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Tant pis je meurs, on se revoit au Nirvana [libre]

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Takeshi Busujima
Suna no Jonin
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Ça a été une longue nuit, chaque heure il y a eu des assauts, chaque heure il y a eu des morts qui s'empilaient en montagnes, des cadavres qu'on entassait pour suppléer à nos murs, pour faire une seconde muraille plus petite. Des ashigarus broyés par des roches projetées par des créateurs dotons, des cadavres explosés par les frappes déflagrantes de la Kisho que nous avons brièvement aperçu avant qu'elle ne disparaisse en direction de la citadelle, les corps découpés au sabre, mutilés par les éléments qui se déchaînent, encore vivants qu'ils sont déjà raidis par la peur et rendus puant par l'odeur de merde qui se dégage du champ de bataille. La boue, les viscères à même le sol, ceux qui se sont pissés dessus en se prenant un kunaï dans la gorge. Les lances servent de piques à sandwich, exactement comme quand on fait un énorme sandwich et qu'on met un cure dent au centre pour qu'il tienne, la même chose mais avec des macchabées.
Parfois il y a des ashigaru qui viennent se suicider sur nous, ceux qui savent absorber le chakra s'en donnent à cœur joie. Iguane s'agenouille devant un cadavre et le mord à la gorge, profitant de son changement récent d'état pour se sustenter et se gorger d'énergie encore chaude. Un sympathique rappel que c'est l'empire qui donne le tempo de cette bataille et que je ne sais même pas si la moiteur de mon treillis est dû à la transpiration, à tout le sang qu'il y a dessus, qu'il soit à moi où à d'autres. Si ça se trouve c'est ma vessie qui m'a trahi et je ne m'en suis pas rendu compte, parce qu'entre mariner dans ma pisse ou dans le sang d'autres êtres humains je ne sais pas ce qui est le pire.
Puis le premier assaut arrive, on le repousse, je me bâts, un impérial me saigne dessus et s’agrippe à mon épaule en pleurant de douleur, ivre de sensations contradictoires tandis que je lui enfonce un kunaï profondément dans le ventre. Il a un vomissement rouge, ça vient tâcher la manche de ma veste, je sors la lame prestement et lui enfonce dans l'oeil avant de faire un quart de tour, il s'effondre sur mon torse telle une femme battue qui s'effondrerait dans les bras d'un shinobi venu la sauver. J'ai plus de culpabilité à jeter le demi-mort au sol qu'à l'avoir fabriquer, puis viennent les samouraïs une fois que les Ashigarus ont battu en retraite, comprenant qu'ils étaient de la chair à canon utilisés pour nous fatiguer avant les gros.

-Le plus inquiétant... Commence la chasseuse de notre groupe, celle qui manie l'arc comme si elle était née avec, qui a dédié sa vie au Yumi. Ce n'est pas le silence, parce que le silence n'est qu'un instant de torpeur dans la boucherie dont nous sommes acteurs, le pire c'est le cri des samouraïs. Des cris de forcenés qui ne reculeront rien pour servir leurs idéaux, qui forment une masse de bras et de sabres habitués à agir en formation, à se défendre face à des shinobis là où nous ne sommes que des individualistes. Pour eux une bataille est quelque chose de collectif, l'aboutissement d'années d'entraînement ou pour nous ce n'est rien de plus qu'une suite de duels acharnés. Cet hymne à l'entraide autant qu'au fanatisme, c'est sans doutes ce qui m'effraie le plus chez eux, plus que la perspective d'être prisonnière, violée, battue, rasée et vendue pour quelques deniers en tant qu'esclave agricole. C'est cette perspective d'affronter une bête composée d'hommes, qui vivent pour cet instant de gloire éphémère qui est une bataille, qui préfèrent mourir vainement que vivre lâchement, qui m'effraie. Parce que notre plus grande faiblesse est leur plus grand force, j'ai l'impression d'être étrangère à chacun de ces appels au combat, ces hurlements de rage alors qu'ils sont tout de même familiers. Comme si chacun d'eux laissait présager quelque chose, que ce soit les hennissements des chasseurs funestes qui signalent les lances qui vont nous transpercer, ou sabres des samouraïs d'élite du Shogun, décimant hommes et armures sans distinction, avec la même aisance.

