de son sugegasa, s’était même rigidifié durant leur échange, tandis que celui du légiste était resté complètement immobile.

Il avait eu vent d’une précision au sujet du jingi, qui expliquait que ce dernier ne parlait de ses exploits prophétiques qu’à ceux qui étaient capables de communiquer avec lui dans son langage. Aussi, Toji s’était employé à exprimer toute son histoire, tout son vécu, tous ses souvenirs de vie et de mort, en la condensant dans une émanation ; il s’agissait là des premiers usages, mais ils ne confirmèrent absolument rien.

Si ce personnage avait su lui renvoyer une courte, mais convaincante, exhalaison, il fallait maintenant que ce dernier daigne être réellement celui que Toji cherchait. Et à vrai dire, il en doutait très fortement, pour plusieurs raisons : son comportement n’était pas celui que la légende avait décrite ― même si la légende pouvait se tromper ou s’il pouvait tout-à-fait cacher ses traits distinctifs ; son sabre n’était pas un artefact des forgerons du désert ; et plus que tout, il ne connaissait apparemment pas la bénédictine ― même si, encore une fois, il pouvait bien feindre l'ignorance.

― Soleil, lune, étoiles, seraient finalement la création des hommes ? Ou les hommes ne seraient-ils pas plutôt les fils du soleil, de la lune et des étoiles ? Car, indéniablement, ce sont les étoiles qui gouvernent nos existences, elles nous disent quand vivre et quand mourir, quand manger et quand dormir… Mais ce se sont nous autres, les hommes, qui donnons vie aux étoiles en les regardant et en les mythifiant, ce sont nous autres, les hommes, qui pouvons leur parler et les guider. C'est en comprenant ce paradoxe que des hommes comme lui, ont su parler le langage de l'Univers. Les paroles, très faiblement chuchotées, étaient quasiment silencieuses.

Ses absences, qui étaient de plus en plus fréquentes aujourd’hui, reprirent à mesure qu’il réfléchissait aux éventualités d’une telle situation. Et sans s’en rendre compte, il commençait de nouveau à marmonner son évangile.

― Doit-on forcément mourir pour atteindre le paradis ?

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―  Veuillez m'excuser, mais après avoir marché pendant des jours dans ce désert je ne pense pas pouvoir rester plus longtemps sous ce zénith étouffant et apprécierais un peu de fraîcheur. J'ai évidemment pris le soin d'apporter de quoi excuser mon culot, s'exprima l'étranger, qui était venu s'asseoir à la table de Toji sans qu'il n'y fasse vraiment attention.

Il avait tout de même pris le soin de lui rapporter un verre. Cet effort notable de politesse aurait été une attention dont Genji se serait pleinement satisfait, toutefois, Toji ne fit que toiser nonchalamment le verre qui lui avait été offert, sans remercier le bienfaiteur. Le légiste n’était pas spécialement quelqu’un qui aimaient partager son espace avec d’autres êtres vivants, mais force était de constater qu’il ne pouvait pas faire autrement cette fois-ci. Il avait été pris de court, faute de n’avoir pas su maintenir sa concentration pendant encore quelques secondes.

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N’en déplut à ses mauvaises habitudes de loup solitaire, il fallut accepter cet autre alpha dans son cercle et continuer de faire comme si de rien n’était.

Toji semblait plutôt intrigué par l’identité de cet homme... Peut-être même était-il capable de l'aider d'une manière ou d'une autre dans cette quête. Après tout, il ne fallait jamais mettre une option de côté.


Les doigts de Toji, tenant encore leur cigarette, vinrent caresser la pierre, et alors qu’il recommençait à se perdre dans ses élucubrations les plus folles, une parole lui échappa encore à haute voix, sans qu’il y prête attention.

― À quel moment perdons-nous la maîtrise de notre vie ? Est-ce à partir du moment où nous pensons qu’il y a un destin ? Est-ce à partir du moment où nous choisissons de croire en un joli mensonge plutôt qu’en une vérité qui fait mal ?  

Jusqu’à présent, cet endroit ne lui avait pas donné plus d’indices que ça, et cela le perturbait au plus haut point. Lui, qui demeurait imperturbable comme à son habitude, bouillonnait de l’intérieur à l’idée de repartir de ces lieux bredouille. Il ne pouvait s’empêcher de penser qu’à tout moment, il ratait l’occasion de sa vie, et ce sentiment permanent qui ne le quittait plus, devenait une constriction de plus en plus forte.

L’homme qui s’était assis face à lui, buvant son saké, ne s’était pas assis là par hasard. Les coïncidences n’existaient pas, mais le destin non plus. Ils avaient simplement été mis ici par quelqu’un, mais qui était capable d’une telle chose ? Toji avait bien sa petite idée, mais...

Le tout était maintenant d’aller glaner des indices, assez subtilement pour ne pas éveiller de soupçons sur ses véritables intentions. Il se décida alors à l’interroger sur un tout autre sujet, qui, énoncé d’une bonne façon, pouvait tout-à-fait présenter un intérêt aux yeux de son vis-à-vis.

Prêt à percevoir chaque signe, il entama :

― Belle arme, lâcha Toji pour commencer la discussion, mais elle ne provient pas du Vent. Nous ne produisons pas d’aussi beaux fourreaux. D’où vient-elle ? finit-il dans un ton qui se voulait beaucoup plus solennel.

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Portant la tige à ses lèvres et la laissant pendre, il s’accouda plus amplement sur son siège et s’enfonça dans son assise. La pression qui régnait dans l’air était palpable, mais Toji était étrangement détendu. Il n’avait jamais eu de mal à la supporter.

Cet homme était là, tout près. Il en était persuadé.
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