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Panique au Grenier

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Orochi Otomo
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Pas de temps à perdre.
Ce n'est pas très courant de ma part que d'employer ce genre de maximes lorsque je travaille. Mais cette fois, c'est différent. J’ai déjà peut être sorti ce couplet là, mais cette fois là, c’est vraiment différent.

Je ne sais pas du tout ce qui m’anime alors que je presse le pas et adopte des mouvements de bras franchement ridicules propre à l’homme pressé. Peut-être la rancœur, l’envie de travailler, l’envie de changer les choses ?

Je ne pense pas, je dirai plutôt que ce qui m’anime aujourd’hui, c’est l’envie de revoir des fantômes du passé.

Un être humain cherchera forcément une situation stable, à satisfaire ses besoins primaires comme manger, dormir ou se reproduire (certaines personnes ne se limitent qu’à ça, c’est bien une preuve de constance) . S’il trouve de quoi remplir tout ces critères, alors il accédera à un état de stabilité fort plaisant ou carrément inaperçus. Néanmoins, s’il perd ce Saint-Graal de l’espèce humaine, son instinct primaire aura associé ce qu’il le confortait dans son humanité à ce « bonheur biologique » perdu.

Et c’est là que les emmerdes commencent.

Le bonheur ne se voit que lorsqu’il est perdu, et on se sent obligé de le pourchasser à tout prix. Comme Tetsu me manque, on peut dire que j’aurais été heureux dans l’armée. Ce n’était pas facile, mais je crois que la discipline du bataillon m’offrait quelque chose que je cherche à retrouver.

À retrouver… que c’est pitoyable, comme si je pouvais chez les Shinobis retrouver le droiture d’esprit et d’honneur des hommes d’acier. Comme si je pouvais retrouver la camaraderie de la campagne des Grandes Forêts. Comme si je pouvais retrouver le plaisir innocent de tuer sans remords et sans reproches. Comme si je pouvais retrouver le vent frais dans les arbres du chemin du retour.

Comme si je pouvais retrouver ma famille qui m’attendait chaque soir en rentrant.

L’impossibilité est comme l’infini, il faut s’y confronter pour le ressentir pleinement. Mais comment ressentir l’impossibilité de faire revivre une femme et une fille en cuisinant dans un trou à rat, si ce n’est qu’en tuant ou en buvant seul ? C’est bien là le problème. Comment manier les sabre en sachant qu’on va fêter une destruction de cohésion familiale alors qu’on pourrait très bien être à la place du cracheur de sang qu’on vide à coup de naginata sur les pissenlits ?

Je cours encore après les fantôme, car je sais qu’ils sont une partie de moi que je ne pourrais jamais retrouver et encore moins récupérer. Alors j’en profite. C’est mensonger que de se dire que cette rencontre avec le Chrysanthème va me rendre heureux, mais que voulez-vous, c’est peut-être mieux comme ça.

Je passe alors le porche donnant dans la petite rue scellée d’un côté par la porte du stock de vivres et de l’autre une foule en rut se faisant la courte échelle pour escalader les murs. J’attends impatiemment l’étape où ils vont essayer d’enfoncer  la porte, ça sera l’occasion pour moi de rire encore un peu de cette misère humaine.

Je me faufile à travers la foule sale et puante de bêtise et de primarité. Je donne des coups d’épaulettes que j’ai soigneusement camouflé avec de la toile pour en cacher les insignes Impériaux, les gens me hurlent dessus et essaient de me pousser en retour. Mais je trace vers porte en bois vert.

Que faire une fois arrivée là-bas ? Je n’en ai aucune idée, mon talent à moi est la dispersion des foules, par la diplomatie pour calmer ces dernières.


« -Oyez Oyez Peuple de Baransu ! L’État et la Citadelle ne peut se feindre de sa population en la privant de nourriture en plein moment de besoins ! »

Je regarde la figure endrapée de pourpre monter sur les quelques marches précédant les anneaux d’acier fermant les panneaux gigantesques des portes. Il se retourne et enlève sa capuche, car c’est bien un homme que je reconnais ici. Un crâne rasé, un visage dur et quelques cicatrices sur le nez et le menton.

Je regarde ses pieds, il est équipé de sandales de bois dans des guêtres de plutôt bonne facture.

On apprend toujours des gens en regardant ce qu’ils veulent le moins cacher.


« -La crise est réelle ! D’abord la pluie, les cris de chevaux, et maintenant la privation ! La peur est déjà bien suffisante dans nos ventre, citoyens ! Pourquoi laisser le pouvoir en place y ajouter la famine lorsque nous savons pertinemment que les premier à mourir du fer Impérial seront nos femmes et nos enfants ? »

Je n’écoute pas son baratin, je sais déjà ce qu’il veut faire. Personne ne porte des sandales neuves avec un manteau trop large pour soi, et surtout personne ne prend la peine de faire attention à son discours et aux majuscules de « Impérial » à l’oral. Du moins s’il fait partie de la plèbe.

J’ai triché, j’avoue, j’ai fait mon service militaire sous le blason du Shogun, je connais un peu les techniques de l’Empire, mais son discours me fait quelque peu chavirer, il faut l’admettre. La nostalgie me monte au corps alors que ma capuche virevolte autour de ma tête encasquée comme les bannières des montagnes enneigées, celles face auxquelles ont faisait nos récitations du matin à la gloire du Shogun. Le Shogun, celui qui par la force faisait l’équité, celui qui par la violence faisait sortir les qualités, celui qui par le laid faisait du beau. J’ai les yeux qui partent dans le vague alors que des cris me font prendre conscience que je rêve devant le futur désastre de si je n’accomplis pas ma tâche.


« -Et donc monsieur je-pose-mes-couilles-face-au-Seigneur ? On fait comment pour accéder à cette nourriture ? »

Il prend le temps de sortir son bras de son chaperon pourpre et de le tendre en l’air comme s’il prenait un orbe invisible. Pitoyable, mais le fort du Chrysanthème n’a jamais été la poésie.

« -Prenez des armes, des outils, tout ce que vous pouvez avoir sous la main, montrez au pouvoir que vous êtes forts ! Que vous êtes le peuple, centre de gravité et d’équilibre de la Cité ! Churitsu vous tient à sa botte car il profite de votre faiblesse, devenez forts, et vous renverserez vous entraves pour accéder à la puissance ! »

À ça, pour parler de puissance il s’y donne à coeur joie, mais pour filer une métaphore, y’a plus personne. L’engouement me gagne aussi petit à petit, mais pas celui d’un discours pitoyable à la mord moi le nœud, non. Celui de la puissance sus-dite. Celle du temps où donner un coup de sabre dans une cage thoracique était un acte de révolte contre les codes de la condition humaine nous incombant à la faiblesse du corps et à la souplesse de l’Esprit. L’engouement nouveau d’un potentiel retour aux sources, sources chaudes comme la braise où on travaillerait les esprit pour les affûter et les durcir. Cette époque me manque, et le fait que l’homme mette le doigt dessus me donnerait presque envie de faire fi de mon chakra pour retourner à la simplicité et la pureté du fer.

« -Mais on a pas d’armes ni d’alliées ! »

« -Il y a toujours une solution mes amis ! Réfléchissez… regardez autour de vous... »

Je connais le chemin de logique par coeur. Je sors alors du premier rang en expédiant un badaud au sol.

« -Vous sous-entendez rejoindre l’Empire ? »

Un silence de mort s’abat sur la foule alors que quelques exclamations continuent de se faire entendre.
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