Le champ de bataille est violent, le carnage assourdissant et le regard de glace de la chasseuse contraste avec les flammes qu'elle déchaîne sur l'ennemi, crachant des bourrasques incandescentes orangées. Elle asmate fort, je tâche de contenir les flancs des samouraïs avant qu'un énorme bretteur ne me face comprendre que la suite des événements ne sera pas joyeuse, son katana fend l'air et m'entaille profondément alors que je recule vers nos lignes.
Je m'effondre comme une merde à l'ombre d'un porche alors qu'une haleine sucrée me parvient, qu'on me traîne vers une infirmerie de bataille.
A moins que ce ne soit la morgue?

***

-Hey... HEY!!! Je reçois un carquois vide en pleine face. L'archer qui me fixe pointe une direction du doigt. Tire par là. Tire par là bordel il y a des samouraïs archer de l'autre côté du fleuve.

Je me lève, le monde est différent. Pas une question de perception, ou plutôt, pas qu'une question de perception, il y a de l'herbe fraîche partout et une brise de printemps me saisit. J'ai toujours ma tenue imbibée de guerre, mais je suis l'un des rares stigmate des combats, alors que nous sommes avec d'autres dans les ruines de ce qui était jadis une magnifique cité si j'en crois toute la pierre blanchie par le soleil que nous pouvons voir. Un monde triste, pas malveillant mais triste et calme, aurais-je atterri dans les limbes?
Est-ce que c'est ça ma punition avant de rejoindre Saeko pour tout le mal que j'ai fait : revivre la même bataille jusqu'à ce que les kamis et les shinigamis soient satisfaits de moi? J'ignore le soldat qui me dit de prendre un arc et de me battre, et choisit de marcher vers l'autre rive en passant par le pont à quelques pas de nous.
La haine engendre la haine, alors pourquoi ne pas essayer autre chose?
Suis-je morts? OU alors est-ce une supplique de mon esprit, en train d'essayer de me pousser à vivre, de me battre alors que mon cerveau s'éteint petit à petit, cherchant à empêcher le destin d'écoper hors de moi mon précieux sang, alors que j'agonise quelque part dans une infirmerie, un ange au dessus de moi en train d'essayer de me sauver?

-La guerre ne change jamais. C'est la première chose que je sors à un samouraï que j'ai déjà croisé il y a quelques heures, et avec qui je me suis réconcilié. Mais... Ses intervenants changent-ils?

De l'autre côté du pont, Otomo.
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Orochi Otomo
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Les soldats s’empalent sur les naginatas des ennemis retranchés, à l’instant d’autres les remplacent en passant par dessus des sacs de sable. Les armures noires flottent dans la marée d’encre de la nuit, et des éclairs viennent faire rutiler le métal en ébullition. Déjà trois heures, trois heures que les cadavres s’empalent dans un tas de pus et de sang qui fait rouiller les cuirasses et encrasse les esprits. Encore et encore des cris retentissent au loin dans les méandres du champ de bataille beaucoup trop grand pour pouvoir être rassuré, si bien que les hurlements de courage deviennent des appels à l’aide distant pour n’importe qui refroidis par la pluie battante et le vent digne d’un blizzard. La nature doit avoir conscience de la situation, si bien que la boue formée par l’eau n’est pas assez épaisse pour avaler les cadavres des samouraïs abattus, laissant au ciel la vue de leur visage sans vie, les yeux encore ouverts et nécrosés, comme si leurs dernières visions les empêchaient de pouvoir reposer tranquillement.
La foule courant sandales sur cœurs inanimés continue inlassablement contre le dernier bataillon des ennemis, la rivière coulant non loin faisant pâle figure niveau débit. Les samouraïs sont innombrables et la terre servant de fort aux résistant commence à s’éroder, virant aux grains de sable de par l’assaut répété des lames et les poignées de terres arrachées par les mains tétanisées par l’agonie. Encore une autre salve. Cette fois, la montée est plus grande, car il faut marcher sur la chaire chaude réchauffant le cadavre du dessous, qui lui même garde à température son prédécesseur d’une demi heure, si bien qu’au fond du tas, le dormeur du val éternel doit pouvoir profiter d’une bonne couverture.

Un coup de clairon. Je sors de ma tente et remet mon écharpe enmédaillée.

Mon regard passe en silence sur la fumée du champ de bataille et attend le prochain éclair pour discerner mes hommes en ligne à une vingtaine de mètres plus loin. Mon casque me protège de la pluie, et mon escorte m’entourant me protège des trous laissés dans la boue par les rampants malheureux ayant réussi à rentrer au bercail avant de voir leurs agonies abrégées de la main de l’escouade de la Nuit. Les ordres du Shogûn sont indiscutables, et il reste de mon devoir ici de veiller à ce que personne n’aille contre.

J’arrive alors devant les deux rangs de vingt hommes chacun, leur respiration calée sur les son de mes talons claquant sur la fine couche d’eau au sol. La vapeur de mon souffle reflète les maigres rayons lunaires pour laisser voir leurs visages brûlés, borgnes ou sans mâchoire. Mon escorte se mêle à la foule, il est temps pour moi de prendre mes distances avec ces machines de mort dont le sabre ne restera pas clair très longtemps. Quand je peux cerner toutes leurs peintures blanches de cuirasses à travers la brume nocturne, je fais claquer mes bottes et croise les mains dans le dos.

«-Soldats, vous êtes l’élite.

Vous avez vu mille fois pire que cet amas de cafards grouillants pour un bout de terre. Vous êtes au dessus de tout ça.

Étant votre capitaine, je compte sur vous pour me le montrer. »


Je lève le bas droit en direction du porteur de clairon, et devant moi des amas de mains enfilent tous leurs masques d’un air méthodique bien trop répété pour être défaillant. La pluie s’accélère et les sabres sortent de leurs fourreaux. Devant moi sied un morceau de barbelé surdimensionné et autonome, n’attendant que mon signal pour avancer. La lune et le Shogûn, qu’ils éclairent mes actions. Je baisse le bras.

«-Vous avez l’amour d’Ashikaga avec vous.

Bonne boucherie, revenez victorieux ou décédés. »


Le clairon sonne et les pas lents des quarante hommes se font entendre, comme les cliquetis d’une horloge, celle signant la fin d’un monde pour des centaines de personne ici. Mauvais endroit, mauvais moment.



***



Mes pieds sales évitent les cadavres dont l’armure blanche laisse percevoir le noir initial. Mon sabre à la main, et mes yeux dans le vague, ou plutôt entre les vagues de gens autrefois sous mes ordres fondant sur l’amas de terre pour lequel j’ai l’impression d’avoir déjà combattu. Je plie alors les genoux depuis mon perchoir, comme un rapace attendant que le combat sous lui cesse pour pouvoir prendre son envol vers un soleil chaud et doré, aspirant à quelque chose que les brins d’herbes et les  lames d’acier propres à la terre qu’il aimerait voir défiler sous lui.
Ma pénitence à moi, c’est que jamais je ne m’en irai de ce merdier sans nom. Comme si par mon passé ma place était clouée ici, à vouloir au mieux regarder les pugilats, et au pire y participer pour verser un sang qui s’amenuise de plus en plus dans mon corps au fur et a mesure que les années passent à mon compteur.
Aujourd’hui, c’est le meilleur, peut-être pour un pire un jour. Je me contente de regarder, de voir les gens s’entretuer comme j’ai pu le faire, puis l’ordonner sans scrupules, un jour dans ma vie.
En soi, la guerre n’est pas forcément une mauvaise chose si on le cherche bien dans les méandres des sophismes à deux balles. Ça calme les meurs, réduit la surpopulation, et permet de mieux partager les ressources volées en plus d’être une excellente machine pour créer de la richesse.

Les archers tirent, moi je regarde. Je regarde Takeshi se faire dégommer à coup de lame et se faire traîner plus loin par sa comparse, je regarde le commandant de Tetsu bien trop jeune pour que je ne le connaisse baisser sa main pour lancer une autre vague, et je regarde les hommes en noir se jeter sur les hommes en rouge, tellement semblables qu’ils se tapent dessus. Un soupir m’arrache les lèvres. Une flèche.


« -La guerre ne change jamais.
Mais... Ses intervenants changent-ils? »


Je tombe, mais je ne sens pas le choc.



***



Je rouvre les yeux, des gens manquent de me piétiner avec leurs énormes bottes cerclées d’acier. Une poigne sévère me prend par le col et me soulève dans un barouf d’acier qui m’assourdis les oreilles et me trouble la vue.

«-MAGNE TOI SALE CAFARD, BARANSU VA PAS SE PRENDRE TOUTE SEULE ! »

Comment ça ? Je suis redéposé sur mes pieds et un énorme coup de fourreau plein m’écrase la joue. Je rattrape le nodachi, mon nodachi, et me mets tout de suite en marche avec le troupeau du Chrysanthème pour m’éloigner du lieutenant couleur os et son visage brûlé.

La boue me colle aux pieds et la terre en profite pour s’accrocher, si bien que j’ai des problèmes à marcher. Autour de moi, tout le monde court, et me dépasse, sans même m’accorder un regard. Leurs pieds ne collent pas, à eux. Je comprend alors un peu plus là où je suis, et décide d’accrocher ma lame à ma ceinture. Quitte à devoir se battre pour survivre et sortir de là, autant le faire correctement.

Le bois du pont de retour sous mes pieds, je décide de pousser sur les talonnettes et brandir la lame vers le ciel grisaillant d’un crachin triste. Les voix autour de moi se font de plus en plus puissantes et je me mets à me vider l’air des poumons moi aussi. Tout mes suivants me regardent alors que ma lame rentre dans la première jugulaire d’un gardien du festival. Et la danse ainsi commence.

La tornade, voilà le seul élément capable de décrire un assaut impérial. La tornade est aussi puissante que violente, de la même manière que l’acier fuse entre nous, chaque pointe profitant du peu d’espace qui lui est laissé entre les corps pour aller espérer toucher la chair de l’ennemi. La tornade est méthodique, elle tourne en cercle circonscrits, toujours à la même vitesse, de la même manière que la présence d’ennemi ne nous ralentis pas dans notre quête de terrain, et bientôt un quart du pont est avalé par nos pieds salis de vermeil.

Mais par dessus tout, la tornade n’en a rien à foutre de tout.

Tout disparaît à mes yeux tandis que mes bras s’écartent pour dégager le fer d’une gorge. Je contrôle chaque orteil de mon pied que j’envoie valser dans un poitrail et chaque doigt sur la poignée du nodachi qui vient percer un plexus. La tête froide part en coup de boule violent dans un front.
Le temps semble s’arrêter alors que ma lame tombe au sol et que j’attrape le cou du désorienté me faisant face. Mes yeux se ferment à la même vitesse que mes doigts, puis mes oreilles profitent de la singulière mélodie de crachat, de sang et de souffle coupé que je porte à bouts de bras au dessus du bois qui le verra mourir. Je serre encore, et encore, comme si je voulais augmenter le volume de son agonie, tout mes muscles tressaillissent devant tant de puissance, et vibrent de ses pieds cherchant un support pour ne pas crever, en vain. L’horreur, elle m’emplit alors que l’homme que j’étrangle se tait. Son cadavre par dessus le bord, un visage singulier me fait face, dans le trou bien dégagé laissant fuiter ma vue remplie de haine par la bataille.

De l’autre côté du pont, Takeshi.
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